Souffrances, peurs et dépendance affective

Publié par Dr Catherine Solano le Lundi 15 Octobre 2007 : 02h00
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Souffrances, peur et dépendance, pour en parler, nous avons rencontré Gérald Pagès*, psychothérapeute, dont c'est l'axe privilégié de travail. Nos difficultés à l'âge adulte plongent souvent leurs racines dans des souffrances de la toute petite enfance, et en particulier le manque d'affection manifestée.

"Au départ des Souffrances, on met souvent à jour une carence affective" explique clairement Gérald Pagès. Et cette carence affective, c'est un besoin fondamental qui n'a pas été comblé. Avant de naître, un enfant a vécu dans le ventre de sa mère pendant 9 mois. Il y a été enveloppé, bercé et porté le plus naturellement. Lorsqu'il vient au monde, il ne peut pas brutalement cesser d'avoir besoin de contact humain. L'enfant, comme l'adulte plus tard, garde donc le besoin d'être enveloppé, d'être câliné. Au niveau de l'enfance, si les parents gardent une distance, l'enfant va être en demande, en recherche, en quête pour être pris dans les bras. C'est pourquoi, tenir un enfant qui pleure dans ses bras, ce n'est pas du temps perdu. Au contraire, cela a pour fonction de combler un besoin vital.Certaines personnes, par ignorance, s'imaginent qu'un enfant qui pleure fait un "caprice". Or, ce n'est jamais le cas pour un bébé car il ne pleure pas pour manipuler son entourage, mais pour essayer d'être comblé, rassuré dans un besoin. Et le besoin de contact, de tendresse est aussi important que le besoin de chaleur ou de nourriture. Or, pour l'exprimer, pleurer est sa seule manière de communiquer...D'ailleurs, on sait aujourd'hui qu'un enfant qui est toujours pris dans les bras quand il pleure va pleurer de moins en moins au fil des mois. En revanche, un enfant qui n'est pas pris dans les bras quand il pleure continuera à pleurer beaucoup plus souvent et plus longtemps. Car si un enfant n'est pas comblé, sécurisé, rassuré, il a peur et angoisse de ne pas trouver la tendresse dont il a besoin, et cela peut laisser des cicatrices. Car, ajoute Gérald Pagès, "de la carence peut venir la souffrance, et la souffrance, c'est une situation douloureuse que l'on n'a pas pu gérer et digérer. C'est comme si notre construction psychique et sensorielle restait en friche".

Quelles sont les conséquences de ces carences à l'âge adulte ?

C'est que ce besoin non comblé de tendresse continue à crier en soi. Une personne en carence affective va chercher à combler ce manque. Elle va demander (consciemment ou non) aux personnes qu'elle côtoie, de la combler, comme si celles-ci étaient susceptibles de pouvoir compenser ce qu'elle n'a pas reçu comme tendresse, comme affection. Elle aura l'impression de ne jamais être assez prise en considération, jamais être assez aimée, et ce manque est en fait l'écho de ce qui lui a jadis manqué des parents. Ce qu'on lui donne n'est jamais assez puisque cela ne peut emplir le manque qui vient de l'enfance.Mais l'inverse est aussi possible : si un parent (le père pour une fille et la mère pour un garçon) a surprotégé, « suraimé » son enfant, l'adulte plus tard va rechercher cette même surprotection, cette même forme d'amour. Dans un couple, cela donne par exemple une femme (mais tout autant un homme) qui veut à tout prix être aimée. Elle est dans une telle attente d'amour que cela peut faire peur. Et même quand on l'aime, elle ne se sent jamais assez aimée. Elle peut douter de l'amour que l'on lui porte car elle ne se sent pas digne d'être aimée. C'est comme si elle pensait "si j'étais digne d'être aimée, on m'aurait aimée depuis toute petite". Elle a donc un manque de confiance en elle, ne se sent pas belle, voire complexée, pas attirante et manque d'estime. Elle n'est pas dans la réalité, mais se projette à partir de ce qu'elle a vécu dans son enfance : un grand besoin affectif non comblé. La moindre remarque ou attitude sera interprétée comme un refus, un rejet, un abandon ou un manque d'amour, et cela tend à provoquer un mal-être, des frustrations, des peurs et des angoisses caractéristiques. Cette peur de ne pas être aimé fausse le jugement et emmène en dehors de la réalité. "Et la peur, continue Gérald Pagès, génère 3 types de comportements. On peut la subir sans réagir, et c'est l'inhibition qui correspond à une sorte de souffrance dépressive. On peut plutôt prendre une position défensive : même quand on vous aime, vous n'y croyez pas. On refoule l'amour, on n'y croit pas, car on pense que ce n'est pas possible d'être aimé. Et le troisième comportement possible face à la peur, c'est la fuite. C'est comme si la personne pensait : "je ne peux pas accepter cet amour, donc je fuis". La peur l'emporte sur le désir d'être aimé qui pourtant est très présent."

Alors que faire devant ces carences affectives, ces souffrances, ces peurs ? Que faire pour trouver enfin un équilibre ?

Arrêter de croire que l'amour va panser les Souffrances. Un travail sur soi est indispensable pour identifier ses blessures. Comprendre pourquoi l'on fonctionne ainsi, avec des souffrances à répétition... Il faut apprendre à s'aimer soi-même, travailler sur la confiance en soi. Sentir que notre souffrance prend sa racine dans notre passé et que la personne qui est là au présent n'en est aucunement responsable. Au final, il faut se reconstruire dans un nouveau schéma de fonctionnement, où l'on peut enfin accepter d'aimer et être aimé(e)... * Gérald Pagès est auteur de La Force de la Tendresse, Changeons de regard et Le Grand Livre de la Tendresse chez Albin Michel. Il est également le fondateur des manifestations "Tendresses" en France et Europe.

Publié par Dr Catherine Solano le Lundi 15 Octobre 2007 : 02h00
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