Des chirurgiens construisent un vagin à partir de peau de poisson

Publié par Audrey Vaugrente, journaliste santé le Lundi 04 Juin 2018 : 14h33

Une jeune femme née sans vagin a bénéficié d'une reconstruction hors du commun. Cet organe a été construit à partir de peau de tilapia, un poisson d'eau douce vivant au Brésil.

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A 23 ans, Jucilene Marinho est une pionnière. Atteinte d'une maladie rare, elle est née sans vagin, utérus ou ovaires. Au Brésil, des médecins se sont attelés à une tâche difficile, lui construire un vagin. Pour cela, ils ont utilisé la peau d'un poisson vivant dans les rivières du pays : le tilapia.

Le syndrome dont souffre la jeune Brésilienne est plutôt rare, puisqu'il touche une femme sur 4 500. Le syndrome de Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser, c'est son nom, se caractérise par l'absence d'utérus et de la partie supérieure du vagin, ou leur sous-développement.

Mais cela, Jucilene Marinho a dû attendre 15 ans pour l'apprendre. Sa puberté s'est déroulée normalement et elle souffrait même de crampes semblables à celles des règles… qu'elle n'a jamais eues. Lorsqu'elle a, finalement, appris le mal dont elle souffrait, la jeune femme a souffert d'une sévère dépression.

Une peau riche en collagène

C'est une équipe de l'université fédérale de Ceara (Brésil) qui a offert une touche d'espoir à la Brésilienne, en lui proposant d'intégrer un essai pilote en avril 2017. L'objectif, lui construire un vagin de manière moins invasive qu'à l'ordinaire.

En effet, la prise en charge actuelle se décompose en deux parties. D'abord, des tissus de la patiente sont prélevés au niveau de l'aine. Ensuite, l'organe génital est construit à l'endroit où il devrait se trouver. Une chirurgie invasive, douloureuse, qui laisse des cicatrices.

Dans ce cas précis, les médecins brésiliens veulent épargner la première étape aux patientes. Pour cela, ils utilisent la peau de tilapia, un poisson d'eau douce. Très riche en collagène, elle est plus résistante que l'épiderme humain mais aussi plus humide.

Cette expérience a déjà fait ses preuves chez les grand.e.s brûlé.e.s : en réalisant des "pansements" avec la peau de ce poisson, une équipe brésilienne est parvenue à accélérer la guérison cutanée.

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Un vagin artificiel se forme

Avant d'opérer Jucilene Marinho, les chirurgiens ont donc fabriqué un "moule" qui définit la forme du futur vagin. Celui-ci a été enveloppé par de la peau de tilapia, débarrassée de ses écailles et de ses bactéries au préalable.

Durant l'opération, une incision a été pratiquée entre l'anus et la vessie, pour créer le futur vagin. Le moule a été laissé en place 10 jours, pour éviter que la plaie ne se referme. Au cours de cette période, la peau de tilapia est censée jouer le même rôle que des cellules souches, et donc aider à tapisser les parois de l'organe.

Les chirurgiens espéraient donc voir un vagin artificiel se former, et leurs souhaits se sont exaucés. Trois semaines après l'intervention, la jeune Brésilienne a regagné son domicile. Six mois plus tard, elle a reçu l'accord de l'équipe médicale pour commencer à avoir des rapports sexuels avec son petit ami. Reste à savoir si cette avancée se confirmera. Car au total, quatre personnes devraient bénéficier de cette chirurgie.

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