Grippe aviaire : le Tamiflu® est-il efficace ?

La grippe aviaire est toujours d'actualité. En fait, elle l'a toujours été et l'épidémie animale continue dans plusieurs pays. Des cas humains se sont déclarés récemment en Indonésie et en Égypte, entretenant la menace d'une pandémie. Dans un nouveau livre, «La grippe aviaire, comment s'y préparer ?» le Dr Philippe Presles, rédacteur en chef d'e-santé, fait le point sur l'état de préparation de la France et sur ce qu'il faut connaître pour protéger sa famille ou son entreprise.
PUB

e-santé : Les cas humains de grippe aviaire rapportés en Égypte et en Indonésie sont-ils inquiétants ?

Dr Philippe Presles : Ils sont inquiétants dans la mesure où l'on peut considérer que chaque cas humain correspond à une centaine de milliers de contacts avec le virus. Autrement dit, les 80 cas indonésiens et les 19 cas égyptiens correspondent à une dizaine de millions de contacts entre des volailles infectées et des hommes. C'est beaucoup et s'il y a aussi peu de cas humains, c'est que le virus n'est pas adapté à l'homme. Cela signifie que le jour où un virus aura muté et sera adapté à l'homme, cela ira très vite.

e-santé : Avez-vous une nouvelle rassurante ?

Dr Philippe Presles : Plusieurs !

La première, c'est que sur les 19 cas humains déclarés en Égypte, 8 ont été guéris grâce à un traitement rapide avec du Tamiflu®, l'antigrippal des laboratoires Roche. Les autres cas ont été soignés trop tardivement. Autrement dit, cela nous confirme que le Tamiflu® est efficace contre le virus de la grippe aviaire s'il est pris tôt. C'est une excellente nouvelle.

PUB
PUB

La deuxième c'est que le gouvernement français a constitué un stock de 33 millions de traitements de Tamiflu® et de Relenza® (l'autre antiviral de la grippe), largement de quoi traiter les Français atteints dans le cadre d'une pandémie.

e-santé : Vous êtes donc confiant dans le plan gouvernemental contre la grippe aviaire ?

Dr Philippe Presles : J'explique dans mon livre en quoi le plan français est l'un des meilleurs au monde. Les stocks d'antiviraux sont suffisants, les commandes de vaccins pandémiques importantes, les achats de masques conséquents Ceci dit, si ce plan permet de sauver de très nombreuses vies, il restera à faire face aux désordres liés à une telle catastrophe. Quand un tremblement de terre ou une tempête surviennent, cela dure une ou deux journées, puis on se réorganise tant bien que mal. Dans le cas d'une pandémie grippale, la désorganisation pourra durer plusieurs mois

e-santé : Peut-on faire quelque chose pour se préparer ?

Dr Philippe Presles : Je propose dans mon livre un plan d'action pour les entreprises et des conseils pour les familles. Les entreprises ont l'obligation de mettre sur pied un plan de protection du personnel, afin de pouvoir s'assurer qu'aucune contamination ne pourra se produire sur le lieu de travail. Cela veut dire concrètement que l'entreprise doit acheter des masques pour son personnel, s'équiper en paillassons antiseptiques, en gants à usage unique, etc. Elle doit aussi préparer un plan de continuité de son activité. Tout ceci n'est pas habituel et c'est tout l'intérêt de la méthode que je propose.

Quant aux familles, elles peuvent avantageusement s'informer sur la grippe, ses symptômes et la façon d'organiser l'hygiène en famille. Deux comportements vont être essentiels pour protéger sa famille : limiter le plus possible la contagion et « diagnostiquer » soi-même la grippe aviaire de manière à consulter dès que possible et bénéficier d'un traitement par Tamiflu®. En la matière, chaque demi-journée compte.

e-santé : Comment diagnostiquer soi-même une grippe ?

Dr Philippe Presles : C'est possible et c'est très important en période de pandémie : fièvre, toux et fatigue survenant brutalement dans un contexte de pandémie, c'est la grippe à 90%. À partir de là, il faut agir sans perdre de temps.

Publié par Rédaction E-sante.fr le Lundi 29 Janvier 2007 : 01h00
Source : Dr Philippe Presles, " La grippe aviaire, comment s'y préparer ? ", Edition Jacob Duvernet, collection France Inter, 2007.