Greffes d’organes de porc : un nouvel espoir face à la pénurie
Des greffes en hausse, mais des besoins toujours considérables
La France a réalisé 6 148 greffes d’organes en 2025, un record selon l’Agence de la biomédecine. Cette progression ne suffit pourtant pas à répondre aux besoins. Au 1er janvier 2026, 23 294 patients étaient inscrits sur la liste nationale d’attente, dont 11 642 en liste active. Cette distinction compte : tous les patients inscrits ne sont pas immédiatement disponibles pour recevoir un greffon.
Durant l’année 2025, 966 personnes sont décédées alors qu’elles figuraient sur cette liste. L’Agence relève également un taux d’opposition au prélèvement de 37,1 %, avec d’importantes différences territoriales.
Publié en septembre 2026, l’avis n°152 du CCNE invite à agir sur plusieurs fronts : améliorer l’organisation du prélèvement, développer le don vivant et explorer de nouvelles possibilités thérapeutiques. Parmi elles figure la xénogreffe, qui consiste à transplanter un organe ou un tissu provenant d’une autre espèce.
Pourquoi les chercheurs utilisent-ils des porcs modifiés ?
Le porc présente des caractéristiques anatomiques et physiologiques compatibles avec certaines fonctions humaines, notamment rénales. Mais un organe porcin ordinaire déclencherait une réaction immunitaire particulièrement forte chez son receveur.
Les techniques d’édition génétique permettent de modifier les animaux donneurs pour réduire cette incompatibilité. Les chercheurs peuvent supprimer certains antigènes porcins reconnus comme étrangers, dont l’alpha-Gal, et introduire des gènes humains participant à la régulation des réactions immunitaires ou de la coagulation.
Ces modifications réduisent certains obstacles sans supprimer tout risque de rejet. Les traitements immunosuppresseurs restent indispensables.
Certaines lignées porcines comportent aussi une inactivation de rétrovirus endogènes, appelés PERV, présents dans leur génome. Cette précaution ne garantit toutefois pas l’absence de tout risque infectieux. Les conditions d’élevage, les contrôles sanitaires et la surveillance prolongée des receveurs demeurent essentiels.
Un rein porcin fonctionnel pendant 271 jours
Aux États-Unis, le parcours de Tim Andrews illustre les progrès accomplis, mais aussi leurs limites. Greffé au Massachusetts General Hospital en janvier 2025, il a vécu 271 jours sans dialyse grâce à un rein de porc génétiquement modifié. Cette expérience a fait l’objet d’une publication dans The Lancet en 2026.
Ce rein porcin resté fonctionnel pendant plusieurs mois a ensuite dû être retiré après une dégradation de son fonctionnement. Le patient a repris la dialyse avant de recevoir un rein humain en janvier 2026.
L’équipe décrit notamment des lésions des petits vaisseaux du greffon après une réduction de l’immunosuppression rendue nécessaire par une infection. Ce cas souligne un équilibre difficile : empêcher le rejet sans exposer excessivement le malade aux infections.
Un résultat individuel encourageant ne démontre donc pas encore une efficacité durable chez l’ensemble des patients.
En France, une recherche encadrée plutôt qu’un traitement disponible
L’avis du CCNE ne rend pas ces interventions accessibles en pratique courante. Le Code de la santé publique prévoit une autorisation expresse de l’ANSM, après avis de l’Agence de la biomédecine, pour les recherches concernées. La protection des participants et leur suivi à long terme occupent une place centrale.
Le consentement libre et éclairé doit porter sur les bénéfices espérés, mais aussi sur les incertitudes, les contraintes de surveillance et les alternatives. Le bien-être animal et l’équité d’accès constituent également des enjeux majeurs.
La xénogreffe pourrait notamment servir de solution temporaire avant une transplantation humaine, sans que cet usage soit déjà une règle générale imposée aux futurs essais français.
Pour le CCNE, cette piste doit compléter le don d’organes humains, non le remplacer. L’innovation ne dispense donc pas de renforcer dès maintenant les moyens consacrés au prélèvement et à la greffe.
Sources
- CCNE — Avis n°152 : « Dons d’organes, allogreffes et xénogreffes : enjeux éthiques », septembre 2026.
- Agence de la biomédecine — Bilan des greffes d’organes en France en 2025.
- Académie nationale de médecine — Rapport sur les xénogreffes d’organes, de tissus et de cellules, mai 2025.