Pieds et chaussures : nos mauvaises habitudes

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Talons hauts, escarpins pointus, ballerines ou tongs, tout est permis, mais avec parcimonie. Sinon gare aux problèmes de dos, de tendons ou d’orteils en forme de griffe. Eclairage de spécialistes sur ces habitudes prises par coquetterie ou confort mais loin d’être anodines.

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Talons hauts : séduire ou souffrir ?

On parle de talons hauts dès lors que la hauteur dépasse 6 cm et de talons "très hauts" au dessus de 10 cm. Au naturel, le pied n’a absolument pas vocation à être perché de la sorte. En terme de hauteur, les talons c’est ni trop, ni trop peu ! Au quotidien les podologues conseillent des talons entre 2 et 6 cm et de réserver les talons hauts aux sorties occasionnelles.

Le raccourcissement du triceps, muscle du mollet (1) est la première des conséquences du port de talons hauts.

Par ailleurs, le centre de gravité de la personne va se déplacer vers l’avant, obligeant les muscles postérieurs à être en tension permanente pour réajuster la posture et éviter que le corps ne tombe. Creuser le dos est alors une réaction naturelle. Or, plus on va se camber, plus on va mettre les vertèbres en porte-à-faux et plus on s’expose à des douleurs de dos.

Muriel Montenvert, secrétaire générale de l’Union française pour la santé du pied (UFSP) : « A eux seuls, les talons hauts peuvent aggraver ou créer des problèmes de dos : lumbagos, lombalgies, douleurs musculaires et articulaires dorsales etc. »

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Côté tendons, plus les talons seront hauts, plus le tendon d’Achille aura tendance à se rétracter. Après une utilisation prolongée, marcher de nouveau avec du très « à plat » va étirer ce tendon et ce sera douloureux. Le risque de créer des maladies du talon existe, comme l’épine calcanéenne (excroissance osseuse sur la face inférieure du talon) ou la tendinite du talon d’Achille.

Enfin, sur des talons hauts, on se retrouve en appui uniquement sur la partie avant du pied.

Antoine Perrier, pédicure-podologue, président de la Société Française de Podologie (SOFPOD) : « Ce report de charges sur l’avant-pied augmente les contraintes articulaires (2). Le risque d'orteil « en griffe » est donc augmenté. Cette surcharge peut provoquer à plus ou moins long terme des douleurs sous les métatarses, associées ou non à des problèmes cutanés, des compressions nerveuses très douloureuses (Syndrome de Morton) entre autre… »

A force de frotter contre la face interne du dessus de la chaussure, cors et corne apparaissent. Le risque de formation d’hallux valgus (déviation anormale du gros orteil vers le deuxième orteil, ou "oignon") est réel.

Les bouts pointus, une torture pour les orteils

Chez les hommes, la chaussure à bout pointu -si la largeur du pied est respectée- n’a que peu de conséquences. Par contre chez la femme, une plus forte laxité des ligaments (relâchement), associée à une faiblesse osseuse grandissante avec l’âge et le port de talon amplifie les problèmes de l’avant du pied.

Sandy Fouat, pédicure-podologue, secrétaire générale de la SOFPOD : « Les problèmes les plus fréquents sont cutanés comme les durillons, cors, papillomes micro-traumatiques (évolution douloureuse d’un cor). Les ongles sont touchés aussi avec des onycholyse s (décollement), des onychauxis (épaississement) et des cors sous-unguéaux ou dans les sillons et parfois même des ongles incarnés. Aucune étude n’a cependant fait le lien entre bout pointu et hallux valgus ».

Publié le 24 Septembre 2015 | Mis à jour le 01 Octobre 2015
Auteur(s) : Hélène Joubert, journaliste scientifique
Source : (1) J Theor Biol.
Voir + de sources
2015 Jan 21;365:301-10 ; (2) J Biomech. 2013 Aug 9;46(12):2067-74
D’après des entretiens avec Muriel Montenvert, secrétaire générale de l’Union française pour la santé du pied (UFSP, www.sante-du-pied.org), Antoine Perrier, pédicure-podologue, président de la Société Française de Podologie (SOFPOD) et Sandy Fouat, pédicure-podologue, secrétaire générale de la SOFPOD ; www.sofpod.com)
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