Allergies aux anti-inflammatoires sur la peau
Publié le 19 Janvier 2000 à 1h00 par
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De nombreux gels et crèmes anti-inflammatoires sont commercialisés en France. Certains d'entre eux ont fait l'objet d'études qui ont montré une certaine efficacité pour lutter contre la douleur locale. Ils sont utilisés dans les tendinites des membres supérieur et inférieur et dans les petits traumatismes, notamment les entorses. C'est le cas du diclofénac (Flector gel°, Voltarène Emulgel°, Xénid° gel) de l'ibuprofène (Dolgit° crème, Ibutop° gel, Intralgis° gel, Syntofène° gel, Tiburon° gel), du kétoprofène (Kétoprofène RPG° gel, Ketum° gel, Profénid° gel, Topfena° gel) et du piroxicam (Geldène° gel). Le bufexamac (Calmaderm° crème, Parfenac° crème) et l'enoxolone (Lelong irritations° pommade et P.O. 12° crème) sont également des anti-inflammatoires locaux, mais ils sont utilisés dans le traitement du prurit (envie de se gratter) lorsque la peau est enflammée.Certains de ces médicaments sont remboursables par l'Assurance maladie, mais tous peuvent être achetés sans ordonnance chez le pharmacien.

Les effets indésirables généraux sont très rares

La quantité de médicament qui passe dans le sang est très faible. Et par conséquent, le risque d'effets indésirables généraux (par exemple, ulcère d'estomac, éruption cutanée généralisée) est bien inférieur au risque qu'on prendrait avec le même médicament, avalé sous forme de comprimé ou de gélule. Cependant, quelques (rares) cas d'atteinte rénale, d'asthme ou d'hémorragie digestive ont été décrits après application d'un anti-inflammatoire sur la peau. De même, quelques cas d'intoxication ont été décrits après application d'une pommade à l'acide salicylique sur des lésions cutanées étendues de psoriasis.

L'eczéma en première ligne

Des observations d'effets indésirables dus aux anti-inflammatoires locaux sont très régulièrement publiées. Le kétoprofène (Kétoprofène RPG° gel, Ketum° gel, Profénid° gel, Topfena° gel) et le médicament le plus souvent cité. Il peut provoquer un eczéma qui débute à l'endroit où le gel a été passé sur la peau. Les lésions n'apparaissent parfois qu'après la fin du traitement (et jusqu'à 20 jours plus tard). Les troubles durent deux semaines en moyenne, et sont parfois graves, imposant même une hospitalisation. De relativement nombreux cas d'eczéma ont également été observés avec bufexamac (Calmaderm° crème, Parfenac° crème), si bien que l'eczéma est devenu une de ses contre-indications officielles. Mais des cas ont également été décrits avec tous les autres anti-inflammatoires utilisés par voie locale, sur la peau.

Attention au soleil, aux pansements occlusifs, et aux antécédents d'eczéma aux anti-inflammatoires

L'étude détaillé de certains cas a montré l'existence de trois facteurs favorisants: l'exposition au soleil, les pansements occlusifs, et les antécédents d'eczéma aux anti-inflammatoires. Dans plusieurs cas, il est clair que le soleil ou les rayons UV (notamment les UVA de lampes à bronzer) ont été un facteur déclenchant de l'eczéma, avec le médicament. Par exemple dans le cas d'une femme dont l'eczéma s'arrêtait exactement à l'endroit était abritée du soleil par sa chaussette. Il est déconseillé d'utiliser les crèmes ou gels anti-inflammatoires sous des pansements, qui augmentent la pénétration du produit, mais aussi le risque d'irritation de la peau et d'effet indésirable. Pour la même raison, il est contre-indiqué d'utiliser les anti-inflammatoires locaux sur une peau irritée, blessée ou atteinte d'une dermatose (maladie de peau). Enfin, lorsque quelqu'un a déjà eu une réaction allergique dû à un anti-inflammatoire, le risque d'eczéma est augmenté lorsqu'il prend un autre anti-inflammatoire (que ce soit par la bouche ou sous forme locale), en raison de la parenté chimique de ces médicaments.

Il n'est pas toujours indispensable de consulter

En cas de lésion rouge et donnant envie de se gratter, apparaissant à l'endroit où vous avez récemment mis un gel ou une crème, il y a toutes chances qu'il s'agisse d'un eczéma. S'il est peu étendu et peu gênant, il n'est pas forcément indispensable de consulter votre médecin. Il en va autrement s'il grandit d'un jour à l'autre, et si l'envie de vous gratter est vraiment pénible. Mais dans tous les cas, notez soigneusement le nom du médicament en cause, et n'oubliez pas d'en parler à votre médecin et à votre pharmacien. Ils ne seront pas trop de deux à vous aider à y penser en une autre occasion, pour éviter que la même expérience se renouvelle !

Source : " Traitements par voie percutanée " In " GNP - Encyclopédie pratique du médicament 2000 éd. du Vidal, Paris 1999 : 1415-1420. Prescrire rédaction Dermatoses dues aux AINS topiques Prescrire 1999 ; 19 (201) : 836-837.