Etre bon, cela fait du bien

Article publié par Dr Philippe Presles le 14/11/2011


Etre bon, cela fait du bien

Dans son livre « Psychologie du bien et du mal », Laurent Bègue nous ouvre la porte de toutes les recherches actuelles en psychologie sociale sur le bien et le mal. Il nous permet ainsi de nous observer dans le miroir de l’humanité pour comprendre nos forces et nos faiblesses morales.

Notre aptitude à faire le bien et le mal est bien connue des romanciers. Cette aptitude au bien et au mal commence à être également bien étudiée par les scientifiques. Il en ressort qu’être bon nous fait du bien et que c’est probablement pour cela que nous avons développé notre aptitude humaine à la morale. Comme le disait Darwin, la nature ne sélectionne que ce qui est performant…

Le livre de Laurent Bègue* nous permet dans ce sens de bien comprendre comment nous fonctionnons, dans quelles circonstances nous avons tendance à être gentils et dans quelles autres nous pouvons oublier de l’être. Voici un extrait de mon échange avec lui.

E-Santé : Sommes-nous plutôt égoïstes ou plutôt altruistes ?

Laurent Bègue : Si les recherches menées en sciences humaines et sociales nous ont enseigné quelque chose sur l’être humain depuis deux décennies, c’est bien que le modèle de l’égoïsme calculateur de l’homme est une fiction démodée, et relève aujourd’hui davantage d’un mythe. La conception que j’argumente dans mon livre accorde aux « instincts sociaux » le statut de mobile premier du comportement humain, pour le meilleur et pour le pire. Contribuer au bien-être de nos semblables est une motivation authentique qui prend souvent le pas sur nos propres mouvements égoïstes et qui, de surcroît, procure des gratifications psychologiques. Il n’est en ce sens pas excessif d’affirmer que le sens moral constitue un produit adaptatif de l’évolution humaine. Nous sommes mentalement façonnés pour éprouver une forme de contentement lorsque nous agissons pour les autres.

E-Santé : Comment prouver une telle aptitude à l’altruisme ?

Laurent Bègue : Cette aptitude a été illustrée avec simplicité dans une étude publiée dans une récente publication de la revue Science. Des passants étaient approchés un matin dans des lieux publics où l’on mesurait leur bonheur subjectif au moyen d’un court questionnaire. Puis, on remettait aléatoirement à certains d’entre eux la somme de 5 ou 20 dollars. Dans chacun de ces deux groupes, on donnait pour instructions à la moitié des participants de les dépenser en les utilisant pour eux, et à l’autre d’en user pour faire un don. En fin de journée, on leur téléphonait et leur niveau de bonheur était à nouveau évalué. Les résultats ont montré que ceux qui avaient eu pour consigne de dépenser l’argent pour d’autres étaient plus heureux que ceux qui en avaient fait usage pour eux-mêmes.

E-Santé : Faire du bien, est-ce aussi bon pour notre santé ?

Laurent Bègue : Effectivement, notre santé dépend aussi de la taille et de la qualité de nos attaches sociales. Ainsi, les personnes ayant le plus de liens sociaux ont le taux de mortalité prématurée le plus bas. Pour un même âge, un homme en couple vivra ainsi 5 années de plus qu’un veuf. Lorsque des liens affectifs significatifs sont mis en cause, de nombreuses activités de notre vie sont profondément perturbées, au moins temporairement. Par exemple, dans les périodes de divorce ou de séparation, notre risque d’accidents de la route est multiplié par quatre.

Enfin, les enquêtes épidémiologiques établissent que les groupes et cultures à dominante plus collective apportent des bénéfices en termes de santé comparés aux nations individualistes. Dans son sens le plus strict, notre vie dépend étroitement de l’humus social dans lequel elle s’enracine.

* Laurent Bègue est l’un de nos chercheurs les plus à la pointe en psychologie sociale : membre honoraire de l’Institut universitaire de France, chercheur invité à Standord (USA), Directeur d’un laboratoire interuniversitaire de psychologie d’une quarantaine de personnes à Grenoble.

Source : Laurent Bègue, Psychologie du bien et du mal, Éditions Odile Jacob, 2011.

Article publié par Dr Philippe Presles le 14/11/2011

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