Quand les soignants ont du mal à accepter le choix d'un couple

Un médecin souhaite toujours ce qu'il estime le meilleur. Mais parfois, le couple souhaite faire un choix différent en cas d'interruption volontaire de grossesse. Et c'est là que se posent des questions…
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De la proposition du médecin au choix du patient

Un infirmier raconte : « Une jeune femme enceinte fait une échographie. Le médecin dépiste une très grave malformation cardiaque. Il s'avère que l'enfant n'est pas viable et il est inopérable. Il mourra en quelques heures ou quelques jours si on laisse la grossesse se poursuivre. Le couple reçoit très douloureusement cette nouvelle. L'équipe médicale propose d'emblée, comme cela lui semble logique, une interruption thérapeutique de grossesse (ITG). Comme l'enfant ne pourra survivre, cela semble l'attitude la plus adaptée. Mais, comme l'ITG n'est pas une urgence, le couple réfléchit. Et ce couple finit par décider de garder cet enfant, non dans l'espoir qu'il vive plus longtemps que prévu, mais pour lui permettre de vivre toute sa vie entière sans la lui écourter. La difficulté est alors que l'équipe soignante a du mal à accepter cette décision et essaye de convaincre ce couple de renoncer et d'interrompre plutôt la grossesse »

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Dans cet exemple vécu, on peut très bien comprendre les deux parties. Les parents souhaitent, comme tous les parents, offrir la meilleure vie possible à leur enfant. Et pour eux cela signifie, ici, la laisser aller à son terme. Pour eux, et dans ce cas, il était aussi important que cet enfant existe, qu'il ait un nom, qu'il soit sur leur livret de famille.L'équipe soignante, elle, souffre de découvrir qu'un enfant en gestation est condamné. Or quand on est soignant, on cherche naturellement à agir pour guérir. Et comme ici, on ne peut pas guérir, les médecins cherchent cependant à agir, sans doute pour contenir leur angoisse et avoir le sentiment « d'avoir fait ce qu'il fallait faire ».

Action médicale et respect des décisions des personnes concernées

Pourtant, il est parfois sage d'accepter une certaine angoisse et de ne rien faire. En effet, même si le choix individuel du médecin échographiste ou cardiologue ou obstétricien n'aurait pas été le même que celui de ce couple, il est indispensable de respecter les décisions des personnes les plus concernées. Heureusement, la décision du couple a fini par être tolérée à contrecoeur, puis acceptée. Et ce couple a mis au monde cet enfant qui a vécu quelques jours très entouré. Ce cas pose aussi la question des solutions proposées. Quand un couple reçoit une telle nouvelle, plutôt que de lui proposer une interruption thérapeutique de grossesse, ne serait-il pas plus humain de dire « Vous avez deux solutions, l'une est l'ITG, l'autre est de laisser les choses se faire. » Chacun comprendra qu'aucune de ces solutions n'est idéale, qu'elles sont toutes deux douloureuses, mais que chacun a le droit de choisir celle qui lui correspondrait le mieux et d'être respecté dans son choix.

Publié le 10 Avril 2007
Auteur(s) : Dr Catherine Solano