Les 5 choses que reprochent les médecins à l’homéopathie

Publié par Anne Valois, journaliste santé le Lundi 26 Mars 2018 : 15h08
Mis à jour par Rédaction E-sante.fr le Mardi 17 Avril 2018 : 15h08

Dans une tribune au vitriol, 124 professionnel.le.s de santé ont dénoncé les médecines alternatives, qui s'appuient selon eux sur les croyances plutôt que sur les faits. Récapitulons les différents reproches.

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Face aux médecines alternatives, la résistance s'organise. Dans une tribune publiée sur le Figaro Vox le 18 mars 2018, 124 professionnel.le.s de santé ont appelé à mettre fin à ces pratiques peu scientifiques. Depuis, plus de 1 300 signataires se sont associé.e.s à l'appel.

Regroupés sur le blog Fake Médecine, ces noms viennent d'horizons variés. Médecins, journalistes, kinésithérapeutes… Toutes et tous demandent la même chose : que ces disciplines soient exclues du champ de la médecine.

L'homéopathie, notamment, est au cœur de la polémique. Alors que le débat fait rage dans les médias et sur les réseaux sociaux, E-Santé vous résume les principaux reproches qui sont faits à ces granules.

Pas d'efficacité prouvée

La principale critique à l'égard de l'homéopathie, c'est son manque d'efficacité. Les essais cliniques et les méta-analyses se sont multipliés. Et dans la majorité des cas, les granules ne sont pas plus efficaces qu'un placebo.

L'homéopathie ne fonctionnerait donc que via ce célèbre effet. Un argument de taille, quand on sait que l'effet placebo agit même si l'on sait qu'on ingère une gélule sans principe actif. Certains seraient tentés de répondre que les granules ont fonctionné chez eux, ou chez un proche.

"Les études à grand échelle, en éliminant donc ces biais d'observation, sont négatives", répond la tribune. Des conclusions similaires à celle de l'Académie nationale des sciences, saisie en 2017. Par ailleurs, une expérience personnelle ne fait pas office de preuve sur le plan scientifique.

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Le mécanisme n'est pas expliqué

Autre faille scientifique : les homéopathes restent incapables d'expliquer le mécanisme d'action de leurs granules. Certains évoquent la mémoire de l'eau, d'autres la haute dilution du principe actif…

"En cessant d'invoquer la magie là où elle n'avait pas de réponses à donner, la médecine a plus progressé en quelques décennies que tout au cours de sa longue histoire", tranchent les signataires de la tribune. Qui appellent à faire la distinction entre croyance et faits vérifiables.

De fait, le site de Boiron – principal fabricant de médicaments homéopathiques – échoue lui-même à expliquer comment fonctionnent ses granules. Le syndicat national des médecins homéopathes français, de son côté, botte en touche.

Il "a si souvent répondu aux arguments médicaux, scientifiques et réglementaires avancés par les adversaires de l'homéopathie qu'il est devenu inutile de le faire".

Une violation du serment d'Hippocrate

Avant d'être diplômé, tout.e étudiant.e en médecine prête le serment d'Hippocrate. S'engageant, notamment, à offrir à ses patients le meilleur soin possible, sans tromper leur confiance. Une promesse qui n'est pas respectée, d'après les signataires de la tribune.

Vu l'absence de preuves, il est malhonnête de recourir à l'homéopathie avec la promesse d'un mieux-être à la clé. "Le choix du patient doit être dûment informé, ce qui nécessite un cadre réglementaire normalisé, basé sur la connaissance scientifique", souligne l'Académie des sciences.

"La tentation peut-être grande de pratiquer des soins sans aucun fondement scientifique", concèdent les 1 300 signataires. Mais ne pas y céder est mieux. D'ailleurs, le Code de déontologie exige des médecins qu'ils n'utilisent pas leur titre pour promouvoir des pratiques n'ayant pas fait la preuve de leur efficacité.

La tribune demande donc que les médecins pratiquant l'homéopathie ne soient plus autorisés à faire état de leur titre, et que les diplômes d'homéopathie ne soient plus reconnus comme une qualification médicale.

Coûteuse pour les finances publiques

L'autre argument est financier. L'Assurance maladie rembourse l'homéopathie à hauteur de 30% et bénéficie pour cela d'un statut dérogatoire. En temps normal, un médicament doit apporter la preuve de son efficacité pour recevoir une autorisation de mise sur le marché (AMM).

Dans un deuxième temps, son "service médical rendu" est évalué par la Haute Autorité de Santé (HAS); son avis permettra de fixer le taux de remboursement. Mais ce processus n'est pas respecté en ce qui concerne l'homéopathie, ce que déplorent les signataires de la tribune. Ce que l'Académie des sciences avait déjà demandé par le passé.

Car, à l'heure actuelle, "des formations sont assurées dans des structures recevant de l'argent public" et "ceci finance une industrie prospère dont les représentants n'hésitent pas à insulter gravement ceux qui les critiquent".

Favorise la défiance vis-à-vis de la médecine

Enfin, en se distinguant de la médecine qu'ils qualifient d'allopathie, les homéopathes prennent un risque majeur : créer un sentiment de défiance vis-à-vis de leurs confrères. Et de retarder l'accès aux meilleurs soins.

Un neurologue a ainsi partagé, sur Twitter, l'extrait d'un manuel conseillant de traiter une "petite tumeur" au poumon par divers médicaments d'homéopathie. Plutôt que le traitement recommandé.

"La promotion et l'utilisation des produits homéopathiques risquent d’entraîner des dommages importants" soulignait en 2017 l'Académie des sciences. "Enfin, les préparations homéopathiques posent également, en raison du manque de contrôle de leur production, des problèmes potentiels de sécurité."

Pour l'Ordre des médecins, il faut "une réflexion sereine et argumentée sur le sujet"

Quatre jours après la publication de la tribune, l'Ordre national des médecins a réagi dans un communiqué, regrettant "que la forme véhémente de l'interpellation publique ait davantage alimenté le buzz médiatique d'un moment qu'une réflexion sereine et argumentée sur le sujet". "Le public ayant pu prendre connaissance de ce débat peut avoir l’impression d’une certaine confusion des genres, notamment sur la dangerosité intrinsèque des médecines complémentaires" a-t-il ajouté. L'instance a rappelé que l'homéopathie est classé sur le plan européen au nombre des médecines alternatives et complémentaires. Elle a aussi appelé tous les médecins "lorsqu’ils s’expriment dans l’espace public dont les réseaux sociaux font partie, à tenir compte des conséquences que leurs propos peuvent avoir sur le public en général et le trouble que cela peut créer chez les malades".

De son côté, le Syndicat national des médecins homéopathes français (SNMHF) a dénoncé "la nature diffamatoire de cette attaque" et estimé que "la meilleure attitude pour faire progresser le débat est de nous questionner ensemble". Tout en rappelant que "l’homéopathie donne satisfaction à des millions de patients en France" et que "l’absence de prise de risques, ont été rigoureusement démontrés". "Notre conviction est qu’il n’existe qu’une seule médecine : elle repose sur la fiabilité d’un diagnostic qui indique la stratégie thérapeutique à mettre en oeuvre dans le respect du patient. La médecine a besoin de tous les médecins."

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