Les règles pourraient être aussi douloureuses qu’un infarctus

© Istock

La douleur des règles reste encore un sujet tabou. Et surtout un sujet qui n'intéresse personne. Elle serait pourtant plus importante qu'on ne veut bien l'avouer, d'après trois experts.

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La souffrance est le lot quotidien de toutes les femmes. Voilà ce qui est souvent expliqué aux femmes qui souffrent de règles douloureuses. Mais est-ce vraiment normal pour une femme de souffrir chaque mois ? Trois spécialistes, interrogés par le site américain Quartz ont décidé de se confier sur un sujet qui devrait être davantage mis en avant.

La douleur peut être telle que les femmes la décrivent parfois comme étant "presque aussi forte que celle provoquée par une crise cardiaque", explique John Guillebaud, professeur de santé génésique à l'université de Londres (Royaume-Uni).

Selon l'American Academy Of Family Physicians, une femme sur cinq souffre de dysménorrhée, un terme clinique qui désigne des règles douloureuses au point de perturber la vie quotidienne. Une telle affliction devrait être au coeur d'énormément de recherches. Mais les trois experts soulignent auprès de Quartz que, malgré l'intensité de cette souffrance peu de recherches sont menées sur ce sujet.

Une souffrance aux causes multiples

Il faut savoir qu'il existe deux causes principales aux fortes douleurs pendant les règles des femmes. La première est la dysménorrhée primaire et la seconde l'endométriose. Dans le premier cas, il n'y a aucune explication scientifique sur l'origine d'une telle douleur au moment des règles.

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Pour Richard Legro, de l'université de médecine de Penn State (Etats-Unis), savoir pourquoi certaines femmes souffrent plus que d'autres "c'est une question à un million de dollars" comme il l'explique au magazine Quartz.

Le professeur Guillebaud pense que la douleur peut être en partie due aux crampes de l'utérus. De son côté, le directeur de la douleur gynécologique à l'université de Northshore (Etats-Unis), Frank Tu, estime qu'il s'agit plutôt d'une combinaison de stimuli sensoriels, d'inflammation utérine locale et de problèmes de circulation sanguine utérine.

En revanche du côté de l'endométriose, certaines réponses peuvent être appportées, même si il reste beaucoup de connaissances à acquérir. En effet, l'endométriose est une maladie liée à des saignements rétrogrades pendant les règles, provoquand le dépôt de muqueuse utérine en dehors de l'utérus. Celle-ci peut se développer sur les organes alentour. Comme ce tissu est sensible aux variations hormonales, il est douloureux et saigne pendant les périodes menstruelles, provoquant de fortes douleurs.

Pourtant, si l'on connaît les mécanismes de la maladie, personne n'est capable d'expliquer pourquoi certaines femmes souffrent d'endométriose et d'autres non.

Un sujet encore tabou

Les traitements pouvant aider les femmes pour leurs douleurs menstruelles sont très limités. Elles peuvent simplement soulager leurs symptômes à l'aide d'analgésiques ou d'anti-inflammatoires comme l'ibuprofène, grâce à la pilule contraceptive, qui peut réduire le flux des règles, ou encore avec un stérilet. Mais les solutions ciblées sont rares.

Richard Legro, a pu découvrir, avec ses collègues, que le sildénafil (Viagra®) peut aider à soulager la dysménorrhée. "Nous pensons que nous avons apporté une contribution majeure au traitement que les praticiens de premier recours pourraient utiliser".

Cependant, avant de pouvoir être utilisé comme traitement, il faudrait encore effectuer beaucoup de recherches. Or, comme l'explique le chercheur, il a "proposé trois ou quatre fois le sujet mais il est toujours rejeté. Personne ne pense que les crampes menstruelles sont un problème important".

A ce jour, les médecins en contact direct avec les patientes ne prennent pas la douleur des règles au sérieux. Comme le souligne Guillebaud, "bizarrement, je constate cela chez les médecins des deux sexes. Les hommes ne connaissent pas ce problème et ils sous-estiment sa gravité. Et certaines femmes médecins n'ont pas beaucoup d'empathie parce qu'elles-mêmes ne souffrent pas trop et pensent que certaines patientes exagèrent".

Pour ces trois experts, les femmes ne doivent plus souffrir en silence et doivent pousser la communauté scientifique à reconnaître leur douleur.

Publié le 02 Mars 2018 | Mis à jour le 02 Mars 2018
Auteurs : Manon Anger, journaliste santé
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