Diabète de type 2 : les complications diffèrent-elles chez les femmes et les hommes ?
L’impact du diabète ne se résume pas à une élévation de la glycémie. Au fil des années, cette maladie métabolique peut favoriser l’hypertension, les atteintes cardiovasculaires, l’insuffisance rénale, mais également l’anxiété ou la dépression.
D’après la dernière édition de l’Atlas de la Fédération internationale du diabète, 589 millions d’adultes âgés de 20 à 79 ans vivaient avec un diabète en 2024. Une étude publiée le 25 août 2026 dans PLOS Medicine montre désormais que les problèmes de santé survenant après un diabète de type 2 ne suivent pas exactement les mêmes trajectoires chez les femmes et chez les hommes.
Près de 29 000 patients suivis pendant près de sept ans
Les chercheurs de la Queen Mary University of London ont étudié les dossiers médicaux de 28 720 adultes britanniques ayant reçu un diagnostic de diabète de type 2 entre 2010 et 2020.
Aucun participant ne présentait initialement les affections retenues dans l’analyse. Les scientifiques ont ensuite suivi l’apparition de plusieurs événements : hypertension, anxiété, dépression, troubles somatoformes, maladies cardiovasculaires, insuffisance rénale terminale et décès.
Au cours d’un suivi médian de 6,8 ans, 39 % des participants ont quitté l’état « diabète seul » pour connaître au moins l’un de ces événements de santé. L’étude ne mesure donc pas uniquement des complications directement provoquées par le diabète, mais des diagnostics survenus après son apparition.
L’hypertension reste le problème le plus fréquent
L’hypertension artérielle constitue l’événement le plus fréquemment enregistré après le diagnostic, aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Elle concernait 21,1 % des hommes et 20,2 % des femmes.
Cette proximité entre les deux sexes ne doit pas faire oublier l’importance du contrôle régulier de la pression artérielle. Lorsqu’elle s’associe au diabète, l’hypertension augmente la sollicitation des reins et accélère les lésions des vaisseaux sanguins.
L’étude montre d’ailleurs qu’après l’apparition d’une hypertension, les hommes étaient plus susceptibles que les femmes de développer ensuite une maladie cardiovasculaire ou rénale.
Davantage de troubles psychiques diagnostiqués chez les femmes
Après le diagnostic de diabète de type 2, 8,1 % des femmes ont reçu un diagnostic d’anxiété, de dépression ou de trouble somatoforme, contre 5,3 % des hommes.
La différence était observée dans l’ensemble des tranches d’âge, mais les femmes diagnostiquées d’un diabète entre 16 et 39 ans présentaient la probabilité la plus élevée de connaître cette trajectoire.
L’annonce précoce d’une maladie chronique peut bouleverser le quotidien : surveillance de la glycémie, traitements, contraintes alimentaires et crainte des complications peuvent peser sur la santé mentale. Pour autant, l’étude ne démontre pas que le diabète provoque directement ces troubles.
Les femmes consultaient également davantage et recevaient plus de prescriptions au long cours. Les auteurs reconnaissent donc qu’une partie de la différence peut provenir d’un repérage médical plus fréquent chez les femmes ou, à l’inverse, d’une sous-déclaration des symptômes psychiques chez les hommes.
Des atteintes cardiovasculaires et rénales plus fréquentes chez les hommes
La trajectoire réunissant maladie cardiovasculaire ou insuffisance rénale terminale concernait 8,4 % des hommes, contre 5,3 % des femmes.
Ces complications apparaissaient également plus tôt chez les hommes. Les chercheurs soulignent donc l’intérêt d’un suivi cardio-rénal attentif dès le diagnostic, comprenant notamment le contrôle de la tension, du bilan lipidique, de la fonction rénale et de l’albuminurie.
Ces résultats décrivent cependant des moyennes observées dans une population britannique. Ils ne signifient pas que les femmes seraient protégées des maladies cardiovasculaires ni que tous les hommes diabétiques développeraient une atteinte cardiaque ou rénale.
Que signifie réellement l’écart de neuf ans ?
L’un des résultats les plus marquants concerne le sous-groupe des personnes ayant développé un trouble de santé mentale après leur diabète, puis étant décédées pendant le suivi.
Dans cette trajectoire particulière, l’âge au décès observé était inférieur de neuf ans chez les hommes : 61 ans contre 70 ans chez les femmes. Les hommes de ce groupe avaient également moins recours aux consultations, aux hospitalisations et aux prescriptions de longue durée.
Ce chiffre ne signifie pas que le diabète associé à une dépression fait automatiquement perdre neuf années de vie aux hommes. Il s’agit d’une comparaison descriptive portant sur un sous-groupe de la cohorte. L’étude n’a pas analysé séparément les causes de décès et ne permet pas d’expliquer directement cet écart.
Elle attire néanmoins l’attention sur la vulnérabilité des patients qui cumulent maladie métabolique et détresse psychologique, quel que soit leur sexe.
Vers un suivi plus personnalisé du diabète
Les auteurs proposent d’intégrer plus systématiquement le repérage de l’anxiété et de la dépression dans le parcours du diabète, avec une attention particulière portée aux femmes jeunes. Chez les hommes, ils recommandent de renforcer précocement la surveillance cardiovasculaire et rénale ainsi que l’accompagnement vers les soins.
Ces pistes ne remplacent pas les examens déjà recommandés à l’ensemble des patients. Le suivi doit continuer à inclure le contrôle de l’HbA1c, de la tension artérielle, des reins, des yeux, des pieds et du risque cardiovasculaire. Retrouvez à ce sujet les examens indispensables en cas de diabète.
La principale leçon de cette étude réside donc moins dans l’opposition entre femmes et hommes que dans la nécessité d’une prise en charge globale. Le contexte psychologique, l’âge, les facteurs cardiovasculaires et le recours effectif aux soins doivent être évalués dès le diagnostic.
Les limites à retenir
Cette recherche est observationnelle : elle repère des associations, mais ne prouve aucune causalité. Les diagnostics dépendaient des informations inscrites dans les dossiers médicaux, ce qui peut sous-estimer les troubles non déclarés ou non repérés.
La cohorte comportait également 62 % d’hommes, et les effectifs n’ont pas permis d’étudier suffisamment les différences selon l’origine ethnique. Enfin, les résultats issus du système de santé britannique devront être confirmés dans d’autres pays avant toute modification des recommandations médicales.