Syndrome de l'intestin irritable (SII) : que se passe-t-il dans le tube digestif ?

Le syndrome de l’intestin irritable (SII) est aussi appelé syndrome du côlon irritable ou encore colopathie fonctionnelle : trois noms différents pour une seule maladie finalement mal connue, mal expliquée encore à l’heure actuelle, et qui touche pourtant 10 à 15% de personnes en France. Que se passe-t-il dans un tube digestif atteint du syndrome de l’intestin irritable ? Quels sont les signes évocateurs qui en découlent ? Et, une fois diagnostiquée, comment prendre en charge au mieux ces symptômes pour en limiter les retentissements sur la vie quotidienne ?

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Syndrome de l’intestin irritable : un nom qui trompe

Le nom « syndrome de l’intestin irritable » pourrait laisser supposer que l’intestin atteint de cette maladie serait irrité, donc inflammatoire, ce qui n’est absolument pas le cas : tout examen pratiqué en cas de SII est strictement normal, notamment la coloscopie et les biopsies montrant une muqueuse colique sans aucune atteinte spécifique. Le SII est une pathologie fonctionnelle, c’est-à-dire que le fonctionnement de l’intestin est altéré sans que l’intestin lui-même ne soit touché dans son intégrité, par opposition à une pathologie organique dans laquelle l’organe en lui-même est atteint. Ainsi il est très important de noter que le SII n’est pas associé à un risque augmenté de développer un cancer ou une maladie inflammatoire chronique et il n’est pas non plus associé à une mortalité plus importante.

Pourquoi l’intestin peut-il subir ce trouble fonctionnel ?

Des causes encore peu connues

L’intestin touché par cette pathologie est donc sain, mais hyper réactif à certaines choses encore non certaines.

En réalité, on appelle « intestin irritable » un intestin « susceptible », mais susceptible à quoi ? Si les causes précises restent encore inconnues et sont probablement multiples, plusieurs pistes sont en cours d’exploration :

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  • le stress;
  • une participation génétique;
  • les perturbations de la flore intestinale pourraient aussi être en cause.

Un intestin trop réactifDe façon naturelle, il existe des contractions musculaires (appelées péristaltisme) tout le long du tube digestif permettant aux aliments digérés de progresser jusqu’à être éliminés par l’anus. Un intestin trop réactif aura un péristaltisme plus important, donnant lieu à des spasmes responsables de douleurs abdominales (ou du moins d’un inconfort digestif) ainsi qu’à des ballonnements et à des troubles du transit de type :la diarrhée : plus fréquente chez les hommesconstipation : plus fréquente chez les femmesalternance diarrhée / constipationPour poser ce diagnostic, les symptômes doivent être présents, en moyenne, au moins 3 jours / mois depuis au moins 6 mois.Le SII touche environ 9 000 000 de personnes en France, dont une majorité de femmes âgées de 15 à 65 ans. Syndrome de l’intestin irritable : pourquoi des examens complémentaires ?En cas de suspicion d’un SII, le médecin va demander des examens complémentaires ayant pour unique but (aucun test n’étant spécifique du SII) d’éliminer d’autres pathologies qui pourraient mimer les symptômes du SII, notamment si :vous avez plus de 50 ansvous avez noté la présence de sang dans vos sellesvous avez des symptômes nocturnes, quels qu’ils soientvous avez perdu du poids (sans le vouloir) Les solutions contre le syndrome de l’intestin irritableIl n’existe pas de traitement spécifique pour cette maladie qui reste encore mal comprise. On ne traite pas le SII mais on soulage les symptômesUne fois que le médecin aura posé le diagnostic de SII en éliminant formellement une autre cause, il pourra donc proposer en premier lieu des traitements dits symptomatiques, c’est-à-dire ayant pour but de soulager les symptômes, à savoir : des antispasmodiques pour lutter contre les douleurs abdominales et/ou les ballonnementsdes laxatifs dans les formes de SII avec constipation prédominantedes anti-diarrhéiques dans les formes de SII avec diarrhée prédominante La non-réponse à un traitement est un phénomène fréquent et ne remet pas en cause le diagnostic, inutile de rajouter encore des examens complémentaires !Comme pour toute maladie chronique, avec des douleurs qui plus est, le SII avec ses nombreux désagréments retentit sur la qualité de vie. Il n’est pas rare de devoir recourir à un traitement antidépresseur. En effet, la dépression peut aggraver le SII, il y a tout intérêt à la traiter correctement. Des alternatives aux médicaments

Parallèlement à ces traitements médicamenteux, se sont développées d’autres alternatives thérapeutiques pour contrer le syndrome de l’intestin irritable :

  • les probiotiques, dont l’efficacité dépend de la souche (ex : Bifidobacterium infantis 35624) ;
  • l’activité physique, qui peut entraîner une diminution de la sévérité de la maladie ;
  • les régimes : attention à la tentation d’un régime d’exclusion restrictif qui peut aboutir à des carences ! Il est donc important de garder à l’esprit que dans le SII, il n’est pas question d’allergie alimentaire, un aliment ne peut à lui seul être responsable des symptômes du SII :

- Le régime sans gluten n’est pas recommandé en première intention, mais peut dans certains cas apporter une amélioration des symptômes.

- La diminution dans l’alimentation de la part des FODMAPs (« Fructo Oligo- Di and Monosaccharides and Polyols » : des hydrates de carbone qui peuvent être mal absorbés et entraîner des phénomènes de fermentation) pourrait avoir un effet bénéfique sur les symptômes, mais ce type de régime est complexe et son efficacité reste à démontrer.

Dans tous les cas, dès que survient le syndrome de l’intestin irritable, il est donc important de demander des conseils diététiques, voire même l’avis d’un(e) diététicien(ne). L’hypnose, les thérapies cognitivo-comportementales peuvent avoir une certaine efficacité.

Le SII est une pathologie invalidante altérant la qualité de vie, mais il faut savoir essayer différents traitements pour soulager l’intestin, médicamenteux ou non, en sachant qu’un traitement qui n’a pas d’efficacité initiale ne doit pas être poursuivi, mais qu’on peut en essayer un autre ; ce qui conviendra à une personne ne conviendra pas forcément à une autre, ça vaut le coup de tester autre chose quand une thérapeutique ne marche pas, voire à en associer plusieurs entre elles.

Et surtout, pas de panique ! Le SII n’est pas associé à un risque de développer un cancer ou une maladie inflammatoire chronique et ne comporte pas une mortalité augmentée.

Enfin, si vous êtes atteints de SII, rappelez-vous que vous n’êtes pas seul ! Il existe même une association, l’Association de Patients souffrant du Syndrome de l'Intestin Irritable : pour plus de renseignements, rendez-vous sur leur site www.apssii.org .

Publié le 28 Octobre 2015 | Mis à jour le 05 Novembre 2015
Auteurs : Dr Christelle Pierrot, médecin généraliste
Source : World Gastroenterology Organisation Global Guidelines « Syndrome de l’intestin irritable : une approche globale » juin 2009.
Voir + de sources

SNFGE Conseil de pratique « prise en charge du syndrome de l’intestin irritable » juillet 2013.
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