Xylitol et risque cardiovasculaire : faut-il changer de dentifrice ?

Publié par Freya Yophy
le 30/08/2026
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Dentifrice au xylitol : faut-il vraiment s’inquiéter ?
Alors qu'une vaste étude associe de fortes concentrations sanguines de xylitol à une hausse des risques d'infarctus et d'AVC, l'utilisation de cet édulcorant dans l'hygiène bucco-dentaire reste encadrée et justifiée.

Connu pour son utilisation dans les chewing-gums sans sucre et certains produits d’hygiène bucco-dentaire, le xylitol fait désormais l’objet d’interrogations concernant ses effets cardiovasculaires. Une étude présentée le 29 août 2026 au congrès de la Société européenne de cardiologie renforce un signal déjà observé en 2024. Ces résultats appellent cependant à la prudence plutôt qu’à l’abandon immédiat des dentifrices qui en contiennent.

Un risque cardiovasculaire supérieur dans deux cohortes

Le Dr Marco Witkowski et son équipe ont analysé les données de 17 710 participants appartenant à deux grandes cohortes : la Canadian Longitudinal Study on Aging (CLSA) et l’étude britannique EPIC-Norfolk.

Les chercheurs ont mesuré la concentration de xylitol dans des prélèvements sanguins réalisés à jeun. Ils ont ensuite comparé la fréquence des événements cardiovasculaires majeurs — décès, infarctus du myocarde ou accident vasculaire cérébral — selon le taux mesuré.

Dans la cohorte canadienne, suivie pendant six ans, les participants appartenant au quart présentant les concentrations les plus élevées avaient un risque relatif supérieur de 57 % à celui du quart affichant les concentrations les plus faibles. Dans EPIC-Norfolk, suivie pendant trente ans, la différence atteignait 18 %.

Ces associations persistaient après la prise en compte de plusieurs facteurs, comme l’âge, le tabagisme, le diabète, l’hypertension ou le taux de lipides sanguins. Elles ne signifient toutefois pas que 57 % des consommateurs de xylitol développeront une maladie cardiovasculaire.

Une concentration sanguine ne mesure pas la consommation

Cette recherche demeure observationnelle et ses résultats ont été présentés lors d’un congrès. Ils devront encore être détaillés dans une publication scientifique évaluée par des pairs.

Surtout, les chercheurs n’ont pas mesuré le nombre de chewing-gums, de pastilles ou de produits alimentaires consommés par chaque participant. Le xylitol est également fabriqué naturellement par l’organisme au cours du métabolisme du glucose. Une concentration sanguine élevée peut donc dépendre de l’alimentation, mais aussi de l’absorption, de l’élimination et du fonctionnement métabolique individuel.

L’étude révèle une association statistique, pas la preuve qu’un produit particulier contenant du xylitol provoque un infarctus ou un AVC.

Ce que montraient les travaux de 2024

Une précédente étude de la Cleveland Clinic, publiée en 2024 dans l’European Heart Journal, avait déjà associé des taux sanguins élevés de xylitol à une augmentation du risque cardiovasculaire sur trois ans.

Les chercheurs avaient également observé en laboratoire que le xylitol pouvait accroître l’activation des plaquettes et favoriser la formation de caillots. Enfin, dix volontaires avaient consommé une boisson contenant 30 grammes de xylitol. Leur concentration sanguine avait alors fortement augmenté, parallèlement à plusieurs marqueurs de réactivité plaquettaire.

Cette expérience apporte une plausibilité biologique, mais elle portait sur seulement dix personnes et sur une dose importante absorbée en une seule fois. Elle ne permet pas d’évaluer les conséquences d’une exposition faible ou occasionnelle.

Dentifrice et chewing-gum : des situations différentes

Un dentifrice est destiné à être recraché. La quantité de xylitol effectivement avalée reste donc très faible lorsque le produit est correctement utilisé. Stanley Hazen, principal auteur des travaux de 2024, a lui-même indiqué qu’il n’était pas nécessaire de jeter les produits bucco-dentaires contenant cet ingrédient.

La situation diffère pour les chewing-gums, les pastilles et les aliments allégés contenant des édulcorants, puisque le xylitol est alors avalé. Sa quantité varie fortement selon les références et peut s’accumuler lorsque plusieurs produits sont consommés dans la journée.

Aucun seuil précis de consommation n’a néanmoins été validé pour le risque cardiovasculaire. Dans l’attente de nouvelles études, la prudence concerne surtout les apports importants et répétés provenant de produits ultratransformés « sans sucre », « keto » ou présentés comme adaptés au diabète.

Le bénéfice contre les caries doit être nuancé

Le xylitol n’est pas fermenté par les bactéries buccales comme le sucre ordinaire. Les chewing-gums sans sucre stimulent également la salivation, ce qui contribue à neutraliser les acides après un repas.

Cependant, les preuves concernant un effet anti-caries propre au xylitol restent de qualité limitée. Une revue Cochrane a trouvé un possible avantage pour certains dentifrices associant fluor et xylitol chez les enfants, mais elle n’a pas pu confirmer l’efficacité des autres produits chez les adultes. Le fluor demeure l’actif de référence pour prévenir les caries.

Faut-il choisir des solutions naturelles ?

Si vous souhaitez éviter le xylitol, la solution la plus simple consiste à sélectionner un dentifrice fluoré qui n’en contient pas. Vérifiez la composition sur l’emballage sans abandonner le fluor, dont l’efficacité préventive est solidement démontrée.

Les poudres à base d’argile, de charbon ou de carbonate de calcium peuvent être trop abrasives selon leur formulation. Le bain de bouche à l’huile végétale ne remplace ni le dentifrice fluoré ni le nettoyage interdentaire.

De même, la propolis et les huiles essentielles d’arbre à thé ou de clou de girofle ne doivent pas être utilisées directement dans la bouche sans formulation adaptée. Elles peuvent provoquer une irritation, une allergie ou une intoxication en cas d’ingestion. Les produits contenant de la propolis restent des compléments éventuels, et non des substituts au fluor.

Enfin, conservez impérativement les produits au xylitol hors de portée des animaux. Cet édulcorant est extrêmement toxique pour les chiens et peut provoquer rapidement une hypoglycémie sévère. En cas d’ingestion, contactez immédiatement un vétérinaire.

Sources : présentation officielle de l’ESC 2026, étude de 2024 dans l’European Heart Journal, analyse Cochrane sur les caries, alerte vétérinaire de la FDA.

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