Pénurie de dermatologues : des kinésithérapeutes formés au dépistage des cancers de la peau
Les kinésithérapeutes pourraient-ils contribuer à repérer plus tôt certains cancers de la peau ? C’est l’objectif d’une expérimentation menée depuis 2025 par l’URPS Masseurs-Kinésithérapeutes Occitanie, avec le soutien de l’Agence régionale de santé.
Après une première phase conduite auprès de 13 professionnels, le dispositif change d’échelle : 100 kinésithérapeutes doivent être formés avant la fin de l’année 2026, notamment dans les territoires où l’accès à un dermatologue est particulièrement difficile.
Jusqu’à 22 semaines d’attente en Occitanie
Selon le troisième baromètre FHF-Ipsos publié en mars 2026, les personnes interrogées en Occitanie déclarent avoir attendu en moyenne 22 semaines pour obtenir leur dernier rendez-vous chez un dermatologue. À l’échelle métropolitaine, ce délai moyen atteint 19 semaines, contre environ deux mois en 2019.
Cette attente peut retarder la prise en charge d’un mélanome ou d’un autre cancer cutané. D’après l’Institut national du cancer, 17 922 nouveaux cas de mélanome cutané ont été estimés en France en 2023.
Le mélanome conserve un bon pronostic lorsqu’il est diagnostiqué précocement. Sa capacité à se propager à distance rend toutefois indispensable l’examen rapide de toute lésion inhabituelle ou évolutive.
Pourquoi faire intervenir les kinésithérapeutes ?
Au cours des séances de rééducation, le kinésithérapeute observe régulièrement des parties du corps que le patient examine difficilement lui-même, comme le dos, la nuque ou l’arrière des jambes.
Sa position lui permet de remarquer fortuitement un grain de beauté qui change d’apparence ou une plaie cutanée persistante. Cette démarche correspond à un repérage opportuniste : il ne s’agit pas d’organiser une consultation dermatologique complète chez le kinésithérapeute, mais de profiter d’un rendez-vous déjà prévu pour signaler une anomalie visible.
Le patient doit continuer à pratiquer un auto-examen régulier de ses grains de beauté et consulter directement un médecin lorsqu’une lésion paraît suspecte.
Six cancers repérés pendant la première phase
La phase pilote a réuni 13 kinésithérapeutes, soit un professionnel dans chacun des départements de la région. Ils ont été formés au repérage des lésions suspectes, à l’utilisation du dermatoscope et au recours à la téléexpertise.
Selon le bilan communiqué par l’URPS, 35 actes de repérage ont permis d’identifier quatre carcinomes et deux mélanomes nécessitant une orientation rapide vers une prise en charge spécialisée.
Ces premiers résultats sont encourageants, mais ils reposent sur un nombre très limité d’observations. Ils ne permettent pas encore de mesurer scientifiquement l’efficacité du dispositif à l’échelle de la population.
Comment fonctionne le dermatoscope connecté ?
Le dermatoscope est un appareil grossissant et éclairant la surface de la peau. Relié à un smartphone, il permet de prendre des photographies détaillées d’une lésion pigmentée ou d’une anomalie cutanée.
Avec l’accord du patient, le kinésithérapeute formé peut :
- Observer une lésion qui lui paraît inhabituelle.
- Réaliser des clichés à l’aide du dermatoscope.
- Transmettre les images par un système sécurisé.
- Solliciter l’avis d’un dermatologue ou d’un médecin formé à la dermatologie.
- Orienter le patient vers la filière appropriée lorsque la lésion paraît préoccupante.
L’URPS présente ce repérage comme volontaire et gratuit pour le patient dans le cadre de l’expérimentation.
Le kinésithérapeute ne pose pas le diagnostic
Le professionnel ne devient ni dermatologue ni cancérologue. Il ne confirme pas la nature d’une lésion, ne prescrit pas de traitement et ne réalise aucune biopsie.
Son rôle consiste uniquement à attirer l’attention et à transmettre des images. Le diagnostic reste posé par un médecin après une évaluation complète, parfois suivie d’un prélèvement analysé en laboratoire.
Cette distinction est importante : un cliché rassurant ne remplace pas une consultation si la lésion continue d’évoluer, saigne ou ne cicatrise pas.
Quels signes doivent inciter à consulter ?
La méthode ABCDE aide à repérer les principales modifications d’un grain de beauté :
- A comme asymétrie.
- B comme bords irréguliers.
- C comme couleurs multiples ou inhabituelles.
- D comme diamètre qui augmente.
- E comme évolution récente.
Une plaie qui ne guérit pas, une lésion qui saigne spontanément ou un bouton persistant doivent également être montrés à un professionnel de santé. Il ne faut pas attendre une séance de kinésithérapie pour demander un avis.
Une expérimentation encore limitée à l’Occitanie
Les 100 professionnels seront sélectionnés dans toute l’Occitanie, avec une attention particulière accordée aux secteurs sous-dotés en dermatologues. La première session élargie doit réunir 50 kinésithérapeutes à Montpellier le 25 septembre 2026.
Cette expérimentation accompagne l’évolution des missions préventives de la profession. À partir d’octobre 2026, les kinésithérapeutes pourront également proposer le dispositif national Mon Bilan Prévention.
Aucune généralisation nationale du repérage dermatologique par les kinésithérapeutes n’est néanmoins annoncée à ce jour. Son éventuelle extension dépendra notamment de l’évaluation des résultats, de l’organisation de la téléexpertise et de la capacité des dermatologues à répondre aux demandes transmises.
Sources
- URPS Masseurs-Kinésithérapeutes Occitanie – 100 kinés formés avant la fin de l’année
- URPS Occitanie – présentation initiale du dispositif