Date de péremption : 73 médicaments pourraient durer plus longtemps
Paracétamol, lévothyroxine, lithium ou mélatonine : l’ANSM accompagne 14 laboratoires pour réévaluer la durée de conservation de 73 médicaments. Pour 47 de ces spécialités, celle-ci pourrait atteindre au moins quatre ans, sous réserve de nouvelles garanties scientifiques.
Les tensions d’approvisionnement et la destruction de médicaments encore conformes pèsent lourdement sur le système de soins. Pour réduire ce gaspillage, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) accompagne plusieurs laboratoires souhaitant prolonger la durée de conservation de traitements couramment utilisés.
Une durée de conservation réévaluée pour 73 médicaments
Baptisé « Longue vie aux médicaments », ce projet pilote réunit 14 laboratoires pharmaceutiques. Au total, 73 spécialités ont été sélectionnées, parmi lesquelles des traitements à base de paracétamol, d’amoxicilline, de lévothyroxine, de morphine, de lithium ou encore de mélatonine.
Ces médicaments répondent à des besoins très différents, allant du traitement de la douleur et des infections jusqu’à la prise en charge de certaines pathologies chroniques.
Aujourd’hui, la majorité des médicaments autorisés en France possèdent une durée de conservation comprise entre deux et trois ans. Moins de 10 % peuvent être conservés pendant cinq ans. D’après les premières projections, 47 des 73 spécialités retenues pourraient atteindre une durée de conservation d’au moins quatre ans.
L’allongement envisagé ne sera cependant pas identique pour tous les produits. Certaines spécialités pourraient gagner quelques mois, tandis que d’autres seraient conservées une ou deux années supplémentaires.
Comment la date de péremption est-elle déterminée ?
La date imprimée sur une boîte de médicaments ne repose pas sur une estimation approximative. Elle correspond à la période durant laquelle le laboratoire garantit l’efficacité, la qualité et la sécurité du produit lorsqu’il est stocké dans les conditions recommandées.
Pour obtenir une prolongation, les industriels devront fournir de nouvelles études de stabilité normalisées. Ces analyses permettent notamment de vérifier :
- la conservation de la quantité de principe actif ;
- l’absence de dégradation susceptible d’altérer l’efficacité ;
- le maintien de la qualité pharmaceutique du produit ;
- la sécurité du médicament pendant toute la durée revendiquée.
Chaque laboratoire devra ensuite déposer une demande de modification de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) de la spécialité concernée. Le projet doit se dérouler sur cinq ans, mais chaque dossier sera examiné individuellement par les autorités sanitaires.
Les boîtes déjà détenues sont-elles concernées ?
Pour les patients, cette annonce ne change rien dans l’immédiat. La date de péremption imprimée sur l’emballage doit toujours être respectée.
Il ne faut donc pas décider soi-même d’utiliser un médicament au-delà de cette échéance, même si son principe actif figure parmi les produits concernés par le projet. L’allongement ne deviendra effectif qu’après l’examen des données scientifiques et l’autorisation officielle de la nouvelle durée.
Une fois la modification accordée, les nouveaux lots pourront afficher une date calculée selon la durée de conservation révisée. Les anciennes boîtes ne bénéficieront pas automatiquement d’une prolongation rétroactive.
Les conditions de stockage restent également essentielles. Une exposition à l’humidité ou à une chaleur excessive peut altérer certains médicaments avant même la date indiquée sur l’emballage.
Un levier supplémentaire contre les pénuries
Une durée de conservation plus longue permettrait aux pharmacies, aux hôpitaux et aux grossistes de garder certains stocks pendant une période plus importante. Les produits risqueraient moins d’être détruits avant leur délivrance, ce qui contribuerait à sécuriser leur disponibilité.
Cette mesure pourrait ainsi constituer un levier supplémentaire contre les ruptures d’approvisionnement. Elle ne suffira toutefois pas à résoudre toutes les pénuries, également provoquées par des difficultés de production, une dépendance à certaines matières premières ou une hausse soudaine de la demande.
L’objectif consiste surtout à éviter que des traitements encore conformes soient retirés prématurément du circuit de distribution.
Un gaspillage évalué à 517 millions d’euros
L’étude Perimed, conduite par l’ANSM, l’Assurance Maladie et Cyclamed, met en évidence l’ampleur du gaspillage médicamenteux. En 2024, 7 675 tonnes de médicaments non utilisés ont été rapportées dans les pharmacies françaises avant d’être collectées pour être détruites et valorisées.
Parmi ces produits, 40 % n’étaient pas encore périmés. Ils peuvent avoir été abandonnés après l’arrêt d’un traitement, en raison d’effets indésirables, d’un conditionnement trop important ou de la disparition des symptômes.
Le montant annuel pris en charge par l’Assurance Maladie pour des médicaments finalement non utilisés est estimé à 517 millions d’euros, dont 278 millions pour des produits qui n’étaient pas périmés au moment de leur retour.
L’allongement de la durée de conservation ne constitue donc qu’une partie de la réponse. Les autorités souhaitent également mieux adapter la taille des boîtes, prescrire les quantités nécessaires et éviter les renouvellements lorsqu’un patient possède encore le même traitement à son domicile.
Un bénéfice attendu pour l’environnement
Le système de soins représente plus de 8 % des émissions françaises de gaz à effet de serre, soit près de 50 millions de tonnes équivalent CO₂. Les médicaments et les dispositifs médicaux sont responsables d’environ 55 % de cette empreinte.
Conserver plus longtemps certains traitements permettrait de réduire les besoins de remplacement, l’utilisation de matières premières, les emballages, le transport et l’incinération des produits détruits.
Les médicaments périmés ou devenus inutiles doivent néanmoins continuer à être rapportés en pharmacie. Ils ne doivent jamais être jetés dans les toilettes, dans l’évier ou avec les ordures ménagères, en raison des risques de pollution et d’ingestion accidentelle.
Sources