Grossesse à 40 ans : quels sont les risques ?

Publié le 16 Janvier 2006 à 1h00 par Rédaction E-sante.fr
Le grossesse tardive est de plus en plus fréquente. En 2004, 28.600 femmes de plus de 40 ans ont mis au monde un enfant, contre 8.600 en 1980. Comme l'indique le Dr David Elia, les risques pour la mère et l'enfant sont très faibles et généralement maîtrisables. En revanche, la première difficulté est de tomber enceinte car la fertilité diminue rapidement. La seconde est d'éviter la fausse couche.
Cet article vous a intéressé ?

Recevez encore plus d'infos santé, en vous abonnant à la quotidienne de E-sante.

Votre adresse mail est collectée par E-sante.fr pour vous permettre de recevoir nos actualités. En savoir plus.

Quels sont les risques pour la maman ?

Il est clair que la grossesse est un travail considérable qui est demandé au corps. S'il n'est pas en bonne santé (hypertension, diabète, obésité, vulnérabilité de la colonne vertébrale, arthrose, tendance au lumbago, insuffisance rénale, etc.), la grossesse représente un travail supplémentaire qui risque d'accentuer encore une vulnérabilité, voire même de poser un problème.

On a donc plutôt intérêt, nous les médecins, à dire aux femmes que plus elles peuvent faire leur bébé tôt, mieux c'est. Entre 20 et 30 ans, le corps est rarement vulnérable, au contraire on est généralement en pleine santé.

Cela dit, je tempérerais tout de même en disant qu'à 40 ans, les femmes vont bien, et donc à cet âge, les candidates à la grossesse sont le plus souvent en excellente santé.

Quels sont les risques pour le bébé ?

Statistiquement en tout cas, il y a un petitpeu de risque supplémentaire pour toutes les complications traditionnelles de la grossesse, soit un petit peu plus de placenta previa (insertion basse du placenta), d'hypertension de la grossesse, de toxémie gravidique (complication rénale), de décollement prématuré du placenta, etc.

Cette augmentation du risque est extrêmement faible et ne justifie donc absolument pas de déconseiller une grossesse à 40 ou 42 ans.

Les gynécologues ne déconseillent donc pas d'entreprendre une grossesse au-delà de 40 ans

Prenons le problème à l'envers, aucun gynécologue ne préconisera une interruption volontaire de grossesse (IVG) à une femme parce qu'elle a 41 ans. Sauf, bien entendu, en cas de problème particulier, comme par exemple le cas d'une femme ayant une pathologie bien déterminée qui lui fait prendre des risques très importants. Ceci étant dit, si on demande à un médecin quel est l'âge idéal, il ne dira jamais 45 ans, mais bien avant 35 ans !

Maintenant, le cas est différent lorsqu'une femme de 40 ans demande « qu'est-ce que vous en pensez, Docteur, si je fais un bébé ? ». Vous avez probablement ceux qui considèrent que ce n'est pas raisonnable. Quant à moi, je ne suis pas du tout de cet avis, je considère qu'il n'y a pas à interdire à une femme d'être enceinte à 40 ou 41 ans, sous prétexte qu'elle présente un petit peu plus de risques concernant toutes les complications possibles de la grossesse. Mais elles doivent être au courant et savoir également que ces quelques risques supplémentaires sont parfaitement maîtrisables la plupart du temps (hypertension notamment…).

En revanche, on répond à ces femmes qu'on ne sait pas si elles pourront être enceintes. En effet, à 42 ans, la fécondité n'est peut-être plus suffisante pour mettre en route une grossesse. Parfois ça marche très bien, et effectivement certaines personnes tombent enceintes à 49 ans du jour au lendemain, tandis que d'autres femmes n'y arrivent pas dès 41 ou 42 ans. En temps normal, je conseille d'essayer 6-8 mois. Mais à une femme de 42 ans, je lui demande de revenir me voir 3 à 4 mois plus tard si ça ne vient pas, afin que je commence à l'aider, car elle n'a pas de temps à perdre.

Ce qui est faisable à 42 ans ne l'est peut-être plus à 43. Je lui dis alors de se dépêcher car on ne sait pas si elle peut encore être enceinte. Ainsi, cette femme qui veut un bébé à 42 ans va peut-être se retrouver dans l'impossibilité de faire un bébé simplement parce qu'elle n'arrive pas à être enceinte, car ses ovules sont trop vieux et non fécondables. Ou en tout cas, sur 12 ovules présentés dans l'année, seuls deux vont être fécondables, alors qu'aucun rapport n'a eu lieu les bons jours pour féconder précisément ces deux-là.

Autre possibilité, la grossesse prend, mais elle est suivie d'une fausse couche. Ensuite, il faut savoir qu'il y a bien plus de fausses couches après 40 ans. Avant cet âge, on dénombre une fausse couche pour cinq grossesses qui débutent. Après, c'est de l'ordre de deux fausses couches sur cinq grossesses.

En posant toutes ces questions, les femmes n'essayent-elles pas plutôt de savoir si l'enfant sera normal en cas de grossesse tardive ?

Est-ce qu'il sera normal ? C'est effectivement la grande question qu'elles se posent. Il y a une petite augmentation des risques, soit un doublement des anomalies chromosomiques. Comme elles sont très peu nombreuses en temps normal, deux fois plus, ça ne fait toujours pas beaucoup.

De plus, dans ce domaine, il y a le dépistage prénatal.

  • L'échographie de la 12e semaine d'absence de règles montre la clarté nucale, un espace qui se trouve derrière la nuque du bébé. En deçà de 3 mm, c'est parfaitement rassurant quant à la conformité des chromosomes.
  • En revanche, au-delà, il faut réaliser une amniocentèse car il y a un risque important de trisomie.
  • Le 2e point du dépistage prénatal consiste à rechercher dans le sang l'hormone HCG (hormone gonatrophique chorionique), laquelle est corrélée au risque de trisomie. Cet examen doit être fait entre la 14e et la 17e semaine d'aménorrhée (absence de règles). On estime alors que la patiente a, par exemple, un risque sur 500 de faire un enfant trisomique. On décide l'amniocentèse au dessous de 1/250 (on n'a alors toujours qu'une chance sur 250 d'avoir un enfant trisomique et toujours 249 chances sur 250 de ne pas faire d'enfant trisomique).
  • Enfin, l'échographiede la 22e semaine (certes tardive) va renseigner sur la conformité du bébé.

Tous ces éléments vont permettre de faire une interruption médicale de grossesse dans des conditions légales très strictes et dans les centres agréés. Mais uniquement si le couple le désire.

Les risques d'une grossesse au-delà de 40 ans sont un tout petit peu plus importants mais restent faibles et avec les moyens techniques dont on dispose aujourd'hui, il est extrêmement difficile de passer à côté d'une anomalie grave ou incurable, chromosomique ou non.

En conclusion

On peut faire un bébé à 40, 42, 48 ou même 50 ans.

Et soulignons que tous les ans quelques bébés naissent spontanément de femmes de 48-50 ans, ils vont bien et les mamans aussi. Mais il faut expliquer aux femmes que le plus tôt est le mieux.Toutefois, c'est un discours médical, parcellaire, qui ne peut résumer la vie en général, on ne peut pas faire de bébé si on n'a pas de papa, de travail ou si on est dans une situation conjugale difficile...