Affaire Naomi Musenga : gare à l’intoxication au paracétamol

Publié par Audrey Vaugrente, journaliste santé le Jeudi 12 Juillet 2018 : 14h55

Naomi Musenga, morte en décembre après un appel au SAMU, a été tuée par une intoxication au paracétamol. Un médicament courant, mais dont les risques sont réels et souvent ignorés.

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Les conditions de la mort de Naomi Musenga viennent de s'éclairer. Dans un communiqué, le parquet de Strasbourg (Bas-Rhin) a détaillé les dernières étapes de l'enquête en cours. La jeune femme de 22 ans, morte en décembre malgré un appel au SAMU, aurait souffert d'une grave intoxication au paracétamol.

Le médicament, en vente libre dans toutes les pharmacies, a été pris pendant plusieurs jours dans le cadre d'une automédication, selon la procureure chargée de l'enquête. Surdosé, il aurait provoqué une destruction progressive des cellules du foie, menant à la défaillance des organes constatée à l'autopsie.

Deux formes d'intoxication

Qu'il soit nommé Efferalgan®, Doliprane® ou Dafalgan®, le paracétamol est – de loin – la molécule la plus vendue en France. En 2013, il représentait 500 millions de boîtes vendues. Il faut dire qu'il peut être utilisé chez le nourrisson, la femme enceinte, contre la fièvre ou les douleurs…

Mais le paracétamol peut aussi être très toxique s'il est ingéré à de trop fortes doses. Une fois assimilé, il crée une molécule qui est toxique pour le foie. Une hépatite fulminante ou une insuffisance hépatique peuvent alors se développer.

L'intoxication peut être aiguë, lorsque la prise est trop forte, ou liée à une prise répétée de doses élevées sur une période trop courte – quand l'intervalle n'est pas respecté par exemple.

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Une mauvaise conscience des risques

Peu connus, ces incidents ne sont pourtant pas si rares. Entre 2006 et 2015, ils ont provoqué au moins 30 décès et mis en jeu le pronostic vital de 151 personnes. La plupart du temps, ces intoxications sont liées à une mauvaise utilisation du médicament ou à une mauvaise connaissance des risques.

"Les cas de surdosage hors tentative de suicide sont la conséquence d’erreur ou de mésusage en lien principalement avec un non-respect de la posologie (dose par prise ou intervalle entre les prises)", selon les Centres régionaux de pharmacovigilance, auteurs d'un rapport sur le sujet.

Le problème, c'est que la population est très peu consciente de ces risques. En septembre 2017, une équipe de Nancy (Meurthe-et-Moselle) a réalisé une étude auprès de 819 patients. Un sur cinq était à risque de surdosage potentiel… et très peu étaient conscients du risque pour le foie. Au total, 1 à 2 % de la popualtion serait à risque de surdose accidentelle.

Autre résultat édifiant : la population peine à identifier les médicaments qui contiennent du paracétamol en association avec d'autres molécules (anti-rhume, antidouleur, etc).

Les règles de prudence

A condition de respecter à la lettre quelques précautions, le paracétamol peut être un médicament très utile et plutôt sûr. Voici comment l'utiliser de manière optimale :

  • Si la douleur dure plus de 5 jours, ou la fièvre plus de 3 jours, ne pas poursuivre le traitement avant d'avoir consulté un médecin;
  • Toujours vérifier si vous ne prenez pas un autre médicament contenant du paracétamol;
  • Vérifier systématiquement la posologie. Un comprimé de 1 000 mg ne doit être pris qu'à l'unité. Les comprimés de 500 grammes peuvent être pris par deux pour les personnes de plus de 50 kg;
  • Adapter la posologie au poids de chacun; les comprimés de 1 000 mg sont adaptés aux adultes et enfants de plus de 50 kg;
  • Chaque prise peut être renouvelée au bout de 6 à 8 heures; quel que soit le seuil de douleur, les prises doivent être espacées de 4 heures au minimum;
  • En automédication, il ne faut pas dépasser la dose de 3 000 mg par jour (soit 3 comprimés de 1 000 mg, ou 6 de 500 mg). Au-delà, un avis médical est nécessaire.

 

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