Cancer et millepertuis, une jolie fleur dangereuse...

Publié le 24 Avril 2002 à 2h00 par Dr Philippe Presles
Le Millepertuis, cette jolie plante à fleur jaune est couramment utilisée pour lutter contre la dépression, notamment par les malades du cancer. Or, en interférant avec d'autres médicaments, le Millepertuis peut avoir de graves conséquences. Elle modifie notamment l'effet des antidépresseurs et réduit l'efficacité des chimiothérapies.
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On a trop souvent tendance à penser que l'origine naturelle des plantes ne peut leur conférer que des vertus positives pour la santé. Il ne faut cependant pas oublier que toute plante médicinale contient un principe actif qui, comme tout médicament, peut avoir des effets secondaires. La plupart des médicaments classiques sont d'ailleurs obtenus à partir de plantes. En particulier, le Millepertuis peut entraîner de graves conséquences, notamment lorsqu'il est associé à un traitement plus classique.

Les effets connus du Millepertuis

Le principe actif du Millepertuis, l'hypericum, est utilisé dans les préparations médicinales pour combattre les effets de la dépression. Malheureusement, il entraîne aussi des effets secondaires, comme des hypersensibilités cutanées ou ophtalmiques à la lumière. Capable de modifier les réactions du système immunitaire, il est fortement déconseillé aux personnes immunodéprimées comme les sidéens (le virus du sida réduit les capacités du système immunitaire) ou les transplantés (ils reçoivent un traitement immunosuppressif pour éviter le rejet de l'organe greffé).

Il réduit l'effet des antidépresseurs...

Deux études récentes viennent de mettre en évidence l'existence d'interactions entre le Millepertuis et certains traitements :

  • Associé à certains antidépresseurs, il peut provoquer un syndrome sérotoninergique (nausées, agitation, tremblements, bouffées de chaleur, comportement agressif) pouvant même entraîner de la fièvre, des difficultés respiratoires et des troubles du rythme cardiaque. Rappelons que la sérotonine est un neurotransmetteur (messager chimique servant à la communication des neurones). Des taux très bas sont associés à des états dépressifs. Le Millepertuis combat la dépression en augmentant la sécrétion de ce neurotransmetteur dans le cerveau, tout comme le font certains antidépresseurs. L'action conjuguée des deux peut donc avoir un effet excessif et provoquer ainsi les symptômes évoqués précédemment.
  • A l'inverse, le Millepertuis peut aussi diminuer le taux sanguin d'autres antidépresseurs comme le Laroxyl® par exemple et donc les empêcher de produire leurs effets.

...Et diminue l'efficacité des chimiothérapies

Le Millepertuis agit également au niveau du foie, qui comme chacun sait est un organe épurateur de l'organisme. Ainsi, une enzyme hépatique impliquée dans la dégradation de certains médicaments et notamment ceux utilisés dans les chimiothérapies, est activée par le Millepertuis. Il en résulte une diminution du taux plasmatique de ces médicaments et une baisse de leur efficacité. Selon une étude rendue publique lors du congrès de l'Association américaine pour la recherche sur le cancer, cette perte d'efficacité a été évaluée à 40% après seulement trois semaines de traitement au Millepertuis en association avec une chimiothérapie. De plus, cet effet se poursuit bien au-delà de l'arrêt du traitement.

Le Millepertuis, bien que vendu sans ordonnance, doit être considéré comme un médicament à part entière. Il faut donc éviter de l'associer à un autre traitement sans avis médical, en particulier lorsqu'il s'agit d'antidépresseurs ou d'agents chimiothérapeutiques. Les médecins préconisent l'utilisation de traitements mieux maîtrisés pour lutter contre les dépressions qui interviennent fréquemment chez les malades du cancer. De surcroît, la prise de Millepertuis doit être stoppée bien avant le démarrage d'une chimiothérapie du fait de la rémanence des effets de cette plante. Pour les mêmes raisons, la prise de Millepertuis, même antérieure à une chimiothérapie, devra être signalée au médecin.

Source : Johne A. et coll. Clinical Physiopharmacology. 2002; 22, 1: 46-54. Antman K., Congrès de l'Association américaine pour la recherche sur le cancer. San Francisco, avril 2002.