Alcool et vin, même bénéfice cardiovasculaire ?
Publié le 06 Juillet 2015 à 15h07 par Hélène Joubert, journaliste scientifique

Vin ou bière ? Avantage au vin

Un effet potentiellement protecteur d’une dose modérée et régulière d’alcool sur le cœur, les maladies cardiovasculaires en général et la mortalité, est confirmé dans la grande majorité des études scientifiques. Grosso modo, si le risque de maladies cardiovasculaires diminue de l’ordre de 20 à 30 % chez les consommateurs modérés d’alcool, le vin semble cependant tirer son épingle du jeu. « Les études qui se sont focalisées sur le type d’alcool mettent en évidence un bénéfice cardiovasculaire supérieur du vin comparé aux autres boissons alcoolisées », avance le Pr Ludovic Drouet, du Laboratoire de Thrombose et d’Athérosclérose (IVS hôpital Lariboisière et INSERM U937, Paris) et chef du service Immunologie-Hématologie de l'hôpital Lariboisière (Paris). Il faut néanmoins rappeler qu’il n’existe à ce jour que des preuves indirectes des bienfaits du vin chez l’Homme, et qu’in vitro ou sur des modèles animaux, les résultats ne sont pas homogènes. Cependant, plusieurs études épidémiologiques (des observations de la population) ont appuyé l’hypothèse d'un effet bénéfique propre au vin sur le risque cardiovasculaire. La première est française, celle du Pr Serge Renaud baptisée « Cohorte de Nancy » (1). Le "père" du paradoxe français a exploité une cohorte de 35 000 personnes âgées de 40 à 60 ans, et a constaté la diminution des accidents cardiovasculaires en cas de consommation régulière et modérée de vin par rapport à l’abstinence : le risque de décéder d’ennuis cardiovasculaires est réduit d’environ 30 % avec un ou deux verres de vin par jour. Ce qui n’a pas été retrouvé avec la bière.

Buveurs de vin ou de bière, des alimentations différentes perturbent les analyses

Mais les études épidémiologiques sont à prendre avec précaution car il est difficile de considérer l’ensemble des paramètres impliqués ! Par exemple, le mode de vie des buveurs de vin diffère de celui des buveurs de bière. Au Danemark, le Professeur Morten Gronbaek (2) a lui aussi trouvé une réduction de la mortalité coronarienne (liées aux artères du cœur) ou cardiovasculaire et de la mortalité globale chez les amateurs exclusifs de vin. Ce bénéfice est bien moindre chez les buveurs de bière. Quant à ceux qui boivent des alcools forts, c’est l’inverse, le bénéfice est nul voire leur risque cardiovasculaire dépasse celui des abstinents ! Surprise, en épluchant les tickets de caisse des 4 500 personnes de l’étude, les chercheurs ont remarqué des régimes alimentaires opposés entre buveurs de vin et de bière : alors que les premiers avaient acheté des légumes, de la viande maigre, de l’huile d’olive…. les seconds avaient opté pour une alimentation moins "saine" (plus de cholestérol, d’acides gras saturés, moins de fibres..).

De l’intérêt du vin, avec modération et régulièrement

Parmi les autres habitudes de vie qui brouillent les cartes pour affiner le bénéfice de l’alcool en général ainsi que celui de telle ou telle boisson, il y a celle de boire deux verres par jour ou ... quatorze le samedi soir : ça n’a rien à voir ! Alors que la première attitude est bénéfique, la seconde – le binge drinking (consommation occasionnelle, excessive d'alcool qui n'a d'autres buts que l'ivresse)- est mauvaise pour le cœur, le cerveau, le poids etc. Or, la plupart des études font une moyenne journalière du total d’alcool ingéré au cours du mois, sans tenir compte de la régularité des prises.

Que retenir alors ? « Les éléments positifs dont nous disposons aujourd’hui sont surtout en faveur du vin, beaucoup plus que pour les autres alcools, notamment parce que la consommation de vin est souvent plus régulière, précise Ludovic Drouet. C’est pourquoi il faut rester sur l’intérêt d’une consommation modérée et régulière d’alcool, en particulier du vin et surtout du vin rouge. Ce qui ne veut absolument pas dire que les personnes abstinentes doivent se mettre à boire pour protéger leur cœur » !

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Source : (1) Biol Res. 2004;37(2):183-7; (2) Am J Clin Nutr. 2002 Aug;76(2):466-72.