Cancer des jeunes : 7 projets financés à hauteur de 2,8 M€
À l’échelle mondiale, plus de 1,2 million de cancers sont diagnostiqués chaque année chez les personnes âgées de 15 à 39 ans. Cette catégorie internationale recouvre toutefois une population très large. En France, le nouvel appel à projets de la Fondation ARC se concentre plus précisément sur les 15-29 ans, une période située à la frontière entre l’oncologie pédiatrique et la cancérologie de l’adulte.
Lancé le 1er octobre 2025, l’appel « Cancers des Adolescents et Jeunes Adultes 2026 » a abouti à la sélection de sept projets. Leur démarrage en septembre 2026 marque l’aboutissement d’une procédure d’évaluation scientifique engagée pendant plusieurs mois.
Pourquoi les cancers des 15-29 ans nécessitent une recherche spécifique
Environ 2 500 adolescents et jeunes adultes reçoivent chaque année en France un diagnostic de cancer ou d’hémopathie. Les tumeurs rencontrées dans cette tranche d’âge forment un ensemble très hétérogène : leucémies, lymphomes, sarcomes, tumeurs cérébrales, cancers germinaux, mélanomes ou encore cancers habituellement associés à l’âge adulte.
Certaines présentent des caractéristiques biologiques particulières susceptibles d’influencer leur réponse aux traitements. Mais les difficultés ne sont pas uniquement médicales. Un cancer diagnostiqué à cet âge peut interrompre les études, retarder l’accès à l’emploi et bouleverser la construction de la vie affective.
La maladie et les traitements peuvent également affecter la fertilité et la sexualité, alors que ces questions restent parfois insuffisamment abordées lors du parcours de soins.
Une enveloppe de 2,84 millions d’euros
Les sept projets retenus représentent un financement total de 2 841 914 euros. L’appel se divise en deux grands axes : quatre recherches fondamentales ou translationnelles consacrées à la biologie des tumeurs, puis trois travaux portant sur les dimensions humaines, économiques et sociales du cancer.
Cette organisation traduit une ambition double : améliorer l’efficacité des traitements tout en tenant compte de leurs conséquences sur la vie personnelle et sociale des jeunes patients.
Quatre recherches pour comprendre les tumeurs résistantes
Le premier axe bénéficie de la majeure partie du financement, avec quatre projets pouvant durer jusqu’à quatre ans.
- Les leucémies réfractaires : le professeur Vahid Asnafi, à l’Institut Necker-Enfants malades de Paris, étudiera les mécanismes responsables de la résistance aux traitements anticancéreux. Le projet reçoit 600 000 euros sur quatre ans.
- Les tumeurs déficientes en SMARCB1 : la professeure Sophie Postel-Vinay, à Gustave Roussy, réalisera une cartographie approfondie de ces cancers rares afin de repérer de nouvelles vulnérabilités thérapeutiques. Le financement atteint 599 946 euros sur quatre ans.
- Les gliomes de haut grade : Arthur Bassot, au Centre de recherche en cancérologie de Lyon, explorera la plasticité cellulaire de ces tumeurs cérébrales agressives. Son équipe disposera de 511 500 euros sur quatre ans.
- Les sarcomes synoviaux : Laura Broutier étudiera à Lyon les différences de réponse thérapeutique observées entre les enfants et les jeunes adultes atteints de cette tumeur rare des tissus mous. La dotation s’élève à 595 000 euros sur quatre ans.
Ces travaux ne correspondent pas encore à de nouveaux traitements disponibles. Ils doivent produire des connaissances, des biomarqueurs ou des pistes thérapeutiques qui pourront ensuite être évalués dans des recherches précliniques et des essais chez l’être humain.
Trois projets consacrés à la vie pendant et après le cancer
Le second axe s’intéresse aux inégalités, à l’isolement et aux besoins encore insuffisamment couverts après les traitements.
Carine Bellera, à l’Institut Bergonié de Bordeaux, analysera l’influence des conditions sociales et économiques sur le parcours des femmes atteintes d’un cancer du sein avant 40 ans. Ce projet reçoit 249 968 euros sur trois ans.
À l’hôpital Saint-Louis, le professeur Nicolas Boissel évaluera les effets de la Maison AïDA, un lieu destiné à accompagner les jeunes lors de la transition entre les traitements et le retour à la vie quotidienne. L’étude, financée à hauteur de 244 000 euros sur trois ans, devra mesurer son influence sur l’isolement, le bien-être et la reprise des projets personnels.
Enfin, le docteur Baptiste Sauterey, à Angers, évaluera des vidéos courtes conçues pour informer les jeunes sur la santé sexuelle, l’intimité et les comportements de prévention après un cancer. Cette recherche reçoit 41 500 euros sur un an.
Une population encore insuffisamment représentée dans les essais
Les adolescents et jeunes adultes se trouvent parfois exclus des essais pédiatriques en raison de leur âge, tout en étant peu représentés dans les protocoles destinés aux adultes. Ce cloisonnement peut limiter leur accès à certaines innovations thérapeutiques.
L’Institut national du cancer souhaite désormais renforcer les équipes régionales spécialisées, favoriser les concertations entre oncologues pédiatriques et médecins d’adultes et améliorer le suivi à long terme. L’objectif consiste à mieux répondre aux besoins médicaux, mais aussi psychologiques, scolaires, professionnels et sociaux de ces patients.
La hausse de certains cancers diagnostiqués chez les jeunes adultes renforce la nécessité de cette approche spécifique. Pour ces malades, guérir la tumeur reste l’objectif prioritaire, mais retrouver une vie affective, sociale et professionnelle satisfaisante fait pleinement partie de la réussite des soins.
Sources
- Appel à projets « Cancers des Adolescents et Jeunes Adultes 2026 » – Fondation ARC
- État des lieux de la prise en charge des adolescents et jeunes adultes – Institut national du cancer
- Classification internationale des cancers des 15-39 ans – Centre international de recherche sur le cancer
- Programme consacré à l’âge et au cancer – Fondation ARC