Douleur : quelles solutions quand on est enceinte ?
Publié le 20 Juin 2018 à 16h51 par Audrey Vaugrente, journaliste santé
Validé par : Pr Philippe Deruelle, Gynécologue-obstétricien

Plus de 900 000 grossesses débutent chaque année. Au cours de la gestation, des douleurs banales peuvent survenir : céphalées, maux de dos, blessures diverses… ou même infections du quotidien.

Le problème, c'est que la douleur n'est pas le seul élément à prendre en compte, chez une femme enceinte. En son sein se développe un organisme encore fragile, très vulnérable aux différentes molécules sur le marché.

Eviter malformation et toxicité

Au cours de la grossesse, "l'enjeu est de trouver des médicaments qui aient une bonne efficacité sans perturber le fœtus", résume le Pr Philippe Deruelle, gynécologue au CHRU de Lille (Nord). A chaque période correspond un risque spécifique.

Durant le premier trimestre, l'attention doit surtout se porter sur des médicaments ne favorisant pas de malformations ou de fausse-couche. Par la suite, certaines molécules peuvent être toxiques pour le fœtus, par exemple pour ses reins.

Dans les faits, il existe assez peu de molécules aux effets dits tératogènes, c'est-à-dire provoquant des malformations physiques. "Mais un grand nombre traversent la barrière placentaire, et ont donc une action sur le fœtus", souligne le secrétaire général du Collège national des gynécologues obstétriciens (CNGOF).

Plusieurs antidouleurs proposés

La prise en charge de la douleur s'appuie donc sur le médicament le plus vendu en France : le paracétamol. Quel que soit le stade de la grossesse, cet antalgique est recommandé en première intention.

"Il convient tout de même de rester prudente concernant les doses et le recours à l'automédication, conseille le Pr Deruelle. C'est un médicament qui ne doit être utilisé que si nécessaire." 

Si le paracétamol ne suffit pas, d'autres antalgiques, plus puissants, peuvent être prescrits. Selon les besoins, on recourt à la codéine, au tramadol, voire à des corticoïdes. "Dans les cas de douleur les plus forts, on prescrit même de la morphine, ajoute le gynécologue. Mais il faut savoir que cela aplatit le rythme cardiaque fœtal à l'imagerie, ce qui peut gêner lors des examens de contrôle."

Des contre-indications formelles

En revanche, les femmes enceintes peuvent faire une croix sur l'ibuprofène, cet anti-inflammatoire non-stéroïdien (AINS) très largement utilisé comme antidouleur. Il reste autorisé, en deuxième intention et de manière ponctuelle, jusqu'à cinq mois de grossesse. Mais comme on soupçonne des effets malformatifs sur le fœtus, il est vivement déconseillé dès le début de la grossesse.

"Il y a un très gros risque à tous les stades de la grossesse, souligne Philippe Deruelle. Dès un comprimé, et a u-delà de 500 mg pour l'aspirine, ces médicaments peuvent fermer le canal artériel et provoquer des troubles cardiaques." Parmi les risques connus figurent aussi une atteinte durable de la fonction rénale, un risque d'asthme et de cryptorchidie chez les enfants exposés in utero.

Deux médicaments incluant de l'opium (Lamaline®, Izalgi®) sont également contre-indiqués car ils peuvent provoquer un syndrome de sevrage chez le nouveau-né. Il se traduit par des cris aigus, une hypertonie et une irritabilité.

En cas de doute, le site du Centre de Référence sur les Agents Tératogènes (CRAT) résume de manière très claire les médicaments qu'il est possible de prendre, et à quel stade.

Prudence avec les astuces naturelles

Les femmes tentées de se tourner vers des solutions naturelles devront aussi faire preuve de prudence. Car toutes les plantes et autres huiles essentielles ne sont pas sans effets sur le fœtus. Au contraire, certaines peuvent favoriser des troubles au cours de la grossesse.

Il est donc conseillé d'éviter les huiles essentielles pendant les trois premiers mois de la grossesse. Certaines sont à éviter pendant les neuf fois comme l'huile essentielle de cannelle de Chine, d'Eucalyptus globulus, de menthe poivrée…

De manière générale, il faut toujours se référer à la notice d'explication, afin d'identifier d'éventuelles contre-indications, et ne pas hésiter à demander l'avis d'un professionnel de santé.

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