Le psoriasis ou quand la peau s'emballe

Publié le 11 Juin 2007 à 2h00 par Rédaction E-sante.fr
Le psoriasis est une maladie chronique de la peau qui se manifeste par l'apparition de plaques rouges recouvertes de pellicules blanchâtres. En fonction de l'étendue des lésions, cette pathologie non contagieuse entraîne une gêne physique et sociale à très fort retentissement sur la qualité de vie. Il n'existe pas de traitement standard, ni de traitement préventif.
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Cette maladie de la peau est fréquente. Elle touche entre 2% de la population (entre 2 et 3 millions de Français), atteint aussi bien les hommes que les femmes et débute habituellement entre 10 et 30 ans. Toutefois, le psoriasis peut également se déclarer chez le nourrisson ou la personne âgée. Sous sa forme commune ou en l'absence de complication, le psoriasis n'est pas considéré comme une maladie grave, mais par son fort préjudice esthétique, il peut être très mal vécu.

Pourquoi souffre t-on de psoriasis ?

Cette question reste encore difficile. Si les causes restent mal connues, il existe un facteur héréditaire multifactoriel important, faisant du psoriasis une maladie génétique ; en effet, dans un cas sur deux il y a antécédent familial. Cette affection résulte d'une production accélérée de cellules de la couche superficielle de la peau, qui est dix fois plus rapide que la normale. Devant l'impossibilité de les éliminer au fur et à mesure de leur production, elles s'accumulent à la surface de la peau, formant des plaques squameuses. De plus, cette prolifération trop rapide provoque la dilatation des vaisseaux sanguins du derme, laissant alors apparaître des plaques rouges.

Des manifestions très diverses

Les plaques sont généralement très étendues et se développent souvent sur les coudes, les genoux et le dos. Toutefois, elles peuvent aussi se localiser sur les plis des aines ou des aisselles, sur la paume des mains ou la plante des pieds. A ces endroits, la peau est sèche, grise et fissurée. Une autre localisation fréquente est représentée par le cuir chevelu. Chez l'enfant, principalement après une angine, les plaques peuvent prendre la forme de toutes petites tâches (psoriasis en gouttes) ou de pièces de monnaies (psoriasis nummulaire). Les ongles sont parfois atteints avec de petites dépressions, un épaississement, un décollement et une coloration verdâtre. Les muqueuses de la face interne des joues ou le gland peuvent aussi être touchés.

Les éventuelles complications

Son évolution est caractérisée par des poussées, souvent déclenchées par un évènement marquant : angine (surtout chez l'enfant), surmenage, choc émotionnel, médicaments, etc. Même si cette maladie se caractérise essentiellement par son côté inesthétique, elle provoque également de fortes démangeaisons et peut devenir handicapante, notamment lorsque par aggravation elle finit par toucher les articulations. Il existe trois types de complication :

  • la généralisation du psoriasis sur la totalité du corps avec une détérioration de l'état général du patient, qui s'accompagne de fièvre, de frissons et d'une perte de poids ;
  • l'apparition sur les plaques rouges de multiples petites cloques remplies de liquide blanc laiteux, correspondant au psoriasis pustuleux. Elles se localisent sur l'ensemble du corps ou sur certaines zones, le plus souvent sur les mains et s'accompagnent d'une forte fièvre ;
  • le rhumatisme psoriasique chronique revêt deux formes ; l'inflammation touche les articulations des doigts avec déformations très gênantes (polyarthrite) ou les articulations de la colonne vertébrale, plus particulièrement celles situées entre le sacrum et l'os iliaque.

Pas de traitement standard ni de traitement préventif

Aucun des traitements actuels ne permettent de guérir définitivement du psoriasis. Ils aident à "blanchir" les lésions et à les réduire. Le traitement dépend de la localisation, de l'ancienneté, de l'étendue et de la nature de la peau du patient.

  • Les traitements locaux, destinés aux formes peu étendues, reposent sur des pommades, des crèmes ou des gels à base de corticoïdes, d'analogues de la vitamine D ou de rétinoïdes.
  • Pour les patients touchés sur plus de 30% de la surface du corps, le traitement est général et repose sur la prise d'un médicament photosensibilisant, activé par une exposition aux ultraviolets A (puvathérapie). En quelque sorte, il amplifie artificiellement les effets bénéfiques du soleil pour freiner le renouvellement de la peau et calmer l'inflammation.
  • D'autres traitements par voie générale sont réservés aux formes graves : rétinoïdes, méthotrexate et cyclosporine.
  • Et en cas de psoriasis modéré et sévère n'ayant pas répondu aux autres traitements, on recourt aux biothérapies. Ce sont des molécules dites anti-TNF capables de bloquer très spécifiquement le phénomène inflammatoire (étanercept, infliximab...). Elles sont aussi utilisées dans le traitement d'autres maladies auto-immunes provoquant des inflammations comme la polyarthrite rhumatoïde.

Les cures thermales

Les cures thermales permettent d'obtenir un décapage des lésions. Dans les villes d'eaux, les plaques sont décapées à l'aide d'un jet fin et puissant, alors qu'en bord de mer (surtout la mer morte), la concentration en sel s'associe favorablement aux effets du soleil. Les cures contribuent aussi à l'amélioration de l'éducation thérapeutique du ptient et de l'aspect psychologique.

L'aspect psychologique, à ne pas négliger !

A côté du traitement de la peau, une prise en charge psychologique est souvent nécessaire en raison du fort retentissement de cette maladie sur la qualité de vie. Afin d'atténuer le côté inesthétique, il faut généralement aider le patient à mieux vivre cette atteinte de l'image de son corps, qui peut perturber les relations sociales et la confiance en soi. Le traitement du psoriasis doit donc prendre en compte la souffrance morale du patient.

Existe t-il des facteurs favorisants ?

  • L'influence du stress est une question qui revient souvent. Le stress n'est pas inducteur, mais peut chez certain être un facteur d'aggravation lors des poussées de psoriasis. Ainsi, les psychothérapies ne changent pas l'évolution du psoriasis, mais atténuent le retentissement de la pathologie sur la qualité de vie du patient.
  • Aucun régime alimentaire n'est recommandé, mais en revanche, la consommation d'alcool intensifie la maladie, en particulier dans les psoriasis graves.
  • Tous les frottements aggravent la maladie et auto-entretiennent les lésions. Il est donc particulièrement important d'éviter tout microtraumatisme. Il ne faut pas gratter les plaques, ne pas les « éplucher » et éviter toutes formes d'agressions (par exemple, le port de gants évite le contact avec les substances caustiques). Par ailleurs, les cicatrices de blessure ou d'intervention chirurgicale se transforment parfois en lésions de psoriasis pour les mêmes raisons. Le savon étant lui-même agressif, il convient donc d'éviter tout détergent. De plus, il est essentiel de bien se protéger et d'hydrater sa peau grâce à des laits pour empêcher la sécheresse cutanée car elle accélère le renouvellement épidermique.
  • Le risque de psoriasis débutant est plus élevé chez les fumeurs et surtout chez les fumeuses. Cette association serait dose dépendante et très marquée pour les formes pustuleuses, évoquant un effet biologique réel du tabac. Le tabagisme est donc déconseillé en cas d'antécédent familial de psoriasis.
Source : Le psoriasis. Dr Phyllis Wettnall, FMC Hebdo N°83, 19 septembre 2000.