Alzheimer : des chercheurs japonais identifient une « graine » qui favoriserait les plaques amyloïdes
La maladie d’Alzheimer reste l’un des grands défis médicaux contemporains. Une équipe japonaise vient d’identifier un assemblage particulier de protéines qui pourrait participer à la formation initiale des plaques amyloïdes. Cette découverte ouvre une nouvelle piste pour anticiper et ralentir le déclin cognitif, mais elle doit encore être confirmée chez l’être humain vivant.
Isoler une possible « graine » des plaques amyloïdes
Le 20 juillet 2026, la revue scientifique Brain Communications a publié les travaux du National Center of Neurology and Psychiatry (NCNP) japonais, menés avec plusieurs universités et le Massachusetts General Hospital.
Les chercheurs ont identifié un ensemble soluble de molécules d’amyloïde bêta dont la masse dépasse 150 kilodaltons. Ils l’ont baptisé Peak 1 Aβ, en référence au premier pic obtenu lors de leur séparation par chromatographie d’exclusion stérique.
Peak 1 Aβ ne désigne donc pas une protéine entièrement nouvelle et parfaitement caractérisée, mais probablement un assemblage de plusieurs formes d’amyloïde bêta. Des analyses supplémentaires, notamment par spectrométrie de masse, devront encore déterminer sa composition exacte.
Lorsque les scientifiques ont injecté cet assemblage dans l’hippocampe de jeunes souris génétiquement modifiées pour développer une pathologie amyloïde, des dépôts sont apparus dans leur cerveau quelques mois plus tard. Les autres fractions testées n’ont pas produit le même effet. Peak 1 Aβ pourrait ainsi agir comme une « graine » moléculaire, autour de laquelle les protéines s’agrègent progressivement pour former des plaques amyloïdes associées à la maladie d’Alzheimer.
Des résultats obtenus principalement chez la souris
L’équipe a retrouvé Peak 1 Aβ dans les tissus cérébraux post-mortem des six patients atteints d’Alzheimer étudiés. La molécule était cependant également présente chez un des cinq témoins âgés sans démence.
Cet échantillon humain particulièrement réduit ne permet pas encore de conclure que Peak 1 Aβ est propre à la maladie, qu’il annonce systématiquement son apparition ou qu’il en constitue la cause initiale. Les expériences démontrant son pouvoir d’agrégation ont, quant à elles, été conduites sur des souris prédisposées à accumuler de l’amyloïde.
Les chercheurs ont également observé que la capacité de Peak 1 Aβ à provoquer des dépôts variait selon les prélèvements humains. Cette hétérogénéité suggère que la molécule pourrait ne pas jouer exactement le même rôle chez tous les patients.
Aucun dépistage vingt ans avant les symptômes pour le moment
Les plaques amyloïdes peuvent commencer à s’accumuler dans le cerveau dix à vingt ans avant l’apparition des premiers troubles cognitifs. Cette chronologie générale de la maladie ne signifie toutefois pas que l’étude a détecté Peak 1 Aβ chez des patients vingt ans avant leurs symptômes.
Les chercheurs ont travaillé sur des tissus cérébraux prélevés après le décès. Ils n’ont pas encore montré que cet assemblage pouvait être identifié dans le sang, le liquide cérébrospinal ou par une technique d’imagerie chez une personne vivante.
Peak 1 Aβ ne constitue donc pas actuellement un biomarqueur utilisable pour un dépistage. L’équipe japonaise souhaite désormais étudier la possibilité de le repérer grâce à une analyse sanguine ou à l’imagerie cérébrale. Ces recherches devront établir sa fiabilité, sa spécificité et sa capacité à prévoir réellement l’évolution de la maladie.
Une possible cible pour de futurs traitements
Les auteurs évoquent Peak 1 Aβ comme une nouvelle cible potentielle. Une immunothérapie pourrait, en théorie, reconnaître cet assemblage et limiter son action avant que les dépôts ne s’étendent dans le cerveau.
Aucun médicament ciblant Peak 1 Aβ n’a cependant été annoncé et aucun essai clinique chez l’être humain n’est programmé à ce stade. La prochaine étape consistera à mieux définir la composition de cet assemblage, à confirmer son rôle dans différents modèles et à vérifier s’il participe réellement aux premières phases de la maladie humaine.
Cette découverte apporte donc une pièce nouvelle au puzzle biologique d’Alzheimer, sans en révéler à elle seule « l’origine exacte ». La maladie implique également la protéine tau, l’inflammation cérébrale, la génétique, le vieillissement et de nombreux facteurs vasculaires ou environnementaux.
Source scientifique : étude publiée dans Brain Communications et communiqué du NCNP.