Chacun dans son lit !

Publié le 14 Mai 2003 à 2h00 par Dr Catherine Feldman, psychothérapeute
Maman, j'ai peur, je peux venir dans ton lit ? Quel enfant n'a pas un jour eu envie de dormir dans le lit de ses parents ? Quel parent n'a pas une fois accepté que son enfant passe un moment dans son lit ? Si l'exception se transforme en une habitude de vie et de sommeil, cela mérite de prendre un instant pour y réfléchir… à tête reposée.
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Prendre un enfant dans son lit…

C'est difficile de résister et de demeurer insensible aux pleurs de son enfant, quand, au milieu de la nuit et en pleine phase de sommeil profond, il frappe à la porte, réveillé par un cauchemar et vient se glisser dans le lit de ses parents. Parfois, c'est toutes les nuits qu'il veut s'endormir dans leur lit car, comme l'écrit la psychologue Anne Bacus*, « l'enfant considère vite les exceptions qui lui conviennent comme des habitudes ». Progressivement, l'endormissement seul dans son lit et dans sa chambre se transforme en une telle mission d'allure impossible, que les cris et les pleurs incessants de l'enfant peuvent inciter le parent à « craquer » ou à « céder », consciemment par facilité, inconsciemment pour bien d'autres raisons.

De la naissance à… un âge plus avancé !

Tous les parents peuvent ainsi être un jour tentés de faire une place dans leur lit à leurs enfants, jeunes et moins jeunes… Il n'est pas exceptionnel en effet d'apprendre qu'un enfant de 10 ans, voire un adolescent de 16 ans passe régulièrement ses nuits dans le lit de ses parents. La facilité n'est qu'apparente et les difficultés risquent d'apparaître ultérieurement. A moins que ce soit le fait même de faire une place à l'enfant dans le lit des parents, qui soit déjà le signe des difficultés familiales ou conjugales.

A chaque âge, son histoire…

A tous les âges, les enfants ont de bonnes raison d'avoir envie de dormir avec leur parent. Vers l'âge de deux ans, l'enfant a peur de dormir seul. Psychologiquement, il est alors totalement « séparé » de sa mère et a quitté l'état fusionnel de ses premiers mois. Mais il est fréquent qu'il vive avec anxiété le moment du coucher, qui est aussi l'heure de se séparer physiquement de la présence de ses parents et d'être seul dans le noir. Son besoin de retrouver une sécurité par le contact avec la mère peut l'inciter à venir dans le lit de ses parents… et souvent cela dure bien au-delà de ses deux ans car le chemin de l'enfant vers l'autonomie est parsemé de moments vécus avec anxiété ou inquiétude.Vers 4 ans, l'enfant a bien envie d'explorer le lien qui relie son père à sa mère. Ses questions sont de plus en plus nombreuses. Pourquoi les nuages sont-ils blancs ? Certes, mais aussi comment papa aime-t-il maman ? Et est-ce qu'il l'aime comme moi je l'aime ? Grande est la curiosité de l'enfant qui aimerait bien savoir ce qui se passe derrière la porte close des parents. Après 4 ans, l'enfant jalouse les sentiments amoureux de ses parents… En demandant à venir dans le lit de ses parents, l'enfant marque aussi son désir de s'opposer à leur intimité, dont il se sent exclu. La petite fille aimerait bien elle aussi se retrouver seule avec papa et le petit garçon rivalise inconsciemment avec son père, en désirant l'amour exclusif de sa mère. Plus tard, quand l'enfant ou l'adolescent dort encore avec ses parents, les enjeux relationnels sont plus complexes et il n'est pas possible de proposer une explication univoque. Ce qui est sûr, c'est qu'il est indispensable de se questionner : qui du parent ou de l'enfant a tant intérêt à partager une telle intimité ? A qui profite vraiment ce choix ?

Passés les premiers mois, chacun chez soi

Souvent l'habitude d'accueillir l'enfant dans son lit se prend dès les premiers mois, notamment quand la mère allaite son bébé. Après la tétée, tout le monde se rendort. Il fallait tant d'énergie pour remettre l'enfant dans son berceau et c'est si bon de le sentir contre soi ! L'inconvénient, c'est qu'au moment du sevrage, la rupture est double. Bébé découvre aussi une chambre qu'il ne connaît pas. Pendant les premiers mois la surveillance régulière par les parents et les temps d'allaitements ou de biberons nocturnes peuvent justifier la présence du berceau dans la chambre des parents, mais après, chacun doit réintégrer son espace.

Pourquoi chacun chez soi et chacun dans son lit ?

Les psychologues de l'enfance sont unanimes pour justifier la nécessité que les enfants ne dorment pas régulièrement dans le lit de leur parent. D'une part, il est essentiel pour l'équilibre du couple qu'il puisse préserver sa vie intime, et que cette intimité ne soit pas vécue en présence de l'enfant. D'autre part, l'apprentissage du sommeil, seul dans sa chambre ou avec ses frères et soeurs, permet à l'enfant de devenir progressivement autonome et de grandir. Pour cela, l'enfant a besoin de se sentir en sécurité. Une frontière claire entre les parents et les enfants, des limites bien posées entre le monde des adultes et des plus jeunes contribuent à leur procurer cette sécurité indispensable à leur croissance. Interdire l'accès au lit des parents fait partie des repères dont l'enfant a besoin. A l'inverse, accepter l'enfant dans son lit, crée, même en dehors de tout inceste, un climat relationnel érotisé entre les parents et l'enfant.