Parentalité tardive : un effet de mode inconscient ?

Publié le 05 Mai 2011 par Psychoenfant
Johnny Hallyday, Elton John, Polnareff… À l’âge où ils devraient être grands-parents, certain(e)s profitent des progrès de la médecine (AMP pour les femmes, médicaments contre les troubles de l'érection et insémination artificielle pour les hommes) pour devenir mères ou pères à 65 ou 70 ans… Alors que l’espérance de vie ne cesse de croître, les parentalités hypertardives font débat.
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PsychoEnfants : Quelles sont les raisons qui poussent les parents à faire un bébé “sur le tard” ?

Myriam Szejer : Il y a sans doute autant de raisons que de cas. Mais il faudrait d’abord savoir pourquoi il n’y en a pas tant que ça… Souvent, les parentalités hypertardives sont issues de couples recomposés, où l’un des deux conjoints est plus jeune que l’autre, mais ce n’est pas une majorité de cas. Il y a encore beaucoup de couples qui vieillissent ensemble, et d’autres séparés qui ne veulent plus d’enfants, sans parler des complications potentielles liées à la santé qu’une parentalité tardive peut engendrer et qui freinent les candidats…

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Etre père ou mère très tard, est-ce un moyen de rester jeune coûte que coûte ?

M. S. : Chez les femmes, à partir de la cinquantaine, il n’y a plus de grossesses spontanées. Chez les hommes, on observe une nette baisse de la virilité après 60 ans. Le Viagra a pallié ce désagrément physique. Mais, pour l’un comme pour l’autre, procréer tardivement est en effet sans doute un moyen de s’éloigner de la mort, de stopper la fatalité du vieillissement, en devenant parent à un âge où d’autres sont grands-parents.

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En termes de modèle éducatif, ces parents sont-ils plus laxistes que les parents plus jeunes ?

M. S. : Oui, sans doute, car en vieillissant on devient plus réaliste, on se connaît mieux, et l’on a fait le tri dans ses convictions…

Donc ils sauraient mieux ce qu’ils veulent pour leur enfant…

M. S. : Permettez-moi d’en douter… Le temps leur a fait perdre un idéal d’éducation qui produirait un “enfant idéal”… À 20 ou 30 ans, les parents ont des modèles peut-être un peu stricts, des idéaux du “bon enfant”, relayés par les modèles éducatifs dont ils sont issus, qu’ils choisissent de suivre ou pas. L’écoulement du temps les a éloignés de ces schémas et de ces repères. De plus, poser la loi et les limites d’un enfant demande de l’énergie, de la persévérance, de la force. Sans parler des premières nuits difficiles, on peut dire que l’on a quand même moins d’énergie à 60 ans qu’à 30, non ?

Source : Interview : Myriam Szejer, pédopsychiatre et psychanalyste consultant en néonatalogie à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart. Elle vient de publier, avec le Pr René Frydman, l’ouvrage collectif La Naissance, aux éditions Albin Michel.