" N'aie pas peur, on va bien s'amuser " : l'effroyable méthode de Jérôme Barrella

Publié par Freya Yophy
le 16/07/2026
Lyhanna
abacapress
Photo d'illustration
Des années de signalements, des plaintes sans suite et de nombreuses questions. Les dernières révélations de l'affaire Lyhanna mettent en cause le fonctionnement de la protection des mineurs.

Le 29 mai 2026, la disparition tragique d'une fillette de 11 ans a profondément bouleversé la région du Gers. Ce drame insoutenable met en lumière une série de négligences institutionnelles répétées, soulevant d'intenses interrogations sur l'efficacité de la protection des mineurs. L'arrestation d'un proche de la famille dévoile aujourd'hui une décennie de plaintes systématiquement étouffées.

Du collège de Fleurance au silo de Puycasquier

Le vendredi 29 mai 2026, la jeune Lyhanna, âgée de 11 ans, quitte son collège situé à Fleurance. Elle monte alors dans un véhicule rapidement identifié grâce au système de vidéosurveillance de la commune. Dès le lendemain, Jérôme Barella, un homme de 41 ans proche de la famille, est placé en garde à vue, malgré des déclarations particulièrement incohérentes face aux enquêteurs.

Le dénouement tragique survient le 4 juin 2026. Le corps sans vie de l'enfant est retrouvé dissimulé dans un silo à grains isolé à Puycasquier. C'est le témoignage d'un ancien collègue du suspect, Pascal Gachie, qui a orienté les gendarmes vers cet endroit reculé et invisible depuis la route. Les conclusions de l'autopsie sont accablantes : la fillette a été bâillonnée et violée. Jérôme Barella est immédiatement mis en examen pour meurtre et viol sur mineure.

Un mode opératoire basé sur l'emprise

Le suspect utilisait habilement son statut de père de famille pour gagner la confiance de son entourage. Il organisait régulièrement des soirées pyjama à son domicile de Montestruc-sur-Gers, profitant souvent des périodes d'hospitalisation de son épouse. Pour briser la méfiance des enfants, il employait une rhétorique faussement rassurante avec des phrases comme "N’aie pas peur, on va bien s’amuser" ou "Ne m’en veux pas si je suis tactile".

Ses comportements ambigus se traduisaient par des séances de chatouilles forcées et la distribution de cadeaux, instaurant une confusion psychologique destinée à acheter le silence des jeunes victimes. Lorsqu'il sentait son emprise lui échapper, il n'hésitait pas à manipuler son entourage. Après le départ de la famille d'une jeune victime prénommée Rosa, le suspect a exercé un chantage affectif en menaçant de se suicider pour maintenir la pression sur l'enfant.

Les signaux qui doivent alerter

Les spécialistes de la protection de l'enfance rappellent que certains comportements doivent conduire à une vigilance immédiate :

  • un adulte qui cherche à passer du temps seul avec des enfants ;
  • des cadeaux ou attentions inhabituels ;
  • des contacts physiques imposés sous couvert de jeu ;
  • des demandes de secret vis-à-vis des parents ;
  • une communication insistante par SMS ou réseaux sociaux.

Aucun de ces signes ne constitue une preuve à lui seul, mais leur répétition doit conduire à signaler la situation aux autorités compétentes.

Une décennie de signalements sans suite

Le parcours du suspect est jalonné d'alertes répétées. Dès 2017, un signalement est émis concernant une relation avec une adolescente de 17 ans. En 2021, il est définitivement écarté d'un lycée de Lectoure pour avoir envoyé des messages déplacés à des élèves. Cette recherche de contact abusif est confirmée par l'échange de SMS avec Lise, une adolescente de 13 ans ayant reçu plus d'une vingtaine de messages insistants de sa part en juillet 2025.

Les défaillances s'accumulent au fil des années. En 2022, une plainte pour viol sur une enfant de 7 ans à Béthune est finalement classée sans suite en mai 2024 pour "infraction insuffisamment caractérisée". En août 2025, une nouvelle plainte pour viols répétés est déposée en Haute-Garonne, mais l'homme n'est jamais convoqué. Comment un individu déjà écarté du milieu scolaire a-t-il pu continuer à côtoyer des mineures sans aucune surveillance ? Le 12 mars 2026, l'Aide sociale à l'enfance transmet un ultime signalement resté sans réaction immédiate du parquet.

Les suites judiciaires et l'inspection des défaillances

Actuellement incarcéré à la prison de Mont-de-Marsan, Jérôme Barella s'enferme dans un mutisme total face aux juges d'instruction d'Agen. Le silence prolongé du suspect laisse craindre l'existence d'autres victimes non identifiées à ce jour.

L'enquête a pris une ampleur inédite : au moins neuf procédures distinctes visent désormais le suspect pour des faits criminels remontant pour certains à 2007. Face à ce bilan accablant, une mission de l'Inspection générale de la justice a conclu à des dysfonctionnements graves dans le traitement des plaintes antérieures. Ces révélations poussent à s'interroger sur les réformes que le ministère de la Justice devra impérativement engager pour garantir qu'aucun autre signalement ne reste ignoré.

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