Greffe : un rein de porc lui évite la dialyse pendant 271 jours, une première mondiale
L’insuffisance rénale terminale impose généralement le recours à la dialyse ou à une transplantation. Mais le manque de greffons humains confronte de nombreux patients à une attente prolongée, parfois incompatible avec l’évolution de leur état de santé.
Une étude publiée en septembre 2026 dans The Lancet rapporte une avancée inédite : un rein de porc génétiquement modifié a permis à un patient américain de vivre 271 jours sans dialyse, avant une greffe humaine réalisée quelques mois plus tard.
Neuf mois sans aucune séance de dialyse
Tim Andrews avait 66 ans lorsqu’il a reçu ce rein porcin, le 25 janvier 2025, au Massachusetts General Hospital de Boston. Il souffrait d’une insuffisance rénale terminale liée à un diabète de type 2 et suivait des séances d’hémodialyse depuis plus de deux ans.
Selon son équipe médicale, il n’avait que 9 % de probabilité d’obtenir un rein humain au cours des cinq années suivantes. Son risque de mourir ou de devenir médicalement inapte à la transplantation dépassait 40 % sur la même période.
Le rein de porc s’est mis à fonctionner immédiatement après l’intervention, produisant de l’urine et assurant les principales fonctions de filtration. Pendant 271 jours, soit près de neuf mois, le patient n’a eu besoin d’aucune dialyse. Il a ainsi retrouvé une partie importante de son autonomie et de ses activités quotidiennes.
Il s’agit de la plus longue période sans dialyse rapportée chez une personne vivante ayant reçu un rein porcin, mais aussi de la première transition réussie entre une xénogreffe rénale et une transplantation humaine.
Pourquoi ce rein comportait-il 69 modifications génétiques ?
L’organe provenait d’un porc miniature du Yucatan élevé par la société de biotechnologie eGenesis. Son génome avait subi 69 modifications pour rendre le rein plus compatible avec l’organisme humain.
Les chercheurs avaient notamment :
- Désactivé trois gènes responsables de la production d’antigènes porcins immédiatement reconnus par l’immunité humaine ;
- Ajouté sept gènes humains destinés à mieux contrôler le complément, la coagulation et l’inflammation ;
- Inactivé 59 séquences de rétrovirus endogènes porcins présentes dans le génome de l’animal.
Ces transformations visent à réduire le risque de rejet brutal, de formation de caillots et de transmission d’agents infectieux. Elles ne suppriment toutefois pas la nécessité d’un traitement immunosuppresseur puissant.
Un premier rejet maîtrisé, puis une atteinte des petits vaisseaux
Au quatorzième jour, les médecins ont détecté un épisode de rejet aigu médié par les lymphocytes T. Celui-ci a pu être contrôlé grâce à un traitement antirejet.
Le rein a ensuite assuré une fonction satisfaisante pendant plusieurs mois. Après environ six mois, une infection a néanmoins contraint l’équipe à réduire l’immunosuppression. Le greffon porcin a alors développé une inflammation et des lésions progressives de ses petits vaisseaux, comparables à une microangiopathie thrombotique.
Ces dommages étant devenus irréversibles, les chirurgiens ont retiré l’organe après 271 jours. Le patient a repris la dialyse durant environ trois mois. Cette complication rappelle que la xénogreffe reste une procédure expérimentale exposant à des risques de rejet, d’infection et de toxicité liés aux immunosuppresseurs.
Une greffe humaine réussie après le rein porcin
Le 13 janvier 2026, Tim Andrews a finalement reçu le rein d’un donneur humain décédé. Le nouvel organe s’est mis à fonctionner immédiatement.
Un enjeu majeur concernait alors la sensibilisation immunologique. Après une première greffe, l’organisme peut fabriquer des anticorps susceptibles de compliquer la recherche d’un autre donneur compatible. Dans ce cas précis, les médecins n’ont détecté aucune sensibilisation empêchant la transplantation humaine pendant la période de suivi.
Cette observation est encourageante, mais elle porte sur un seul patient. Elle ne permet pas encore d’affirmer que toutes les personnes ayant reçu un organe porcin pourraient ensuite bénéficier d’une greffe humaine dans les mêmes conditions.
Une passerelle possible plutôt qu’un remplacement définitif
Cette expérience suggère que la xénogreffe pourrait servir de pont temporaire : un organe porcin assurerait la fonction rénale pendant qu’un patient attend un greffon humain. Elle permettrait ainsi de réduire le temps passé en dialyse et d’éviter une dégradation trop importante de l’état général.
Aux États-Unis, plus de 90 000 personnes attendent actuellement un rein, alors que 27 573 transplantations rénales ont été réalisées en 2025. En France, plus de 23 000 patients attendaient une greffe d’organe au 1er janvier 2026, dont 11 642 inscrits sur une liste active.
La publication de ce cas ne signifie donc pas que les reins porcins sont prêts à être utilisés en soins courants. Des essais cliniques sur davantage de patients doivent encore déterminer leur sécurité, leur durée de fonctionnement et le protocole immunosuppresseur le mieux adapté.
Cette première apporte néanmoins une preuve importante : dans certaines circonstances très encadrées, un organe animal modifié peut temporairement remplacer la dialyse sans empêcher une transplantation humaine ultérieure.
Sources
- Mass General Brigham – Suivi médical de Tim Andrews
- Nature – Conception et évaluation du porc donneur comportant 69 modifications génétiques
- Agence de la biomédecine – Bilan français des greffes en 2025