Sport : les blessures sportives au féminin
Publié le 27 Février 2006 à 1h00 par Gilles Goetghebuer, journaliste santé
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Estrogènes contre androgènes

Rappelons que les androgènes (hormones mâles) ont pour effet de renforcer les muscles et de raffermir les tendons. En revanche, les estrogènes (hormones femelles) confèrent au système ostéo-articulaire une plus grande élasticité, ce qui a pour avantage de rendre les choses plus faciles le jour de l'accouchement. De ce fait-là, les femmes sont globalement plus souples que les hommes et aussi, pensait-on, plus sujettes aux entorses. On prétendait même qu'à un niveau équivalent de pratique, la probabilité d'accident était, chez elles, deux fois et demie plus élevée et qu'il leur fallait surtout se méfier de la période d'ovulation, en raison des changements brutaux de l'imprégnation hormonale.

Sus aux idées reçues

Ces anciens préjugés ont été battus en brèche il y a quatre ans, par la publication de l'étude d'une équipe californienne qui a répertorié pendant 15 ans tous les accidents survenus dans sept disciplines différentes (basket, football, cross, natation, tennis, sprint et water-polo), soit 3.767 sujets âgés de 18 à 22 ans. Les résultats sont riches d'enseignements. D'abord, on s'est aperçu que la localisation des blessures varie selon le sexe. Dans cette étude, les blessures des femmes portaient essentiellement sur la hanche, le mollet et l'épaule. Les hommes se plaignaient plus souvent des cuisses et du dos, sans que les auteurs ne puissent trouver d'explication valable à ce phénomène. Le type de sport affectait également la répartition des traumatismes, avec quelques curiosités à la clé. Ainsi, les filles qui pratiquaient le water-polo se plaignaient plus souvent que les hommes de douleurs au niveau du cou et des épaules. Plus étrange encore : chez les nageuses, on enregistrait une fréquence nettement supérieure d'atteintes au niveau du bassin, de la cuisse, de la jambe ou même du pied, alors même que le membre inférieur ne participe guère à l'action motrice et que l'on recense peu d'atteintes de ce type chez les nageurs.

Déterminisme des genres

Cette étude confirme donc une spécificité des traumatismes selon le sexe. En revanche, elle contredit totalement l'idée selon laquelle les femmes seraient plus fragiles. Au contraire ! Dans la proportion d'athlètes blessés, les hommes l'emportaient d'une courte tête (54,3% contre 45,7%) toute chose étant par ailleurs égale. Cette conclusion a surpris beaucoup de monde et notamment les auteurs de ce travail qui ont dû renoncer du même coup à leur projet d'agrémenter leur texte de quelques conseils spécifiques adressés aux sportives pour conclure sobrement qu'il n'existait aucune différence entre les sexes.

Source : Comparing Sports Injuries in Men and Women, Int J. Sports Med. 2001; 22 :420-3.