Restaurants, discothèques : l'asphyxie tabagique !

Une enquête de « 60 millions de consommateurs » révèle une pollution alarmante dans les restaurants et les discothèques, directement liée à la fumée de cigarettes. La qualité de l'air respirée dans les zones non-fumeurs, lorsqu'elles existent, est aussi néfaste que celle des zones fumeurs, voire davantage. Parfois, c'est pire que d'être au beau milieu des gaz d'échappement.
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La pollution, et plus particulièrement l'exposition au monoxyde de carbone, est à l'origine d'intoxications graves. C'est ainsi que l'OMS (Organisation mondiale pour la santé) a proposé des valeurs seuils : ne pas être exposé plus d'une heure à une teneur de 30mg/m3 de monoxyde de carbone (CO) et pas plus d'un quart d'heure à une teneur de 100mg/m3. A titre de comparaison, le seuil d'alerte à l'intoxication par le CO est fixé à 40 mg/m3 dans les parkings souterrains. A partir de janvier 2005, une directive européenne imposera aux villes de ne dépasser le taux maximal de 10mg/m3. En 2003 à Paris, le niveau de pollution le plus élevé a été atteint le 19 septembre entre 18 et 19 heures à hauteur de 8,8mg/m3.

Or la circulation automobile et les industries ne sont pas les seules à produire du CO. Les quantités dégagées par la fumée de cigarettes sont particulièrement dangereuses et les non-fumeurs en profitent aussi largement : le tabagisme passif provoque environ 3.000 décès annuels en France*. La loi Evin (promulguée le 10 janvier 1991) a réussi, très progressivement, à implanter l'interdiction de fumer dans les hôpitaux, les écoles, les universités, les avions, les TGV et les entreprises. Toutefois, certains établissements publics résistent : les restaurants, bars, brasseries et les discothèques.Le magazine « 60 millions de consommateurs » vient de publier les résultats d'une enquête portant sur la qualité de l'air respiré dans ces endroits. Les taux de nicotine (marqueur spécifique de la fumée de tabac) et de monoxyde de carbone (marqueur du niveau d'intoxication) ont été mesurés dans 30 restaurants parisiens (aux heures du déjeuner et du dîner, en zones fumeurs et non-fumeurs lorsqu'elles existaient) et dans 10 discothèques.

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Première constatation, il y a peu de différence entre les zones fumeurs et non-fumeurs dans les restaurants, et l'exposition au CO et à la nicotine est même souvent supérieure dans les zones non-fumeurs, révélant une mauvaise ventilation et des zones non-fumeurs très mal placées. Les concentrations moyennes de CO sont de 5,3mg/m3 (elles sont plus élevées lors des dîners par rapport aux déjeuners). La valeur de 30mg/m3, expliquée par le tabagisme, a été dépassée dans un restaurant. La teneur moyenne en nicotine est deux fois élevée en zones fumeurs qu'en non-fumeurs (6,7 contre 3,6mg/m3).

Deuxième constatation, les niveaux d'exposition en discothèques sont environ dix fois plus élevés que ceux mesurés dans les restaurants. La teneur moyenne en nicotine est de 47,9mg/m3 et celle en CO s'échelonne de 5,3 à 119 mg/m3, la plus faible valeur témoignant d'une ventilation particulièrement efficace et non d'un tabagisme moins important, comme le démontre le taux élevé de nicotine.

En conclusion, en attendant l'application rigoureuse de la loi Evin dans ces lieux publics de loisirs, les menus proposés ou la musique doivent être vraiment exceptionnels pour accepter d'aller respirer un air encore plus pollué qu'au milieu des gaz d'échappement

* Office français de prévention du tabagisme (OFT).

Publié par Rédaction E-sante.fr le Mercredi 08 Septembre 2004 : 02h00
Source : 60 millions de consommateurs, N°386, septembre 2004.