Prématurité : à 10 ans, près d’un enfant sur quatre a besoin d’aide à l’école

Publié par Freya Yophy
le 12/09/2026
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La majorité des enfants nés prématurément sont en bonne santé et suivent une scolarité ordinaire à 10 ans. Mais 23 % bénéficient d’un soutien scolaire, contre 12 % des enfants nés à terme, selon une vaste étude française qui plaide pour un suivi prolongé jusqu’à l’adolescence.

La majorité des enfants nés prématurément sont en bonne santé et suivent une scolarité ordinaire à 10 ans. Une vaste étude française révèle cependant des besoins plus fréquents en soutien scolaire, en soins du développement et en accompagnement comportemental.

En France, environ 7 % des enfants naissent avant 37 semaines d’aménorrhée. Si les progrès de la néonatalogie ont considérablement amélioré leur survie et leur santé, certaines conséquences de la prématurité peuvent se manifester plus tard, lorsque les apprentissages scolaires et les relations sociales deviennent plus exigeants.

Pour mieux connaître leur situation, des chercheurs de l’Inserm, de l’Université Paris Cité et du Centre hospitalier intercommunal de Créteil ont suivi ces enfants jusqu’à l’âge de 10 ans. Leurs résultats, publiés dans la revue eClinicalMedicine, sont globalement rassurants, mais ils montrent l’importance de maintenir une surveillance adaptée de la santé de l’enfant au-delà des premières années.

Plus de 9 000 enfants suivis à l’âge de 10 ans

Les chercheurs ont étudié les données de 2 181 enfants nés prématurément, issus de la cohorte nationale Epipage-2. Leurs résultats ont été comparés à ceux de 7 236 enfants nés à terme, suivis dans le cadre de la cohorte Elfe pilotée par l’Inserm et l’Ined.

Les informations ont été recueillies au cours d’entretiens téléphoniques avec les parents. Les questions portaient sur l’état de santé général, la scolarité, le comportement, les soins liés au développement et la participation aux activités sociales.

Premier enseignement rassurant : à 10 ans, la grande majorité des parents estime que son enfant est en bonne santé. La scolarisation dans des établissements et des classes ordinaires est presque généralisée, y compris chez les enfants nés très prématurément.

Un soutien scolaire deux fois plus fréquent

Les différences deviennent plus visibles lorsque les chercheurs étudient le parcours scolaire. À 10 ans, 23 % des enfants nés prématurément bénéficient d’un soutien scolaire, contre 12 % de ceux nés à terme.

Ce besoin varie selon le terme de naissance. Il concerne :

  • 35 % des enfants nés entre 24 et 26 semaines ;
  • Environ 20 % de ceux nés entre 32 et 34 semaines ;
  • 12 % des enfants nés à terme.

Le redoublement est également plus fréquent lorsque la naissance est survenue très tôt. Parmi les enfants scolarisés dans une classe ordinaire, il concerne 16 % de ceux nés entre 24 et 26 semaines, 11 % de ceux nés entre 27 et 31 semaines et 4 % des enfants nés entre 32 et 34 semaines, contre 3 % dans le groupe né à terme.

Parmi les enfants placés dans la classe correspondant à leur âge, environ 70 % des parents d’anciens prématurés ne signalent aucune difficulté particulière en français ou en mathématiques. Cette proportion atteint 80 % chez les enfants nés à terme.

Des difficultés qui peuvent apparaître tardivement

La situation d’un enfant à 5 ans ne permet pas toujours de prévoir ses besoins futurs. L’étude montre que 27 % des enfants qui ne recevaient aucun accompagnement à 5 ans bénéficient de soins du développement ou d’un soutien scolaire cinq années plus tard.

À l’inverse, 57 % de ceux qui étaient déjà accompagnés à 5 ans le sont toujours à 10 ans. Les difficultés peuvent donc persister, mais aussi apparaître lorsque l’école demande davantage d’autonomie, de concentration et d’organisation.

Les parents doivent rester attentifs à une lenteur inhabituelle dans les apprentissages, à une fatigue importante pendant les devoirs ou à une baisse des résultats. Ces manifestations peuvent avoir différentes origines. Un trouble visuel longtemps passé inaperçu peut, par exemple, perturber la lecture et être confondu avec un manque d’attention.

Une vulnérabilité comportementale légèrement supérieure

À 10 ans, 16 % des enfants nés prématurément présentent des difficultés comportementales, contre 12 % des enfants nés à terme. Les problèmes liés à la gestion des émotions figurent parmi les manifestations les plus fréquemment rapportées par les parents.

Ces résultats ne signifient pas que la prématurité conduit automatiquement à un trouble psychologique ou à un TDAH. Ils invitent plutôt à repérer précocement les difficultés, alors qu’une récente étude française estime que 13 % des enfants du CP au CM2 présentent au moins un trouble probable de santé mentale.

Près d’un enfant né extrêmement prématuré sur deux reçoit au moins un soin lié au développement, notamment auprès d’un orthophoniste, d’un psychologue ou d’un psychiatre. À l’inverse, 73 % des enfants nés modérément prématurément n’ont recours à aucun de ces soins.

Lorsque des difficultés de parole, de lecture ou d’écriture sont repérées, une prise en charge précoce des troubles du langage peut aider l’enfant à progresser et à préserver sa confiance.

Une participation sociale légèrement moins fréquente

Les écarts concernent également certaines activités du quotidien. Selon les réponses des parents, 69 % des enfants nés prématurément pratiquent un sport, contre 77 % des enfants nés à terme.

Par ailleurs :

  • 55 % ont organisé une fête avec des camarades pour leur dernier anniversaire, contre 60 % des enfants nés à terme ;
  • 54 % ont dormi chez un ami au cours des douze mois précédents, contre 63 % dans le groupe témoin ;
  • Certains déclarent plus souvent ne pas avoir d’ami proche ou être insatisfaits de leurs relations avec les autres enfants.

Ces chiffres décrivent une association statistique. Ils ne permettent pas d’attribuer cette participation plus limitée à une cause unique. Elle peut dépendre de la santé de l’enfant, de son comportement, de son environnement familial ou de l’accès aux activités extrascolaires.

Pourquoi le suivi ne devrait pas s’arrêter à 6 ans

Les chercheurs recommandent de maintenir un suivi personnalisé pendant la transition entre l’enfance et l’adolescence. L’entrée au collège et les nouveaux besoins de santé constituent une période sensible : changements de classe, multiplication des enseignants, devoirs à organiser et autonomie croissante peuvent révéler des difficultés jusque-là peu visibles.

Ce suivi ne doit pas être systématiquement lourd ou médicalisé. Il peut reposer sur des échanges réguliers entre la famille, le médecin traitant, le pédiatre et l’équipe enseignante. En cas de besoin, un bilan auprès d’un orthophoniste, d’un psychologue, d’un psychomotricien ou d’un neuropédiatre permet d’identifier les aides utiles.

Le message de l’étude reste donc nuancé : la grande majorité des enfants nés prématurément grandissent en bonne santé et suivent une scolarité ordinaire. Leur parcours mérite néanmoins une vigilance prolongée afin que les difficultés apparues tardivement ne restent pas sans réponse.

Sources

 
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