Epilepsie : la grossesse est-elle possible ?

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mardi 26 Juillet 2005 : 02h00
Mis à jour le Lundi 01 Février 2016 : 12h44
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L'épilepsie reste une maladie entourée de nombreux mythes à corriger. Elle est pourtant très fréquente : 50 millions de personnes dans le monde en souffrent, dont 500.000 Français. Peut-on mener une grossesse et peut-on allaiter son enfant lorsqu'on est une femme épileptique ?

« Les crises d'épilepsie constituent un handicap propre qui parfois se surajoute à des handicaps mentaux ou moteurs liés à certaines causes », indique le Pr Fabrice Bartolomei*, Chef du Service de Neurophysiologie Clinique et d’Epileptologie à l’Hôpital de la Timone et vice président de la Ligue française contre l’épilepsie (LFCE).

Leur caractère totalement imprévisible potentialise ce handicap et rend la vie des patients particulièrement difficile. Lorsque la maladie est mal contrôlée par un traitement, les crises représentent un lourd fardeau : stigmatisation sociale injustifiée, conséquences médicales et psychologiques, avec un taux de dépression, de suicide et de décès élevé. En revanche, lorsque les crises sont bien contrôlées grâce aux médicaments antiépileptiques ou à la chirurgie le cas échéant, et à une prise en charge globale, les patients présentent une bonne intégration socioprofessionnelle et peuvent mener une vie normale. Dans ce cas, une femme souffrant d'épilepsie peut-elle envisager d'avoir un enfant ? La réponse est oui, c'est parfaitement possible.

Pr Fabrice Bartolomei : « Une grossesse chez la jeune femme est (sauf cas particulier) envisageable sous couvert de certaines précautions. En particulier, cette grossesse doit être planifiée à l’avance afin que le neurologue puisse modifier si besoin le traitement. Par ailleurs, le neurologue doit être en lien avec une équipe obstétricale pour le suivi coordonné de la grossesse. »

Épilepsie : une maladie rarement transmissible de la mère à l'enfant

La grande majorité des différentes formes d'épilepsie ne sont génétiquement pas transmissibles. Lorsque c'est pourtant le cas, il s'agit le plus souvent des formes les plus bénignes. Aujourd'hui, une douzaine de gènes impliqués dans l'épilepsie ont été identifiés.

Mesure préventive et surveillance de l'épilepsie

Mener à bien une grossesse est tout à fait possible pour une femme épileptique, mais le respect de mesures préventives est nécessaire.

Avant la conception :

adaptation du traitement.

Pr Fabrice Bartolomei : « Le traitement doit être simplifié au maximum sans faire courir de trop grands risques à la patiente. Le valproate de sodium (Dépakine) est le médicament antiépileptique probablement le plus à risque étant à l’origine d’une augmentation du risque de malformation fœtale et de troubles neurodéveloppementaux chez l’enfant. Sa prescription est désormais réglementée chez les femmes en âge de procréer. Les registres de grossesse faits à travers le monde pour surveiller les grossesses des femmes avec épilepsie montrent que certains médicaments à l’inverse, n’augmentent que peu le risque tératogène (lamotrigine notamment) ».

Pendant la grossesse :

surveillance clinique associant neurologues et obstétriciens.

Après l'accouchement :

réadaptation du traitement afin d'obtenir le meilleur contrôle possible des crises pour prévenir les risques d'accident lors des soins à l'enfant.

L'allaitement :

les antiépileptiques (discutés) ne sont pas contre-indiqués pendant l'allaitement.

La contraception :

certains antiépileptiques peuvent réduire l'efficacité des contraceptifs oraux. En revanche, la plupart des molécules de nouvelle génération réduisent ou suppriment ce risque. La situation doit toujours être analysée au cas par cas avec un suivi médical adapté.

Pr Fabrice Bartolomei : « Il y a beaucoup d’idées fausses sur la contraception orale. En effet si les anciens antiépileptiques (comme la carbamazépine ou le phénobarbital) diminuent l’efficacité de la pilule, ce n’est pas le cas de la majorité des médicaments plus récents. Dans tous les cas, cela doit être discuté avec le neurologue. »

Publié par Isabelle Eustache, journaliste santé le Mardi 26 Juillet 2005 : 02h00
Mis à jour le Lundi 01 Février 2016 : 12h44
Source : 26e congrès international de l'épilepsie, du 27 août au 1er septembre 2005, Paris.
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