Pourquoi votre médecin ne peut pas avoir de relations sexuelles avec vous

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Une pétition demande que les relations sexuelles médecin-patient soient clairement interdites dans le Code de déontologie médicale. Voici pourquoi.

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Le serment d'Hippocrate est un passage obligé pour tout médecin à l'aube de sa carrière. Mais pour plusieurs d'entre elles et d'entre eux, cet engagement doit évoluer. Leur demande : que l'interdiction d'entretenir une relation intime avec un.e patient.e soit clairement mentionnée.

Cette ligne supplémentaire est d'une limpidité totale : "Le médecin doit s'interdire toute relation sexuelle avec les patients dont il a la charge". Une quinzaine de médecins sont à l'origine d'une tribune en ce sens, publiée sur France Info le 27 mars dernier.

"Le Code de déontologie médicale, intégré dans le Code de la santé publique, ne comporte aucun interdit explicite concernant la sexualité médecin-patient", déplorent les signataires, alors que "les transgressions ne sont pas rares et les témoignages des victimes sont poignants".

Un risque d'abus

L'Ordre des médecins a réagi à cette interpellation par un billet complet sur son site, s'appuyant sur 4 articles du Code de déontologie. "Le médecin ne peut abuser de sa fonction dans le cadre de sa consultation pour avoir avec son patient des gestes voire des relations à caractère sexuel, ou même tenir des propos déplacés de nature sexuelle", commente l'Ordre.

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Une prise de position qui se limite, donc, aux agressions sexuelles. Mais par le passé, l'Ordre a déjà rendu son avis sur des relations intimes consensuelles.

Tout d'abord, le code de Déontologie rappelle l'importance du respect de la personne et de sa dignité dès le 2e article, et souligne aussi l'importance de ne pas s'immiscer dans la vie privée des patients "sans raison professionnelle".

Par ailleurs, de nombreux examens exigent du patient qu'il ou elle se dévoile. Tant sur le plan physique que psychologique. Ce dénudement "se trouverait contrarié si le patient pouvait craindre d'une quelconque manière que le médecin profite de cette situation pour l'exploiter dans un objectif n'ayant rien à voir avec l'acte médical", souligne le rapport.

Enfin, le médecin peut abuser de sa position, particulièrement dans le cas d'une psychothérapie. Plusieurs jeunes femmes ont ainsi témoigné d'agressions sexuelles et de relations toxiques avec leur thérapeute.

"Un interdit absolu"

Le problème, c'est que les professionnel.le.s de santé semblent dans le flou à ce sujet. Interrogé.e.s en avril 2015 par le site professionnel Medscape, 71 % ont estimé qu'un rapport sexuel médecin-patient était inacceptable. Mais 10 % ont répliqué que cela pouvait dépendre de la situation.

Pourtant, en 2000, le rapport de l'Ordre admettait que les relations sexuelles correspondent "à un interdit absolu, si évident sans doute qu'il n'est pas précisément identifié dans le code de déontologie médicale". Tout en reconnaissant que les médecins sont, avant tout, "des hommes et des femmes".

En l'absence d'interdit clair, la réaction ordinale peut s'avérer variable, et c'est ce que déplorent les signataires de la tribune. Saisi à plusieurs reprises, l'Ordre a parfois relaxé les médecins poursuivis ou imposé des "sanctions symboliques". Ce que les pétitionnaires souhaiteraient éviter.