Médicaments et canicule : faut-il jeter vos boîtes après un coup de chaud ?
L’arrivée des fortes températures soulève des interrogations légitimes sur la conservation et l’utilisation des médicaments. Si la plupart supportent quelques jours de chaleur, certains produits réfrigérés et traitements sensibles exigent des précautions particulières. Il est indispensable de connaître les bons gestes pour protéger sa santé.
Vérifier les conditions inscrites sur la boîte
L’Agence nationale de sécurité du médicament distingue trois grandes catégories de produits.
Aucune température particulière n’est mentionnée : le médicament peut généralement rester dans son rangement habituel, à l’abri du soleil et dans son emballage d’origine. Il est inutile de le placer au réfrigérateur.
La notice indique une conservation sous 25 ou 30 °C : un dépassement ponctuel de quelques jours à quelques semaines ne provoque habituellement pas de dégradation. Les essais de stabilité réalisés avant la commercialisation exposent en effet ces médicaments à des températures pouvant atteindre 40 °C pendant plusieurs semaines. Cette tolérance ne justifie toutefois pas une exposition prolongée au soleil ou dans une voiture.
Le produit doit rester entre 2 et 8 °C : il doit être conservé au réfrigérateur, selon les indications de sa notice. Cette catégorie comprend notamment certains vaccins et médicaments biologiques, mais les conditions varient selon chaque produit et selon qu’il est ouvert ou non.
Un médicament réfrigéré resté longtemps à la chaleur ne doit pas être automatiquement remis au froid. Cette nouvelle variation de température pourrait l’endommager. Placez-le à l’écart et demandez conseil au pharmacien ou au fabricant.
Attention au sac isotherme et au risque de congélation
Pour transporter un traitement devant rester entre 2 et 8 °C, utilisez un contenant isotherme réfrigéré. Le médicament ne doit cependant pas être placé directement contre un accumulateur de froid : la congélation peut détériorer certaines insulines, certains vaccins et d’autres produits biologiques.
Respectez également la durée d’efficacité du sac isotherme. Dès l’arrivée à destination, suivez les consignes propres au médicament plutôt que de le replacer systématiquement au réfrigérateur.
À l’inverse, il est déconseillé de réfrigérer par précaution des comprimés ou des gélules qui n’en ont pas besoin. L’humidité et la condensation peuvent altérer leur conditionnement ou leur stabilité.
La voiture reste le principal piège
Ne laissez jamais une trousse de médicaments dans un véhicule stationné au soleil. L’habitacle peut atteindre 50 °C en quelques dizaines de minutes.
Les suppositoires, ovules, crèmes et autres formes semi-solides sont particulièrement sensibles. S’ils ont fondu ou changé d’apparence, leur répartition en principe actif peut ne plus être homogène, même après refroidissement.
Une modification de couleur, d’odeur, de texture ou de forme doit conduire à ne pas utiliser le produit avant d’avoir sollicité l’avis d’un pharmacien. N’interrompez cependant jamais un traitement indispensable sans solution de remplacement.
Les traitements qui fragilisent face à la chaleur
Le danger ne vient pas seulement de la conservation. Certains médicaments peuvent aggraver une déshydratation ou gêner la thermorégulation :
- les diurétiques, qui augmentent les pertes d’eau ;
- les anti-inflammatoires non stéroïdiens, qui peuvent fragiliser les reins en cas de déshydratation ;
- certains antihypertenseurs, antidiabétiques ou antibiotiques ;
- le lithium, dont la concentration sanguine peut augmenter ;
- certains neuroleptiques, antidépresseurs et traitements antiparkinsoniens ;
- certains médicaments aux effets anticholinergiques, susceptibles de diminuer la transpiration ;
- les somnifères et anxiolytiques, qui peuvent réduire la vigilance.
Ces traitements ne doivent pas être arrêtés ou diminués de sa propre initiative. Les personnes âgées, insuffisantes cardiaques ou rénales et celles qui prennent plusieurs médicaments peuvent demander à leur médecin ou pharmacien une réévaluation préventive.
Aspirine et paracétamol ne traitent pas le coup de chaleur
Un coup de chaleur est une urgence médicale, et non une fièvre ordinaire. Le paracétamol ne fait pas baisser efficacement la température provoquée par un défaut de thermorégulation. Il peut en outre aggraver une éventuelle atteinte du foie. L’aspirine et les AINS sont également déconseillés, notamment en raison du risque rénal et hémorragique.
Face à une température corporelle très élevée accompagnée de confusion, de somnolence, de peau anormalement chaude ou de troubles de la conscience, appelez immédiatement le 15 ou le 112. En attendant les secours, installez la personne au frais, retirez les vêtements superflus et commencez à la refroidir.
Patchs : éviter les sources de chaleur directe
La chaleur et la transpiration peuvent modifier le fonctionnement des dispositifs transdermiques. La sueur risque de décoller le patch et d’interrompre partiellement la diffusion du médicament.
Pour certains produits, notamment certains patchs antidouleur contenant du fentanyl, une température cutanée élevée ou une source de chaleur directe peut accélérer l’absorption et provoquer un surdosage potentiellement grave.
Évitez donc les bouillottes, coussins chauffants, saunas et expositions solaires directes sur la zone du patch. La conduite à tenir varie selon le médicament : consultez sa notice et demandez conseil au pharmacien s’il se décolle.
Lecteurs et bandelettes de glycémie
Les bandelettes de glycémie, capteurs et lecteurs possèdent leurs propres plages de fonctionnement. Une exposition à une température ou à une humidité excessive peut produire un résultat erroné.
Conservez les bandelettes dans leur flacon d’origine, refermez-le immédiatement après usage et ne les stockez pas dans la salle de bains, la boîte à gants ou un sac laissé au soleil. En cas de résultat inhabituel après une exposition à la chaleur, recommencez la mesure avec du matériel correctement conservé et contactez un professionnel de santé en cas de doute.
Source principale : Assurance Maladie — prévenir les risques médicamenteux en cas de fortes chaleurs.