Sexsomnie : la sexualité somnambule

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Samedi 09 Janvier 2016 : 14h36
Mis à jour le Lundi 01 Février 2016 : 11h08

En matière de sexualité, passer à l’acte en dormant est un trouble du sommeil bien éloigné du comportement fantasmé. Dans ce somnambulisme bien particulier appelé sexsomnie, la violence est souvent au rendez-vous et, dans les cas extrêmes, plonge le couple dans un enfer quotidien. 

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Sexsomnie : une forme de somnambulisme

La sexsomnie, plus exactement les sexsomnies, regroupe les comportements sexuels involontaires survenant pendant le sommeil, soit centrés sur soi-même (masturbation) soit en interaction –souvent à sens unique- avec le voisin de lit (attouchements, pratiques orales, rapports sexuels complets). Dans la sexsomnie, tout le répertoire de la sexualité peut être présent, même des pratiques peu courantes dans le couple, et s’accompagne des vocalises habituelles de l’acte sexuel. Ce passage à l’acte somnambule, une forme de somnambulisme, est un type de parasomnie (trouble du sommeil) introduit dans les classifications médicales depuis 2005*.

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Quelles sont les personnes qui subissent la sexsomnie ?

10% des somnambules (qui représentent eux-mêmes 2% des adultes) ont déjà eu au moins une fois une "activité sexuelle amnésique", une sexsomnie. Trois quart des sexsomniaques sont des hommes. Ces cas sont plus signalés, peut-être du fait de l’abus physique perpétré par les hommes.

Ces comportements sexuels somnambules surviennent principalement pendant le sommeil "lent profond" du début de nuit (sans conscience, sans souvenirs), exactement comme les somnambules.

Certaines preuves d’une sexsomnie, ce somnambulisme sexuel, sont visibles en vidéo-polysomnographie (enregistrement de certains paramètres lors du sommeil comme le rythme respiratoire, l’activité des muscles, du cerveau etc.) comme des réveils répétés dans le sommeil lent profond, avec une activité cérébrale divisée en deux : des zones sont endormies, d’autres non. C’est un cerveau à moitié réveillé, avec un certain niveau d’éveil pour percevoir l’environnement. Néanmoins, la confusion mentale, l’absence de conscience de soi (dite réflexive), la présence d’actions non appropriées, met en évidence que d’autres régions du cerveau (en particulier les régions frontales) ne sont pas réveillées.

Par ailleurs, une personne souffrant de sexsomnie peut interagir avec l’espace et les autres, et répondre ! Les ronflements peuvent être parfois les seuls indices pour se rendre compte sur le moment que la personne n’est pas consciente. Les personnes somnambules sont généralement amnésiques sur ce qui s’est passé durant leur sommeil.

Pr Isabelle Arnulf, chef du Service des pathologies du sommeil (Département R3S, Centre de référence national : narcolepsie, hypersomnie et syndrome de Kleine-Levin), Hôpital Pitié-Salpêtrière (Paris) : « Les profils de sexomniaques sont variés. Nous recevons de jeunes adultes, mais le plus souvent des hommes vers la quarantaine, et même des femmes passé la cinquantaine. Ces comportements de sexsomnie sont majorés par le manque de sommeil, et probablement aussi, mais pas toujours, par le manque d’activité sexuelle. Une épouse, une petite amie peut remarquer des comportements sexuels inhabituels, une sexualité qui change : par exemple si l’homme veut des rapports pendant la période des règles alors que ça n’est pas une habitude du couple, s’il engage d’autres pratiques (sodomie notamment) plus violentes mais inhabituelles dans ce couple, s’il prononce des paroles plus crues que d’ordinaire... Il est rare que ces changements de comportements dans la sexualité du couple soient appréciés par le/la partenaire. Il est important d’en parler dans le couple, afin que la compagne sache si son compagnon a mémorisé ou non ses actes, et le prévienne s’il ne se souvient de rien, comme en cas de somnambulisme ».

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Samedi 09 Janvier 2016 : 14h36
Mis à jour le Lundi 01 Février 2016 : 11h08
Source : *International classification of sleep disorders 2005 et 2014.
D’après un entretien avec le Pr Isabelle Arnulf, chef du Service des pathologies du sommeil (Département R3S, Centre de référence national : narcolepsie, hypersomnie et syndrome de Kleine-Levin, Hôpital Pitié-Salpêtrière (Paris) 
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