Alcool et ados, l'état des lieux

Publié par Sam Cardinal, journaliste santé le Lundi 23 Juin 2008 : 02h00
Mis à jour le Vendredi 22 Octobre 2010 : 11h02
-A +A

Une enquête diligentée par l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies et coordonnée par le service médical du Rectorat de Toulouse, portant sur 7 000 élèves scolarisés montre la précocité de l'initiation à l'alcool en France. C'est à 11 ans que six élèves sur dix ont déjà bu un verre d'alcool !

Si à 11 ans, soixante pour cent des enfants ont consommé un verre d'alcool, ils sont plus de 8 sur 10 à l'âge de 15 ans. À 13 ans, 16 % des jeunes ont déjà été ivres. Devant ce phénomène à croissance quasi exponentielle, les autorités sanitaires mettent en place, à la hâte, une politique de prévention qui a bien du mal à enrayer le phénomène qui semble installé chez les jeunes. On peut se demander ce qui motive les jeunes à «boire sans soif» et jusqu'à l'ivresse. Les comas éthyliques constatés sont de plus en plus nombreux, les profs sont confrontés à des situations invraisemblables, les parents sont débordés et le pire reste à venir.

Des jeux qui font tourner la tête

Tout le monde des adultes est sur le pont, statisticiens, anthropologues, responsables de services de téléphonie santé et d'observatoires régionaux de santé, psychiatres, éducateurs, médecins, infirmières, psychologues et psychothérapeutes. Tous ces professionnels pointent les pratiques innovantes, les moindres dérapages des jeunes face aux substances psycho actives. Et des dérapages, il y en a ! Le cap's, vous connaissez ? Un jeu qui se pratique à plusieurs, assis parterre avec entre les jambes une canette de bière et sa capsule. On vise la capsule de l'autre avec sa capsule et si on la touche, l'infortuné en face doit boire sa bière «cul sec», intelligent non ? Il y a aussi le ping-pong beer, mêmes règles, la balle qui rentre dans la chope de bière de l'adversaire et l'obligation de la vider d'un coup. Enfin, il y a le «binge drinking», là, pas de règles, c'est du «hard», on boit en groupe pour se saouler, point barre. Alors les experts précités apportent des interprétations. Ce qui pousse les ados à consommer alcool, cannabis et autres «saletés», c'est la recherche de l'identité, le désir d'intégrer le groupe, la quête d'autonomie. D'autres spécialistes mettent en exergue la mésestime de soi et les statisticiens font de la statistique et nous prédisent que le phénomène de «binge drinking» est nettement moins important en France que dans les pays du nord de l'Europe. Dans le même temps, les parents, les profs et les éducateurs scolaires en sont réduits à compter les points.

Mais pourquoi boivent-ils ?

Boit-on à 16 ans pour s'amuser ? Ou pour oublier ? Mais qu'oublier à 16 ans ? Non, 16 ans c'est l'âge où l'on est soumis au modèle du père, la première biture, c'est le passage obligé, un rite dans le clanFaire comme tout le monde c'est se faire aimer ! Au-delà de cette peur du rejet, il existe un mal plus profond, plus tenace, la dépression. Selon un rapport du Sénat, 48,5 % des collégiens et lycéens auraient des épisodes dépressifs majeurs et 21 % vivraient dans un état de morosité permanent. «Quand un lycéen débouche sa première canette de bière avant d'entrer en cours à huit heures, il y a de quoi se poser des questions», dénonce Gérard L. professeur de sport dans la région parisienne. La parenthèse "Hélène et les garçons" est refermée, on serait plutôt dans la série "Skins", la gentillesse un peu niaise d'Hélène fait place à l'adolescente anorexique, à celle suicidaire à une autre qui hait ses parents parce qu'ils divorcent. Dans la série "Skins", tous les acteurs ont recours à l'alcool et aux drogues comme remède à leurs souffrances. Il y a néanmoins beaucoup d'humour et de réalisme dans cette série, elle illustre bien la difficulté d'être pour les jeunes. Et puis il y a l'ultime geste, le suicide. Toujours suivant le rapport du sénat, on compte 11 % de morts chez les 15/19 ans et 17 % chez les 20/24 ans. Il y aurait pour les 15/24 ans 30 tentatives de suicide pour 1 suicide effectif. C'est comme si boire à mort ressemble à un cri au secours. L'alcoolisme n'est, finalement, qu'un des symptômes de la véritable maladie de vivre des ados.

Publié par Sam Cardinal, journaliste santé le Lundi 23 Juin 2008 : 02h00
Mis à jour le Vendredi 22 Octobre 2010 : 11h02
Source : Côté santé, juin 2008.
A lire aussi
Ados : ils boivent trop ! Publié le 29/12/2010 - 09h49

Nous, les adultes, buvons moins, 10 litres d'alcool pur par an et par habitant, contre 17,7 litres en 1961. Mais nos jeunes ont pris la relève. Ils s’alcoolisent de plus en plus tôt, moins régulièrement, mais dans des quantités plus importantes. S’il rentre complètement saoul, faut-il...

Le binge drinking détruit le cerveau des ados Publié le 28/06/2010 - 00h00

Le binge drinking, biture express ou hyperalcoolisation rapide, abîmerait le cerveau en développement des adolescents. C'est l'hippocampe, zone cérébrale impliquée dans la mémoire, qui serait plus particulièrement touchée. Malheureusement, cette pratique délétère est de plus en plus...

Les jeunes et l'alcool : pour que l'insoutenable cesse ! Publié le 14/06/2010 - 00h00

Une soirée trop arrosée entre amis qui finit par un accident de la route mortel... c'est d'un banal : 7 jeunes décèdent ainsi chaque semaine, sans compter les 27 blessés ! Moins banal est ce film choc intitulé " Insoutenable ", que devrait visionner tout ado.

Les jeunes et l'alcool : le rôle des parents Publié le 25/02/2015 - 15h08

Selon l’Institut de Veille Sanitaire (InVs), un collégien sur six affirme avoir déjà été ivre et 27% des lycéens affirment boire de l'alcool au point de se saouler au moins une fois par mois. Ce constat est alarmant, mais quelles sont les vraies conséquences pour ces jeunes ? Et que...

Plus d'articles