Jouet Barbie retiré d’un poumon après 51 ans : ce cas exceptionnel
Rapporté dans la revue médicale Case Reports in Pulmonology, ce cas exceptionnel illustre la difficulté de diagnostiquer certains corps étrangers inhalés. Une Canadienne de 59 ans a vécu pendant 51 années avec une tasse miniature en plastique logée dans son arbre bronchique, souffrant périodiquement d’infections pulmonaires inexpliquées.
Selon les auteurs de l’étude, il s’agit, à leur connaissance, de la plus longue rétention documentée d’un corps étranger dans les voies respiratoires.
Des pneumonies inexpliquées depuis l’enfance
L’histoire commence lorsque la patiente a 8 ans. En jouant, elle inhale accidentellement une petite tasse appartenant à un service de table miniature pour maison de poupée Barbie. Elle signale alors l’accident aux médecins, mais les examens radiographiques ne permettent pas de retrouver l’objet.
Les soignants pensent qu’elle a probablement expulsé le jouet. L’enfant continue pourtant de souffrir de pneumonies récidivantes, nécessitant plusieurs traitements antibiotiques. Les problèmes respiratoires diminuent au début de l’adolescence, puis restent relativement discrets pendant plusieurs décennies.
À l’âge adulte, les infections du lobe inférieur droit réapparaissent avec une fréquence et une intensité croissantes. Dans les huit mois précédant son orientation vers un pneumologue, la patiente reçoit cinq cures d’antibiotiques pour traiter des surinfections pulmonaires persistantes.
Pourquoi le jouet est-il resté invisible si longtemps ?
La petite tasse était fabriquée dans un plastique radiotransparent, ou radioclaire. Contrairement à un objet métallique, elle n’apparaissait donc pas directement sur les radiographies thoraciques standards.
Les clichés réalisés pendant huit ans montraient toutefois des anomalies récurrentes du lobe inférieur droit, avec des zones de condensation et d’atélectasie. Mais leur cause mécanique n’avait pas été identifiée.
Un deuxième facteur a retardé le diagnostic. La patiente présentait un antécédent tabagique évalué à huit paquets-années, malgré un sevrage complet remontant à 31 ans. Ses troubles ont ainsi été attribués à une possible bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) et à des pneumonies communautaires.
Les auteurs évoquent un biais d’ancrage diagnostique : une première hypothèse, ici celle d’une maladie liée au tabac, a continué d’orienter l’interprétation des symptômes malgré la persistance d’éléments inhabituels.
Le scanner révèle une obstruction bronchique profonde
Face à l’aggravation des épisodes infectieux, les médecins réalisent finalement une tomodensitométrie thoracique. Le scanner révèle une condensation persistante, une diminution du volume du lobe inférieur droit et la disparition apparente de deux bronches segmentaires : RB9 et RB10.
La patiente est alors adressée au service de pneumologie afin d’écarter notamment la présence d’une tumeur endobronchique.
L’exploration par bronchoscopie souple révèle finalement un corps étranger entièrement recouvert de tissu inflammatoire. Celui-ci obstrue complètement les deux bronches. Les médecins parviennent à le retirer à l’aide d’une pince et d’un panier endoscopique, évitant ainsi une intervention chirurgicale plus lourde.
Une comparaison avec des accessoires Barbie des années 1970 permet de confirmer qu’il s’agit bien de la tasse miniature inhalée durant l’enfance.
Une amélioration clinique malgré des séquelles persistantes
L’extraction du jouet met fin aux plaintes respiratoires de la patiente. Le suivi réalisé six semaines plus tard montre une diminution du tissu inflammatoire autour des bronches.
Cependant, contrairement à une guérison anatomique complète, les examens mettent encore en évidence un rétrécissement important des bronches RB9 et RB10. Les scanners effectués deux puis neuf mois après l’intervention révèlent également des bronchectasies, une perte de volume pulmonaire et des cicatrices persistantes.
La patiente ne présentant plus de limitation respiratoire ni de nouvelle infection, les spécialistes choisissent de ne pas réaliser de dilatation bronchique ou de chirurgie complémentaire. Une nouvelle intervention pourra être envisagée si des pneumonies réapparaissent.
Ce cas rappelle les limites de la radiographie
Une radiographie thoracique normale ou peu évocatrice ne suffit pas toujours à exclure la présence d’un objet inhalé. Le scanner peut mettre en évidence le corps étranger lui-même, mais aussi ses conséquences indirectes : obstruction, collapsus pulmonaire, infection localisée ou bronchectasies.
Chez l’adulte, plusieurs études montrent qu’environ 69 % des corps étrangers inhalés se logent dans l’arbre bronchique droit, notamment dans le bronchus intermédiaire ou les segments du lobe inférieur.
Ce dossier rappelle ainsi l’importance d’évoquer une ancienne inhalation devant toute pneumonie lobaire récidivante, même lorsque l’accident supposé remonte à plusieurs décennies.