Diabète : il en existerait en fait cinq formes

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Pour améliorer la prise en charge du diabète, il faudrait le classer selon cinq catégories, et non deux. Selon une équipe suédoise, la classification actuelle limite les chances de prévenir les complications.

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Le diabète touche presque un Français sur dix. La plupart de ces individus présentent un diabète de type 2, selon la classification actuelle. Et bon nombre développent des complications associées à cette pathologie : maladies rénales, cardiovasculaires, atteintes nerveusesLes prévenir plus efficacement est possible, à en croire les travaux d'une équipe de l'université de Lund (Suède).

Mais pour y parvenir, la manière dont on classe les cas de diabète doit évoluer. Trier les formes de diabète selon cinq formes – contre deux aujourd'hui – permettrait de mieux anticiper l'évolution des malades, suggère leur étude publiée dans le Lancet Diabetes & Endocrinology.

Si l'on se rapporte au système actuel, cette proposition divise le diabète de type 2 en quatre "sous-types", avec chacun des particularités bien distinctes. Mais surtout, elle introduit la notion de sévérité dans sa classification – plutôt que d'évoquer différents stades de la maladie. Ainsi, certaines formes seront plus propices aux complications et nécessiteront une prise en charge adaptée.

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3 formes sévères et 2 modérées

  • Le groupe 1 correspond au diabète de type 1 et touche 6% de la population malade. Les patient.e.s se distinguent par la présence d'auto-anticorps – qui ciblent les cellules productrices d'insuline.

    Plus jeunes au moment du diagnostic, ces personnes ont un IMC relativement bas, ne produisent pas assez d'insuline et ont une maladie difficilement contrôlée par les traitements.

    Ces individus sont plus à risque que les autres de développer une acidocétose diabétique – un trouble qui consiste en l'accumulation de substances toxiques dans le sang et pouvant mener à un coma. Cette complication peut être prédite par la mesure de l'hémoglobine glyquée, un examen qui reflète l'évolution du glucose sanguin sur 3 mois.

  • Le groupe 2, représentant 17% des diabétiques, est également une forme sévère de diabète. Là aussi, le déclenchement de la maladie se produit assez tôt dans l'existence et provoque une sécrétion insuffisante d'insuline.

    D'un IMC relativement correct, les patient.e.s contrôlent difficilement leur pathologie. En revanche, ils ne présentent pas d'auto-anticorps. Ce n'est donc pas une forme auto-immune. Plus à risque d'acidocétose diabétique – dans la mesure où le diabète est mal stabilisé –, ces personnes sont aussi plus exposées aux rétinopathies.

  • Le groupe 3 se distingue par un diabète sévère et une résistance à l'insuline. Ses membres sont assez corpulents et souffrent plus souvent d'une stéatose hépatique non-alcoolique (NAHS), une maladie du foie associée à une mauvaise hygiène de vie.

    Plus à risque de maladie rénale chronique, ces individus constituent 15% de la population diabétique totale.

  • Le groupe 4 souffre d'un diabète moins sévère, celui qui est classiquement associé à l'obésité. Les patient.e.s ont donc un IMC supérieur à 30 mais ne présentent pas de résistance à l'insuline. Ils représentent environ 22% des malades.

  • Le groupe 5 est aussi le plus conséquent puisqu'il rassemble 40% de la population diabétique. Il s'agit du diabète associé à l'âge, favorisé par une surcharge pondérale et une mauvaise hygiène de vie. Les troubles métaboliques sont, en revanche, plus modérés que dans le groupe de patient.e.s obèses.

Pour parvenir à cette classification, les scientifiques ont testé leur hypothèse sur quatre cohortes différentes, regroupant un total de plus de 14 700 personnes vivant en Suède et en Finlande.

20 ans sans évoluer

Afin d'établir leur grille, les Suédois se sont appuyés sur plusieurs mesures classiques : l'âge au moment du diagnostic, l'IMC, l'hémoglobine glyquée, la production d'insuline dans les cellules bêta du pancréas, la résistance à l'insuline et la présence d'auto-anticorps dirigés contre les cellules bêta.

En complément de ces analyses, les caractéristiques génétiques de chaque individu ont été prises en compte, ainsi que l'évolution de la maladie, sa prise en charge et ses complications.

Une analyse qui n'est pas sans intérêt, puisque les chercheur.e.s ont constaté que dans les deux premiers groupes, l'insuline n'a pas été prescrite dès le diagnostic. Un choix qui peut dégrader considérablement l'évolution du patient. Dans ces sous-types, "il serait raisonnable de proposer à ces patients un traitement intensif afin de prévenir les complications du diabète", estiment les auteur.e.s.

Cette évolution dans la classification est d'autant plus nécessaire qu'elle n'a pas évolué depuis 20 ans, rappellent les signataires de cette étude. Le principal élément qui sert à poser le diagnostic est donc la glycémie.

Comme le souligne le Dr Rob Slader, de l'université McGill (Canada) dans un commentaire associé, "une élévation de la glycémie peut être provoquée par d'autres facteurs, génétiques et acquis, qui limitent la concentration d'insuline dans le sang ou réduisent son efficacité".

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