Perturbateurs endocriniens : mis en cause dans le diabète
Publié le 25 Janvier 2016 à 16h37 par Brigitte Bègue, journaliste santé

Une épidémie inexpliquée de diabète de type 2

Il y a 395 millions de personnes diabétiques dans le monde, près de 3 millions en France. « On sait qu’une alimentation trop sucrée et trop grasse, que la sédentarité et l’âge augmentent les risques de développer un diabète de type 2, la génétique peut jouer un rôle aussi même si, pour l’heure, on n’a pas trouvé le gène du diabète mais il n’est pas possible d’expliquer la pandémie actuelle », déclare le Dr Patrick Fénichel, chercheur en endocrinologie et diabétologie au CHU de Nice. Pour ce dernier, les perturbateurs endocriniens pourraient avoir une responsabilité : « L’augmentation de la prévalence suit l’évolution de la production mondiale de produits chimiques industrielles ».

Les perturbateurs endocriniens sur la touche

Pointés depuis longtemps dans les troubles de la fertilité et du système nerveux des enfants, les perturbateurs endocriniens, présents dans un grand nombre de produits chimiques de la vie courante (produits ménagers, emballages alimentaires, cosmétiques, etc.) et dans l’environnement (pesticides, etc.), sont aujourd’hui soupçonnés de favoriser le diabète. Il est encore trop tôt pour conclure mais les données se précisent. Selon le Dr Patrick Fénichel, « Des animaux de laboratoire dont le microbiote intestinal a été exposé à des polluants chimiques déclarent un diabète sucré ».

En lien avec les expositions aigues

Les perturbateurs endocriniens ont une particularité : ils sont capables de mimer l’action de nos hormones. Dans le passé, l’histoire a montré que des personnes ayant subi une exposition aigüe à la dioxine, aux métaux lourds, aux pesticides organochlorés ou aux polluants organiques persistants ont développé des années plus tard un diabète de type 2. C’est le cas des soldats américains ayant répandu l’agent Orange au Vietnam, des adolescentes exposées à la dioxine lors de l’accident de Sévéso en Italie… Est-ce pareil pour les expositions à faible doses ?

Les preuves s’accumulent

Des travaux commencés aux Etats-Unis dans les années 2000 montrent une association entre le taux de bisphénol A (que l’on trouve notamment dans les contenants alimentaires comme les cannettes et les boites de conserves) et de phtalates (emballages alimentaires en plastique) retrouvé dans les urines d’infirmières depuis plus de dix ans et le diabète. Une étude hollandaise sur des personnes de 60 à 70 ans confirme ce lien. « A chaque fois, la corrélation et plus forte en cas d’obésité », précise le Dr Fénichel.

Une association avec l’obésité

Une étude française, appelée DESIR, sur 9000 participants suivis pendant neuf ans ne révèle aucun rapport entre les concentrations urinaires en bisphénol A et le diabètemais note, cependant, un lien de causalité chez les volontaires en surpoids ou obèses. Or, on sait que les perturbateurs endocriniens se stockent dans le tissu adipeux et que le surpoids et l’obésité sont un des premiers facteurs de risque du diabète. « Il faut poursuivre les études », souligne Patrick Fénichel.

L’insulino-résistance favorisée

D’autant que comme, il le rappelle, le Bisphénol A et les phtalates sont très proches d’un autre perturbateur endocrinien, le Distilbène, un médicament dangereux prescrit aux femmes enceintes dans les années 60 pour leur éviter une fausse couche et interdit depuis 1977). Les expériences indiquent que si on expose des souris gestantes à cette substance, leurs petits deviennent obèses à l’âge adulte.

Dr Patrick Fénichel : « Les perturbateurs endocriniens stimule la sécrétion d’insuline et pourraient induire une insulino-résistance et donc un diabète. » Rappelons que la France a interdit le bisphénol A des contenants alimentaires depuis janvier 2015.

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Source : Colloque des 21 et 22 janvier à l’Institut Pasteur à Paris, organisé par l’Anses : « Les perturbateurs endocriniens : effets sur les écosystèmes et la santé humaine ».