L'oedipe... la fin d'un grand mensonge ?

Publié le 14 Septembre 2009 à 2h00 par Psychoenfant
Remise en question par les recherches actuelles en psychologie cognitive et mise à mal par les nouvelles découvertes en neurosciences... la théorie du complexe d'Oedipe semble avoir considérablement évolué depuis Freud. Si certains psys en font toujours un élément central de leurs Oedipe, d'autres n'hésitent plus à montrer du doigt son caractère erroné ou dépassé. Tour d'horizon.
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L'œdipe selon Freud : une étape essentielle au développement


En 1897 Freud écrit à son ami et médecin Wilhelm Fliess : ' J'ai trouvé en moi comme partout ailleurs des sentiments d'amour envers ma mère et de jalousie envers mon père, sentiments qui sont, je pense, communs à tous les jeunes enfants. S'il en est bien ainsi, on comprend, en dépit de toutes les objections rationnelles qui s'opposent à l'hypothèse d'une inexorable fatalité, l'effet saisissant d'œdipe roi. ' C'est dans L'interprétation des rêves, en 1899, que Freud introduit clairement la référence à œdipe et, précisément, à la pièce de Sophocle. Freud aboutit à la théorie libidinale de l'oedipe : la libido de l'enfant se tourne vers le parent de sexe opposé et voit dans le parent de même sexe un rival à éliminer.

Durant cette période oedipienne, l'enfant éprouve-t-il réellement du désir sexuel pour le parent du sexe opposé ?


Marcel Rufo* : Non, ce n'est jamais du désir sexuel. L'oedipe à la Sophocle n'est que du théâtre. Durant la période oedipienne, ce n'est pas du désir que le petit garçon ressent pour sa mère, mais de l'amour. Le désir sexuel n'a aucune place chez le petit enfant. Ce qui a été tragique, dans l'apport freudien (car mal compris), c'est justement que les gens ont souvent confondu le sexe et l'organisation sexuée de l'individu. L'organisation sexuée correspond à la façon dont un individu devient garçon ou fille. Durant la période oedipienne, lorsqu'un petit garçon dit à sa mère 'je veux t'épouser', il sous-entend 'tu es la plus belle de toutes les mamans'. Rien de plus. Et il apprendra peu à peu à s'identifier à son père pour devenir un homme et pas pour épouser sa mère.

Trouvez-vous ce concept central dans la construction identitaire de l'enfant ?


M. R. : Dans la construction de l'enfant, il n'y a pas que l'oedipe. L'apparition du langage, du mensonge, la conquête de la propreté, la séparation-individualisation sont aussi des périodes fondamentales. L'oedipe fait partie d'une mosaïque de construction de soi… Cette phase de construction est aussi essentielle que les autres items qui fabriquent un être humain. Chacun de nous se libère de l'oedipe un jour ou l'autre… en tout cas, c'est à souhaiter.

Le trouvez-vous toujours aussi central en thérapie ?


M. R. : L'oedipe n'est pas non plus le centre névralgique d'une thérapie. La thérapie, c'est un trousseau de clés. Les autres clés sont la conquête de soi, la notion du temps, la conquête du temps, sa spatialité, la capacité à être sociabilisé, la capacité au plaisir ou au déplaisir d'apprendre, à la crainte de soi, à l'estime de soi… il y en a mille…

* Pédopsychiatre. Il dirige l'Espace Arthur à Marseille, un service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Oedipe toi-même ! aux éditions Hachette.