Peut-on éviter la rétention d'eau ?
Publié le 03 Juillet 2018 à 17h13 par Audrey Vaugrente, journaliste santé
Validé par : Dr Christine Jurus, Médecin vasculaire

Elle se manifeste surtout pendant les périodes de fortes chaleurs, mais aussi après de longs trajets en avion ou en voiture. Autant dire que la période estivale est particulièrement propice à la rétention d'eau – que les médecins qualifient plus souvent d'œdème.

Les symptômes sont d'ailleurs connus de nombreuses femmes : un gonflement disproportionné des membres inférieurs, mais aussi des seins et plus rarement du ventre, qui peut s'accompagner d'une douleur.

En été, la rétention d'eau peut rapidement faire du quotidien un enfer. La nature se montrant rarement juste, le sexe féminin est nettement désavantagé. Alors peut-on éviter ce désagrément estival ?

Un phénomène inéluctable

Le plus souvent, la rétention d'eau se traduit comme l'apparition de ce qu'on appelle l'œdème vasculaire, d'origine veineuse. "Il peut être dû à une insuffisance cardiaque, une insuffisance rénale, des médicaments ou à un problème de retour veineux du bas vers le haut" mais aussi à une dilatation excessive des vaisseaux sanguins, liste le Dr Christine Jurus, présidente de la Société Française de Médecine Vasculaire (SFMV).

Il existe aussi une rétention d'eau dite lymphatique, liée à un autre réseau chargé de transporter la lymphe. S'il ne comporte pas de "pompe", sa mobilité est assurée par les mouvements des muscles.

"Si le système lymphatique est déficient ou abîmé, par un traitement médicamenteux ou un érysipèle (inflammation aiguë de la peau, ndlr) par exemple, le retour lymphatique peut être difficile", indique ce médecin vasculaire. Un œdème peut alors se former.

Limiter les dégâts…

Le problème, c'est que la rétention d'eau est liée à des éléments face auxquels nous sommes impuissant.e.s. "Les femmes n'ont pas de chance : entre les gènes, les variations hormonales, les grossesses, la prise de pilule… elles sont exposées à de nombreux facteurs", souligne le Dr Christine Jurus.

La morphologie des jambes joue aussi : les personnes aux chevilles épaisses seront plus vulnérables. Difficile, donc, de lutter contre des phénomènes inéluctables… Il est possible, en revanche, de limiter les dégâts en développant quelques bons réflexes.

Contre la forme vasculaire...

Une activité physique régulière

Cela peut sembler difficile en période de fortes chaleurs, particulièrement lorsque l'oedème de la cheville est à l'origine de raideurs articulaires. Mais l'activité physique s'avère particulièrement bénéfique contre l'œdème veineux.

"Le mollet est une sorte de 'cœur périphérique'. Il faut donc voir chaque pas comme une pompe qui stimule le retour veineux", illustre le Dr Christine Jurus. Marcher permet donc de faire du bien à ses jambes gonflées à partir de 20 pas... à condition de ne pas piétiner.

Moins de sel

Autre modification à apporter à son mode de vie : mettre la pédale douce sur la salière. "Il est important de limiter sa consommation de sel", confirme le médecin vasculaire. Ce condiment favorise, en effet, le stockage de l'eau dans l'organisme. En période de chaleur, consommer trop de sel peut donc démultiplier les symptômes de l'œdème.

Eviter les positions trop statiques

Les métiers de bureaux ou exigeant une station debout prolongée sont les meilleurs amis de la rétention d'eau. Que ce soit l'immobilité ou le piétinement, ces deux situations favorisent la "paresse" du retour veineux.

"Il est recommandé d'allonger ses jambes dans la journée, si c'est possible", conseille le Dr Jurus. L'idéal consiste à ne pas croiser les jambes et à placer les chevilles au niveau des hanches.

"Les repose-pied sont également bénéfiques car ils favorisent le drainage et le retour veineux de manière mécanique", ajoute l'angiologue. Des pauses régulières sont conseillées, afin de stimuler le mollet par de la marche. "Mais dans les conditions de travail actuelles, cela semble compliqué", concède la spécialiste.

Les bas de compression

En dernier recours, les bas ou chaussettes de compression peuvent être utilisés, surtout en cas de station debout prolongée. "Il s'agit d'une compression élastique qu'il ne faut pas confondre avec les bas de contention", souligne le Dr Jurus.

Leur utilité n'est, en effet, pas la même. En exerçant une pression permanente sur le mollet, les bas de compression empêchent la dilatation des vaisseaux sanguins, facilitant le retour veineux vers le cœur. La contention, elle, peut juste contenir sans comprimer.

Contre la forme lymphatique...

Il existe une forte influence génétique en ce qui concerne l'œdème lymphatique. Si un membre de votre famille en souffre, il y a de fortes chances que vous en souffriez également. Pour rappel, il s'agit d'un dysfonctionnement du système lymphatique, chargé de faire circuler la lymphe, qui accumule plus d'eau que nécessaire.

Boire plus d'eau

La première chose à faire, c'est de ne pas se priver d'eau. Cela peut sembler paradoxal, mais ne pas boire suffisamment peut aggraver l'œdème. A l'inverse, s'hydrater en quantité suffisante peut améliorer la situation – sans toutefois faire de miracle.

Réaliser des drainages lymphatiques

"La prévention de l'œdème lymphatique est bien plus difficile", prévient le Dr Christine Jurus. Et sa prise en charge également. Hormis le drainage lymphatique, peu de techniques efficaces existent.

Réalisé chez le kinésithérapeute, ce massage aide à la recirculation de la lymphe, en la ramenant dans les vaisseaux adaptés et non dans les tissus lymphatiques. Lorsqu'il est prescrit par le médecin, il peut être en partie remboursé par l'Assurance maladie. Le soulagement est, en revanche, temporaire : comme l'œdème veineuse, la rétention d'eau d'origine lymphatique évolue de façon chronique, avec des phases d'aggravation.

Porter des bas de compression

En comprimant le mollet, les bas de compression n'améliorent pas seulement la circulation sanguine. Ils favorisent aussi la mobilité du liquide lymphatique, évitant ainsi les gonflements.

Les solutions en pharmacie

Les rayons des pharmacies regorgent de compléments alimentaires promettant monts et merveilles contre la rétention d'eau. "Ils ne feront pas de miracle, prévient d'emblée le Dr Christine Jurus. L'action du massage ou du frais peut faire du bien, mais le gel n'agit pas sur la paroi veineuse", résume le médecin vasculaire, qui voit en ces produits des compléments de confort.

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