Mort de Catherine Ringer : Gainsbourg, Macron et ses clashs

Publié par Freya Yophy
le 16/09/2026
catherine ringer
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Face à Serge Gainsbourg comme à Emmanuel Macron, Catherine Ringer n’a jamais renoncé à sa liberté. Retour sur ses prises de parole cultes.

La disparition de Catherine Ringer clôt plus de quarante années d’une carrière menée sans chercher à se conformer. Ses trois enfants ont annoncé sa mort le 15 septembre 2026 dans un communiqué transmis à l’AFP. La chanteuse a été emportée par un « cancer foudroyant » dans la nuit précédente, à l’âge de 68 ans.

Jusqu’à ses dernières apparitions, elle était restée fidèle à cette silhouette immédiatement reconnaissable : une voix spectaculaire, une énergie physique déroutante et une manière de ne jamais arrondir les angles pour rassurer son interlocuteur. Sur scène comme face aux caméras, Catherine Ringer disait ce qu’elle pensait — ou faisait comprendre qu’elle refusait de jouer le jeu.

Face à Gainsbourg, une riposte devenue culte

L’un de ses plus célèbres coups de gueule remonte à 1986. Invitée de l’émission Mon Zénith à moi, présentée par Michel Denisot sur Canal+, Catherine Ringer est confrontée à Serge Gainsbourg. Celui-ci l’attaque frontalement sur les films pornographiques qu’elle avait tournés quelques années auparavant.

Le chanteur l’interrompt, l’insulte et cherche à l’humilier publiquement. Mais Catherine Ringer ne quitte pas le plateau et ne baisse pas les yeux. Elle lui répond calmement avant de lui retourner son jugement : « C’est vous qui êtes dégueulasse. »

La séquence est restée dans l’histoire de la télévision française. Elle apparaît aujourd’hui moins comme un simple « clash » entre deux artistes que comme une manifestation brutale du sexisme de l’époque. Face à un homme déjà installé au sommet de la chanson française, la jeune interprète refuse de s’excuser pour son passé et de se laisser enfermer dans la honte.

Cette riposte révèle un trait qui ne la quittera plus : Catherine Ringer pouvait accepter la provocation artistique, jamais le mépris.

Des entretiens aussi imprévisibles que ses concerts

Son franc-parler ne se limitait pas à cette confrontation. Les journalistes qui l’ont rencontrée décrivent une artiste capable de s’agacer brusquement lorsqu’une question lui paraissait maladroite, convenue ou intrusive. Elle pouvait interrompre un entretien, se lever ou choisir le silence plutôt que de fournir la réponse attendue.

Cette attitude lui a parfois valu une réputation de « grande gueule ». Elle traduisait surtout son refus des échanges promotionnels trop bien réglés. Catherine Ringer ne cherchait pas à fabriquer un personnage aimable en dehors de la scène. Elle protégeait son travail, son intimité et sa liberté de ne pas se laisser résumer.

Cette indépendance nourrissait également la musique des Rita Mitsouko. Fondé avec Fred Chichin après leur rencontre en 1979, le duo mélangeait rock, funk, chanson, musique électronique et esthétique théâtrale, sans respecter les frontières habituelles de l’industrie musicale. Marcia Baïla, Andy, C’est comme ça ou Les Histoires d’A ont ainsi installé un univers impossible à confondre avec un autre.

« Je ne suis pas son pote » : son refus de l’accolade présidentielle

Près de quarante ans après son échange avec Gainsbourg, Catherine Ringer provoque une nouvelle séquence très commentée. Le 8 mars 2024, elle interprète une version féminisée de La Marseillaise lors du scellement dans la Constitution de la liberté garantie de recourir à l’IVG.

À la fin de la cérémonie, Emmanuel Macron tente de l’embrasser. La chanteuse décline l’accolade et regagne sa place, suscitant immédiatement les commentaires. Quelques jours plus tard, elle explique son geste sans détour : « Je ne suis pas son pote, lui non plus. »

Elle ne renie pourtant ni l’invitation ni l’importance de la cérémonie. Elle précise avoir été honorée d’y participer, mais juge l’expression de proximité déplacée dans un moment aussi solennel. Là encore, Catherine Ringer refuse qu’un geste lui soit imposé, même par le président de la République.

Son interprétation elle-même portait cette liberté. Sans avoir prévenu l’Élysée, elle avait remplacé certains mots de l’hymne national par « Aux armes, citoyens, citoyennes » et évoqué « une loi pure dans la Constitution ».

Continuer après la disparition de Fred Chichin

Cette force s’est aussi exprimée dans l’épreuve. En novembre 2007, Fred Chichin meurt à 53 ans des suites d’un cancer à l’évolution rapide. Catherine Ringer perd à la fois son compagnon, le père de ses enfants et son partenaire artistique depuis près de trente ans.

Elle poursuit néanmoins son chemin. Après avoir traversé ce deuil majeur, elle développe une carrière sous son propre nom, publie l’album Ring n’ Roll en 2011 et continue de faire vivre sur scène le répertoire des Rita Mitsouko.

Sa liberté ne se résumait donc pas à quelques formules bien senties. Elle se manifestait dans sa façon de chanter, de créer, de répondre aux attaques et de se reconstruire sans effacer celui avec lequel elle avait partagé sa vie.

Avec la mort de Catherine Ringer, la scène française perd une artiste qui ne cherchait ni l’unanimité ni l’approbation. Ses coups de gueule resteront comme le prolongement naturel de sa musique : imprévisibles, théâtraux et profondément libres.

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