Tryptophane : après l'humeur, la sclérose en plaques...

Un nouveau traitement de la sclérose en plaques pourrait bientôt être mis au point. Celui-ci reposerait sur un métabolite du tryptophane, un acide aminé essentiel que l'on trouve dans les protéines alimentaires, et déjà connu pour ses effets sur la dépression et le sommeil.
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Le tryptophane est un des acides aminés entrant dans la composition des protéines. Il est essentiel à notre organisme, mais celui-ci ne sachant pas le fabriquer, il doit être apporté par notre alimentation. Cet acide aminé est connu pour ses effets sur le comportement, et notamment sur la dépression et le sommeil. Par exemple, le tryptophane est métabolisé en une molécule appelée sérotonine, laquelle est considérablement diminuée chez les patients atteints de dépression, et majorée par certains médicaments antidépresseurs (inhibiteurs sélectifs de recapture de la sérotonine). Il intervient également dans la synthèse de la mélatonine, molécule bien connue pour ses effets sur le sommeil. Mais depuis quelques années, on lui découvre également un rôle dans l'immunité. Il a ainsi été suggéré que le tryptophane et ses métabolites pourraient être exploités pour le traitement des maladies auto-immunes comme la sclérose en plaques (SEP). Cette hypothèse vient d'être testée avec succès chez l'animal. Dans la SEP, le système immunitaire lance une attaque contre certaines de ses propres cellules : la gaine de myéline qui entoure les fibres nerveuses présentes dans le cerveau. Or chez des souris ayant développé une SEP, un des métabolites du tryptophane semble réguler l'activation des cellules dirigées spécifiquement contre la myéline. Le dérivé du tryptophane utilisé était le Tranilast, un métabolite synthétique. Après administration par voie orale, les souris ont présenté une maladie moins sévère, avec une disparition de la paralysie, des rechutes plus rares et moins intenses. Les dérivés métaboliques du tryptophane tels que le Tranilast pourraient donc représenter une nouvelle classe de médicaments efficaces contre la SEP, mais également pour traiter d'autres maladies auto-immunes comme la polyarthrite rhumatoïde. Et bonne nouvelle, le Transilat a déjà été breveté. De plus, il a démontré un excellent profil de sécurité lors d'un essai clinique mené auprès de 11.000 patients.

Publié le 21 Novembre 2005
Auteurs : Dr Philippe Presles
Source : Science, p 850, 4 novembre 2005.