Chute de cheveux : les injections de PRP tiennent-elles leurs promesses ?
Une raie qui s’élargit, des tempes qui se dégarnissent, une chevelure moins dense… Face à la chute des cheveux, les injections de plasma riche en plaquettes, ou PRP, sont parfois présentées comme une alternative aux médicaments et à la greffe.
Le principe paraît rassurant puisque le produit provient du patient lui-même. Pourtant, « autologue » ne signifie ni sans risque ni efficace pour toutes les chutes de cheveux. Et la présence de cette prestation dans le catalogue d’un cabinet ne suffit pas à établir sa pertinence médicale.
Le PRP, qu’est-ce que c’est exactement ?
La préparation commence par une prise de sang. L’échantillon est ensuite centrifugé pour obtenir une fraction de plasma concentrée en plaquettes, ces cellules sanguines connues pour leur rôle dans la coagulation. Cette préparation est injectée en plusieurs points du cuir chevelu.
Les plaquettes libèrent des facteurs de croissance, notamment le PDGF et le VEGF. Les chercheurs étudient leur capacité à favoriser l’activité des cellules du follicule et son environnement vasculaire. L’objectif est de soutenir la phase de croissance du cheveu, appelée phase anagène.
Il ne s’agit toutefois pas de fabriquer une nouvelle chevelure. Le PRP n’a pas démontré qu’il pouvait recréer des follicules définitivement détruits. Son intérêt potentiel concerne surtout des cheveux encore présents, mais progressivement miniaturisés.
En France, un cadre plus restrictif que les publicités le laissent penser
C’est un point essentiel avant toute démarche : les injections de PRP à visée esthétique sont interdites en France, comme le rappelle le Conseil national de l’Ordre des médecins dans sa newsletter de mai 2025.
L’Ordre souligne que certains praticiens invoquent une finalité thérapeutique pour traiter l’alopécie. Il précise cependant avoir consulté le Conseil national professionnel de dermatologie, lequel ne recommande pas cette méthode dans la prise en charge de l’alopécie.
Il faut donc distinguer trois choses : l’existence d’études scientifiques, l’intérêt éventuel d’une technique pour certains patients et les règles encadrant son utilisation. Un diagnostic de chute de cheveux ne constitue pas, à lui seul, une autorisation générale de pratiquer du PRP.
Des résultats encourageants, mais aucune repousse garantie
La recherche apporte néanmoins des éléments favorables. Une synthèse publiée en 2025 dans Dermatology and Therapy, réunissant 43 essais randomisés et 1 877 participants, rapporte des améliorations de la densité capillaire dans plusieurs comparaisons, notamment face à un placebo. En revanche, elle ne retrouve pas d’amélioration statistiquement significative globale de l’épaisseur des cheveux.
Les résultats restent difficiles à généraliser. Les études n’utilisent pas toutes la même préparation, la même concentration en plaquettes, le même calendrier d’injections ni les mêmes critères d’évaluation.
Annoncer systématiquement 10 à 20 % de cheveux supplémentaires serait donc trompeur. Certains patients peuvent constater une amélioration, d’autres peu ou pas de changement.
Les travaux concernent principalement l’alopécie androgénétique, liée à une prédisposition génétique et à l’action hormonale. Les données sont beaucoup moins nombreuses pour les chutes réactionnelles, notamment celles qui surviennent après une maladie, un accouchement ou un épisode de stress important.
Plusieurs séances, sans protocole universel
Il n’existe pas de calendrier faisant consensus pour toutes les situations. À l’étranger, certains protocoles comportent trois séances mensuelles, suivies de rappels espacés de plusieurs mois. D’autres schémas sont étudiés.
Lorsqu’une amélioration apparaît, elle s’évalue sur plusieurs mois, et non quelques jours. Sa durée et les besoins d’entretien restent variables. Une séance annuelle ne peut donc pas être présentée comme une règle suffisante pour tous.
Pour apprécier un résultat, des photographies prises dans les mêmes conditions et des mesures de densité sont plus utiles qu’un simple avant-après dont l’éclairage, la coiffure ou l’angle auraient changé.
Un produit issu de son sang n’est pas sans risque
L’origine autologue réduit le risque de réaction immunologique au produit injecté. Elle ne supprime pas les risques liés au prélèvement, à la préparation ou aux injections.
Douleurs, petits saignements, ecchymoses et sensibilité du cuir chevelu peuvent survenir. Une infection est également possible, notamment si les conditions d’asepsie ne sont pas respectées. Ces complications potentielles doivent faire l’objet d’une information claire avant tout acte médical.
Les troubles de la coagulation, les anomalies des plaquettes, une infection active et les traitements en cours doivent être signalés au médecin. N’interrompez jamais un anticoagulant ou un antiagrégant de votre propre initiative pour permettre une injection.
Avant les injections, comprendre pourquoi les cheveux tombent
Le premier rendez-vous utile reste une consultation médicale, idéalement dermatologique. Une chute diffuse récente, une alopécie progressive et une perte de cheveux en plaques ne demandent pas la même prise en charge.
Selon l’examen, le médecin peut rechercher une carence en fer, un trouble thyroïdien, une maladie du cuir chevelu ou un effet médicamenteux. Il discutera ensuite des options adaptées, dont le minoxidil local dans certaines indications.
Face à une offre de PRP, demandez une explication claire du diagnostic, du cadre réglementaire, des alternatives et des limites attendues. Comme pour les autres traitements présentés comme miraculeux contre la chute des cheveux, la promesse d’une repousse garantie ou d’un traitement totalement dépourvu de risques doit inciter à la prudence.
Sources :
- Cadre français et position des dermatologues : Conseil national de l’Ordre des médecins, mai 2025.
- Résultats et limites des études : Dermatology and Therapy, synthèse de 43 essais randomisés, 2025.
- Mécanismes biologiques étudiés : Journal of Cosmetic Dermatology, 2026.
- Exemples de protocoles américains : American Academy of Dermatology.
- Préparation et risques des injections : Johns Hopkins Medicine.
- Précautions avec les anticoagulants : NHS.