Premier pas vers un vaccin anti-nicotine

Il s'agit d'une nouvelle approche dans l'aide à l'arrêt du tabac : un vaccin contre la nicotine. L'idée est simple, forcer le fumeur à fabriquer des anticorps contre la nicotine. Ainsi piégée, la nicotine ne pénètre pas dans le cerveau, ce qui pourrait réduire l'envie de fumer.

Aucune partie de l'organisme n'échappe aux méfaits du tabac. Celui-ci représente notamment un facteur majeur de maladies cardiovasculaires, tandis qu'il est actuellement responsable de 30% des cancers, en particulier des cancers du poumon, de la gorge, de la langue et de la vessie. Mais des travaux plus récents montrent également qu'il augmente le risque de cancer hépatique, pancréatique, colo-rectal, etc. Malgré ce tableau dramatique et les aides au sevrage, il existe toujours un très grand nombre de fumeurs.

Dans ce contexte, et afin d'augmenter l'arsenal d'aide à l'arrêt, une équipe de chercheurs suisses s'est penchée sur la mise au point d'un vaccin anti-nicotine. Le principe est le suivant : induire la production d'anticorps anti-nicotine par une vaccination. Ainsi se forment chez le fumeur des complexes nicotine/anticorps, lesquels ne peuvent plus traverser la barrière hématoencéphalique, ce qui fait perdre à la nicotine son activité centrale, impliquée dans la dépendance.

Les résultats sont encore préliminaires. Dans une première étape, la capacité du vaccin à induire la production d'anticorps a été testée chez 40 volontaires non-fumeurs et la demi-vie des anticorps a été estimée à plus de 50 jours. Ensuite, 300 gros fumeurs âgés de 18 à 70 ans (moyenne d'âge de 42 ans) ayant déjà tenté un sevrage au moins à trois reprises, ont reçu une dose quotidienne pendant cinq jours, soit du vaccin anti-nicotine, soit d'un placebo. Les résultats ne sont pas spectaculaires, mais témoignent néanmoins d'une certaine efficacité : 40% des participants ont arrêté de fumer six mois après la vaccination, contre 31% dans le groupe placebo. Plus finement, les données montrent qu'un tiers des sujets a très bien répondu au vaccin, c'est-à-dire que les taux d'anticorps étaient les plus élevés. Ainsi, dans ce groupe précis, le taux d'abstinence a été de 57%. Pour les deux tiers restants des sujets vaccinés, le taux de sevrage a été de 32%, soit pratiquement comme dans le groupe placebo.

Il semblerait donc que l'efficacité du vaccin soit directement corrélée avec le taux d'anticorps produits. Mais le mécanisme de ce lien n'est pas encore connu.

Dans tous les cas, il ne faut pas attendre un miracle de ce vaccin. On s'en rend d'ailleurs bien compte avec les substituts nicotiniques. Une fois une dépendance installée, il est très difficile de s'en affranchir.De plus, comme dit précédemment, les essais sont encore préliminaires, c'est-à-dire qu'il faudrait encore de nombreuses années de recherche avant que ce vaccin soit disponible sur le marché.

En attendant, on pourrait aussi imaginer une autre utilisation de ce vaccin : la prévention du tabagisme chez les jeunes. On pourrait imaginer qu'une fois vaccinés, les adolescents ne tomberaient plus dans la dépendance tabagique…

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Source : 41e congrès de l'American Society of Clinical Oncology, mai 2005, intervention du Dr J. Carmuz.