Andropause ou hypogonadisme : les signes d’un vrai déficit en testostérone
Une baisse d’énergie ou des troubles de l’érection peuvent conduire à s’interroger sur son taux de testostérone. Mais attribuer automatiquement ces difficultés à l’âge ou aux hormones risque de faire passer à côté d’autres causes. Un bilan médical permet de distinguer les effets du mode de vie, une maladie sous-jacente et un véritable déficit hormonal.
Pourquoi l’andropause n’est pas une ménopause masculine
Le mot « andropause » suggère un arrêt hormonal comparable à la ménopause. Or, les hommes ne connaissent pas de chute brutale et universelle de leur production de testostérone à un âge donné.
Cette hormone diminue généralement progressivement, avec une baisse moyenne souvent estimée autour de 1 % par an à partir de la trentaine ou de la quarantaine. Cette évolution varie cependant beaucoup selon les personnes et leur état de santé. Elle ne suffit pas à définir une maladie.
Dans l’étude européenne EMAS, une définition stricte associant symptômes sexuels et faibles concentrations hormonales retrouvait un hypogonadisme tardif chez 2,1 % des hommes de 40 à 79 ans. Cette proportion atteignait 5,1 % chez les 70-79 ans. Ces résultats décrivent une population et des critères précis : ils ne signifient pas que tout autre trouble hormonal serait exceptionnel.
Quels symptômes doivent conduire à consulter ?
La fatigue, l’irritabilité et les difficultés de concentration sont peu spécifiques. Elles peuvent accompagner un manque de sommeil, une dépression, un traitement médicamenteux ou une maladie chronique.
Les signes sexuels orientent davantage le bilan :
- Une diminution persistante du désir sexuel ;
- Une réduction des érections matinales spontanées ;
- Des difficultés répétées à obtenir ou maintenir une érection.
Même réunis, ces symptômes ne prouvent pas un manque de testostérone. Une dysfonction érectile peut notamment avoir une origine vasculaire, neurologique ou psychologique.
Une perte musculaire inhabituelle, une anémie inexpliquée ou une fragilité osseuse chez l’homme peuvent également justifier des investigations.
Deux dosages sanguins pour confirmer un déficit
Un résultat isolé ne suffit pas à poser le diagnostic. La testostérone varie selon l’heure, le sommeil, l’alimentation et certaines maladies passagères.
Les recommandations européennes préconisent un prélèvement matinal à jeun, idéalement entre 7 heures et 10 heures, puis une confirmation sur un autre prélèvement si le résultat est bas, avant d’envisager un traitement.
Le seuil de 12 nmol/L de testostérone totale constitue un repère dans ces recommandations, mais ne se lit pas indépendamment des symptômes et du contexte médical. Selon les résultats, le médecin peut compléter le bilan par la SHBG, une protéine qui transporte la testostérone, et une estimation de la fraction libre.
D’autres dosages permettent ensuite de rechercher l’origine du déficit : fonctionnement des testicules, commande hormonale par l’hypophyse ou effet de certains médicaments.
Agir sur les causes réversibles sans promettre de miracle
L’obésité, notamment abdominale, et les troubles métaboliques associés peuvent contribuer à une baisse de testostérone. Le mécanisme ne se résume pas à sa transformation en œstrogènes : plusieurs perturbations hormonales interviennent.
Chez un homme en surpoids, une perte de poids progressive et une activité physique régulière peuvent améliorer les concentrations hormonales. Leur effet reste variable et ne peut pas être présenté comme équivalent à un traitement substitutif.
Le médecin recherche aussi des troubles du sommeil, une maladie chronique ou un médicament susceptible d’expliquer les symptômes. Ces mesures sont importantes, mais ne remplacent pas le traitement d’une véritable atteinte testiculaire ou hypophysaire.
La testostérone : un traitement ciblé, pas une cure de jeunesse
Un traitement par gel ou injections peut être proposé lorsque le déficit est confirmé et associé à des symptômes, après discussion des bénéfices, des risques et des contre-indications.
L’essai TRAVERSE, publié en 2023, a étudié un gel de testostérone chez plus de 5 200 hommes présentant un hypogonadisme et un risque cardiovasculaire élevé. Il n’a pas montré de sur-risque d’événements cardiovasculaires majeurs par rapport au placebo pendant le suivi. En revanche, des fibrillations auriculaires et des embolies pulmonaires ont été plus fréquentes dans le groupe traité. Ces résultats ne garantissent donc pas la sécurité de toutes les utilisations, formulations ou durées de traitement.
La surveillance porte notamment sur les symptômes, le taux de testostérone, l’hématocrite et la santé prostatique selon le profil du patient.
Enfin, la testostérone administrée peut freiner la production de spermatozoïdes : tout projet de paternité doit être signalé avant une prescription. Les produits présentés comme des « boosters » ne remplacent ni ce bilan ni un traitement médical encadré.
Sources :
- NHS : comprendre les limites du terme « ménopause masculine ».
- Wu et collaborateurs, NEJM, 2010 : étude EMAS sur l’hypogonadisme tardif.
- Association européenne d’urologie : recommandations sur le diagnostic et la prise en charge.