Boire et déboires

Publié par Dr Philippe Presles le Mercredi 11 Juin 2003 : 02h00
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Les résultats d'une étude menée par la Fédération française de cardiologie révèlent que les adolescents, à l'instar des adultes, ne sont plus fiers de fumer. Mais qu'en est-il de leur consommation d'alcool ?

La cigarette est devenue « ringarde » et mieux lui résister, c'est se distinguer puisque « on ne fait pas comme les autres ». L'image positive du tabac commence à être déniée par les 10-15 ans, démontrant un changement profond de mentalité qui, espérons-le, infléchira les taux de consommation de tabac, dans les années à venir… mais qu'en est-il de l'alcool ?

Si aujourd'hui, les patients parlent aisément de leur tabagisme, combien abordent leur alcoolisation ? Et surtout, combien seront interrogés par leur médecin sur leur consommation d'alcool ?

Certes, on sait maintenant que l'alcool est consommé pour des raisons beaucoup plus profondes que la recherche d'effets psychoactifs immédiats, qui relèvent notamment du domaine de l'identité. L'alcool, en particulier le vin, mais aussi la bière, c'est la France, la région dont on vient, parfois l'héritage du père. L'alcool est devenu indissociable de la culture française traditionnelle et inconsciemment, les adultes transmettent cette « valeur » à leurs enfants… Une fois encore, rappelons que l'alcool est la substance psychoactive consommée la plus précocement (en moyenne à 14 ans). Et, pour les adolescents dont l'un des deux parents est alcoolo-dépendant, le risque de glisser de la consommation excessive vers la dépendance est quatre fois supérieur dans les dix ans à venir…

Mais la lutte contre l'alcoolisme n'est pas sans difficultés, y compris communautaires. Ainsi, dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2003, le Parlement avait voté une surtaxe sur les bières titrant plus de 8,5°, lesquelles proviennent pour la plupart de pays étrangers. Après que la Commission européenne a fait part au Gouvernement français de ses doutes quant à la conformité de cette taxe avec le droit communautaire, le Gouvernement a suspendu l'application de cette taxe, tout en décidant de constituer un groupe de travail interministériel, chargé d'examiner l'évolution de la fiscalité des boissons alcooliques en France pour lutter efficacement contre l'alcoolisme, notamment chez les jeunes.

Publié par Dr Philippe Presles le Mercredi 11 Juin 2003 : 02h00
Source : " Le tabagisme chez les 10-15 ans ", Fédération française de cardiologie, mars 2003.
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