Peur du dentiste : l’hypnose peut-elle aider à mieux vivre les soins ?
Repousser une consultation bucco-dentaire par peur de souffrir peut finir par compliquer les soins nécessaires. Pour accompagner les patients anxieux, certains chirurgiens-dentistes utilisent l’hypnose, en complément des techniques habituelles.
Dans l’article « L’hypnose en dentisterie : quand la relation devient un soin », signé Élodie Vaz, plusieurs praticiens décrivent une approche fondée sur l’attention, la communication et la confiance. L’objectif n’est pas de faire perdre le contrôle au patient, mais de l’aider à vivre autrement le passage au fauteuil.
L’hypnose chez le dentiste, ce n’est pas un sommeil imposé
Contrairement aux représentations de spectacle, l’hypnose clinique ne consiste pas à endormir une personne contre sa volonté. Elle mobilise son attention autour de sensations, d’images ou de souvenirs afin de rendre l’environnement des soins moins envahissant.
Dans l’article transmis, le Dr Vianney Descroix résume cette différence : « Le praticien n’endort pas son patient. Il modifie simplement son attention. »
Deux modalités peuvent être proposées. L’hypnose conversationnelle s’intègre aux échanges avec le dentiste : le choix des mots, le rythme de la voix et les reformulations participent à l’accompagnement. L’hypnose formelle comporte un temps spécifique de guidage, adapté à la personne et au soin envisagé.
Dans les deux cas, l’accord du patient et la qualité de la relation restent essentiels. Il ne s’agit ni d’une épreuve à réussir ni d’une technique qui fonctionnerait de manière identique chez tout le monde.
Comment se déroule une séance au fauteuil ?
Le premier temps consiste à parler de ses appréhensions. Peur des aiguilles, réflexe nauséeux, sensation d’étouffement, expérience douloureuse passée : ces informations permettent au praticien d’adapter la prise en charge.
Un premier rendez-vous peut être consacré à cette discussion et à l’examen, sans imposer immédiatement une séance d’hypnose. Le déroulement dépend des besoins du patient, et non d’un protocole identique pour tous.
Pendant les soins, le dentiste peut proposer de porter son attention sur la respiration, d’imaginer un lieu agréable ou de suivre un récit. Chez l’enfant, le jeu et l’imagination peuvent servir de supports.
Les instruments ne deviennent pas silencieux pour autant. L’objectif est plutôt que leurs bruits occupent moins de place dans l’expérience vécue. Un signal convenu à l’avance, comme lever la main, permet de demander une pause.
Peut-elle remplacer l’anesthésie locale ?
L’hypnose ne doit pas conduire à supprimer une anesthésie nécessaire. Pour un soin potentiellement douloureux, le chirurgien-dentiste conserve la responsabilité d’assurer une prise en charge adaptée de la douleur.
Les recherches suggèrent un intérêt possible pour diminuer l’anxiété dentaire, mais les résultats restent variables. Les études diffèrent notamment par les techniques utilisées, les patients recrutés et les critères d’évaluation.
L’Inserm a relevé une diminution de la consommation de certains antalgiques ou sédatifs dans des contextes interventionnels précis. Cela ne permet pas de promettre systématiquement moins d’anesthésique injecté chez le dentiste.
De même, une cicatrisation accélérée ou la disparition du réflexe nauséeux ne doivent pas être présentées comme des résultats garantis.
Vers quel professionnel se tourner ?
Pour des soins dentaires, adressez-vous à un chirurgien-dentiste formé à l’hypnose. Des formations universitaires existent en France, notamment en hypnose dentaire ou en hypnose médicale.
Les articles L. 4141-1 et L. 4141-2 du Code de la santé publique définissent le champ d’exercice et les possibilités de prescription des chirurgiens-dentistes. Ils ne constituent pas, à eux seuls, une réglementation spécifique imposant un diplôme universitaire d’hypnose.
Avant de prendre rendez-vous, demandez quelle formation le praticien a suivie, comment cette approche s’intègre au soin et quelles solutions sont prévues si elle ne vous convient pas.
Si la peur du dentiste empêche durablement de se faire soigner, d’autres accompagnements peuvent être discutés : thérapie cognitivo-comportementale, rendez-vous progressifs ou sédation adaptée. L’enjeu reste de retrouver un accès aux soins, sans culpabiliser le patient.
Sources
- Inserm : évaluation de l’efficacité de l’hypnose et limites des données disponibles, 2015.
- Ministère de la Santé : fiche d’information sur l’hypnose, 2016.
- Brain Sciences : revue systématique et méta-analyse sur l’hypnose, l’anxiété et la phobie dentaires, 2022.