Antalgiques en vente libre, les règles d’une automédication efficace et sans risque

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Vendredi 17 Juillet 2015 : 14h17
Mis à jour le Vendredi 04 Septembre 2015 : 14h50
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Paracétamol, ibuprofène ou aspirine, ces antalgiques sont les incontournables de nos armoires à pharmacie. La pharmacologue Gisèle Pickering du CHU de Clermont-Ferrand, membre de la Société française d’étude et de traitement de la douleur, nous guide pour soulager la douleur sans prendre de risque.

Antalgiques hors prescription, respecter un intervalle de 4 heures entre les prises

Paracétamol, ibuprofène ou aspirine sont trois antalgiques utilisés dans le cas de douleurs* d’intensité légère à modérée (classés palier I selon les trois fixés par l’OMS) et délivrés en pharmacie sans prescription médicale et, de ce fait, non remboursables.

Dr Pickering: « Pas question pour autant de les prendre sans distinction ! Leurs mécanismes d’action n’ont absolument rien à voir ! »

Le paracétamol possède des vertus antalgiques et antipyrétiques (contre la fièvre). Contrairement aux anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) –dont l’un des représentants en vente libre est l’ibuprofène- et à l'aspirine (acide acétylsalicylique appartenant lui aussi à la famille des AINS), le paracétamol est dépourvu de propriétés anti-inflammatoires et n'agit pas directement sur l'agrégation plaquettaire (coagulation sanguine). Mais que ce soit pour le paracétamol, l’ibuprofène ou l’aspirine:

Dr Pickering: « la règle n°1 est de ne pas dépasser la dose maximale recommandée. Il faut aussi respecter un délai minimum de quatre à six heures entre chaque prise, dans le cadre d’une dose maximale quotidienne. Enfin, il faut adapter la posologie au poids chez l’enfant, et, chez l’adulte à l’âge et l’état de santé (maladies, état de santé général, autres médicaments). »

Le paracétamol, premier réflexe "antidouleur"

Si ces trois molécules en vente libre sont équivalentes pour calmer la douleur, en pratique, il existe néanmoins des habitudes de prescription, et le paracétamol s’impose en premier lieu. Le paracétamol a l’avantage d’une innocuité à la dose maximale recommandée (4g/jour). Les publications scientifiques ayant soupçonné un risque de toxicité cardiovasculaire à haute dose n’ont pas été confirmées à ce jour:

Dr Pickering: « L’aspirine n’est plus que rarement utilisée comme antidouleur car elle induit des saignements. C’est d’ailleurs pour cet effet antithrombotique (elle fluidifie le sang pour éviter les caillots) qu’elle est surtout prescrite, à très faibles doses et à long terme. L’ibuprofène agit selon le même mode d’action anti-inflammatoire que l’aspirine ».

C’est pourquoi, dans les douleurs légères à modérées (fièvre, douleurs dentaires, maux de tête, états grippaux, courbatures, règles douloureuses, douleurs arthrosiques etc.), le paracétamol est le médicament de choix, suivi de l’ibuprofène.

Pour l’arthrose, les recommandations en France proposent le paracétamol en première intention, bien que plusieurs publications récentes internationales pointent une efficacité critiquable dans cette maladie**:

Dr pickering: « Pour certaines douleurs, de type abdominal (liées aux troubles fonctionnels du tube digestif) et gynécologiques, plutôt que du paracétamol, on préfèrera des antispasmodiques (phloroglucinol dihydrate etc.). Concernant les douleurs menstruelles, certaines femmes seront soulagées par du paracétamol alors que d’autres le seront uniquement par un AINS. Quant aux migraines (maux de tête, migraines prémenstruelles, céphalées de tension due au travail sur écran ou au stress…) certaines peuvent être enrayées dès les premiers signes avec soit 1g de paracétamol, soit 400 mg d’ibuprofène. Seuls les antimigraineux spécifiques (les triptans, sur prescription et après diagnostic) viennent à bout des migraines authentiques ».

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Vendredi 17 Juillet 2015 : 14h17
Mis à jour le Vendredi 04 Septembre 2015 : 14h50
Source : *On parle ici de douleurs nociceptives douleur la plus fréquente, aiguë ou chronique (coup, brûlure, inflammation, fracture …) et non de douleurs neuropathiques (survenant après un zona ou un accident vasculaire cérébral, une neuropathie diabétique douloureuse…)
** BMJ 2015; 350 doi: http://dx.doi.org/10.1136/bmj.h1225 (Published 31 March 2015).
Société française d’étude et de traitement de la douleur : http://www.sfetd-douleur.org/
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