Apnée du sommeil : comment fonctionne l’implant qui remplace le masque
La pression positive continue demeure le traitement de référence de l’apnée obstructive du sommeil. Mais lorsque le masque et l’orthèse d’avancée mandibulaire échouent ou ne sont pas supportés, un implant stimulant le nerf de la langue peut désormais être proposé à des patients soigneusement sélectionnés. Le CHU de Montpellier réalise cette intervention depuis quelques mois.
Une solution de recours après l’échec des traitements classiques
Une étude menée dans la cohorte française Constances estime que 20,9 % des adultes sont traités pour une apnée du sommeil ou présentent un risque élevé selon un questionnaire de dépistage. Ce chiffre ne signifie donc pas qu’un Français sur cinq possède un diagnostic confirmé. Dans cette même étude, seulement 3,5 % des participants déclaraient recevoir un traitement.
La pression positive continue, ou PPC, empêche la fermeture du pharynx en envoyant de l’air sous pression pendant le sommeil. Très efficace lorsqu’elle est correctement utilisée, elle peut néanmoins être difficile à supporter en raison de fuites, d’une sécheresse nasale, d’irritations ou d’une sensation de claustrophobie.
Une orthèse d’avancée mandibulaire peut constituer une autre possibilité, mais elle n’est pas adaptée à toutes les dentitions ni à toutes les formes de la maladie. La stimulation du nerf hypoglosse intervient seulement lorsque ces deux solutions se sont révélées inefficaces ou insuffisamment tolérées. La Haute Autorité de santé la considère comme un traitement de secours de troisième intention, et non comme une alternative proposée d’emblée.
Comment l’implant empêche la langue d’obstruer la gorge
L’équipe de l’unité Rhinologie, Base du crâne et Pathologie obstructive du sommeil de l’hôpital Gui-de-Chauliac, dirigée par le professeur Valentin Favier, propose désormais l’implantation du dispositif Inspire IV.
Le système comprend trois éléments placés sous la peau :
- un générateur d’impulsions installé dans la partie supérieure du thorax ;
- un capteur qui repère les mouvements respiratoires ;
- une électrode disposée autour d’une branche du nerf hypoglosse.
Ce nerf crânien commande plusieurs muscles de la langue. Lorsque le capteur détecte le début de l’inspiration, le boîtier délivre une impulsion électrique synchronisée. Celle-ci entraîne un mouvement de la langue vers l’avant et aide à maintenir les voies aériennes ouvertes.
La stimulation est réglée progressivement afin d’être suffisamment efficace sans perturber le sommeil. Elle peut être ressentie comme un léger mouvement ou un picotement, mais elle ne doit normalement pas provoquer de douleur ni réveiller le patient.
Une activation commandée au moment du coucher
Le patient active l’implant grâce à une télécommande externe. Un délai programmable lui laisse le temps de s’endormir avant le début de la stimulation. Le système s’arrête ensuite automatiquement à l’heure définie ou peut être interrompu manuellement.
La batterie possède une durée de vie habituelle d’environ dix ans. Son épuisement impose le remplacement chirurgical du générateur, même si les électrodes peuvent généralement rester en place.
Certains modèles sont compatibles avec une IRM sous conditions. Avant tout examen, le patient doit signaler son implant, présenter sa carte de porteur et vérifier que le protocole employé respecte les consignes du fabricant. Le dispositif doit notamment être désactivé pendant l’imagerie.
Des conditions d’accès particulièrement strictes
En France, la prise en charge du dispositif est réservée aux personnes réunissant plusieurs critères précis :
- être un adulte présentant un SAHOS modéré à sévère ;
- avoir un indice d’apnées-hypopnées compris entre 15 et 50 événements par heure ;
- posséder un indice de masse corporelle inférieur à 32 kg/m² ;
- ne pas répondre à la PPC ou ne pas parvenir à l’utiliser suffisamment ;
- être également en échec ou dans l’impossibilité d’utiliser une orthèse d’avancée mandibulaire.
Ces conditions sont inscrites dans la liste des produits remboursables par l’Assurance maladie depuis 2024 et ont été confirmées par un arrêté publié en octobre 2025.
Avant l’intervention, une endoscopie sous sommeil induit permet d’observer la manière dont le pharynx se ferme. Un collapsus concentrique complet du voile du palais constitue une contre-indication, car l’avancée de la langue ne suffirait pas à rouvrir les voies respiratoires.
Une intervention suivie de plusieurs réglages
Au CHU de Montpellier, l’intervention dure environ deux heures sous anesthésie générale et peut être suivie d’une nuit d’hospitalisation. Ces modalités peuvent toutefois varier selon l’état du patient et les pratiques du centre.
Après une période de cicatrisation, le dispositif est activé puis réglé progressivement. Une polygraphie ou une polysomnographie permet ensuite de vérifier la diminution des apnées et d’ajuster l’intensité de la stimulation.
Comme toute chirurgie, l’implantation expose à des complications : infection, douleur, hématome, déplacement d’une électrode ou faiblesse temporaire de la langue. Certains patients peuvent aussi ressentir une gêne à la déglutition ou à la parole. Un suivi médical prolongé reste donc indispensable.
Une nette réduction des apnées, sans garantie de guérison
Dans l’étude internationale STAR, portant sur 126 patients sélectionnés, l’indice médian d’apnées-hypopnées est passé de 29,3 à 9,7 événements par heure après dix-huit mois, soit une réduction d’environ 67 %. Les améliorations de la somnolence et de la qualité de vie se sont maintenues plusieurs années chez une majorité de participants.
Ces résultats restent encourageants, mais l’implant ne supprime pas nécessairement toutes les apnées. La Haute Autorité de santé souligne également que le niveau global de preuve demeure limité, notamment en raison de l’absence de grands essais comparatifs à long terme.
La neurostimulation ne doit donc pas conduire à abandonner les autres mesures utiles : perte de poids en cas de surpoids, activité physique, réduction de l’alcool le soir et traitement d’une éventuelle obstruction nasale. Elle offre néanmoins une nouvelle possibilité aux patients qui ne parviennent plus à suivre les traitements traditionnels.
Sources