Les mots des buveurs

Publié par Dr Philippe Presles le Mercredi 18 Juin 2003 : 02h00
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Sur quels éléments se fondent les buveurs excessifs pour prendre des décisions relatives à leur dépendance alcoolique ? Une étude tente de répondre à cette difficile question.

Près de 27 patients recrutés à la sortie d'une consultation d'alcoologie ont été interviewés grâce à un guide comprenant diverses questions visant à savoir comment se passe le traitement de la dépendance alcoolique, à identifier d'éventuels conflits avec les soignants, à définir ce qui est susceptible de peser sur la décision de poursuivre ou au contraire d'interrompre le traitement…L'étude s'est faite en trois vagues successives : les réponses des dix premiers patients ont été analysées et le guide adapté en conséquence, notamment pour permettre d'affiner certains points avec les dix patients suivants. Les investigateurs se sont arrêtés à ces 27 patients, considérant que les nouvelles interviews n'apporteraient aucun enseignement complémentaire.

La façon dont ces consommateurs excessifs s'expriment permet de distinguer 4 grandes tendances :

  • La consommation culturelle : même très excessive, elle est présentée comme s'inscrivant dans un contexte socioculturel ou professionnel particulier, mais « normal ». Ce buveur ne se considère pas comme « déviant » ; il n'est pas alcoolique au prétexte par exemple « qu'il ne boit pas dès le réveil ». Mais au cours de l'entretien, il finit par reconnaître qu'il a sans doute un problème ancien vis-à-vis de l'alcool ; il accepte d'en parler et d'évoquer l'intérêt du traitement, sans plus.
  • La consommation-symptôme, en réponse à un phénomène perçu comme une agression. L'alcool n'est pas présenté comme le problème princeps et la consommation excessive n'est généralement pas très ancienne. Le traitement est attendu et doit apporter un soulagement.
  • Le buveur pathologique : il se décrit comme buvant « sans possibilité de contrôler sa consommation » ; il se sait dépendant à l'alcool. Son problème vis-à-vis de l'alcool est souvent ancien, sa consommation très excessive (10 à 20 verres par jour, voire davantage). Ce buveur semble résigné et peu enclin à croire que le traitement lui permettra de rompre avec cette dépendance. Il n'est du reste pas franchement demandeur !
  • La consommation incompréhensible : le buveur ne sait pas pourquoi il boit. La prise en charge lui permettra peut-être de le savoir ; c'est une attente qu'il exprime.
Publié par Dr Philippe Presles le Mercredi 18 Juin 2003 : 02h00
Source : Sogaard Nielsen A. Alcohol problems and treatment : the patients' perceptions. European Addiction Research 2003 ; 9 : 29-38. A lire également " Alcool Actualités " n° 11, janvier/février 2003, article " Hommes et alcool : une liaison dangereuse, résultats d'une étude qualitative ".
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